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Les mines d’émeraude : une zone qui a ses propres lois

Elsa BLAIR

04 / 1993

La zone "esmeraldifera" constitue un cas extrême de privatisation et de fragmentation du pouvoir dans le pays. Cete précarité de l’Etat apparaît à travers l’absence d’espaces publics locaux de résolution de conflits et un système judiciaire impersonnel et elle constitue un facteur déterminant dans la formation de structures privées de pouvoir local dans les régions qui se trouvent en marge de leur couverture. Dans ce cas précis, ce pouvoir est basé sur l’existence d’un réseau de relations inter-personnelles et il est centralisé à la tête des patrons de mines, qui ont leur "propre" armée et des ressources inépuisables grâce aux émeraudes. Une analyse permettant de situer, en premier lieu, le "tissu social local" rend plus aisée, dans le détail, l’appréciation des conflits interpersonnels et permet d’expliquer les raisons pour lesquelles un conflit qui commence entre deux ou plusieurs antagonistes s’étend au-delà, entraînant tous ceux qui sont liés directement ou indirectement aux opposants jusqu’à constituer deux factions opposées.

Ce pouvoir privé, se fait connaître moyennant divers mécanismes, il remplace l’Etat en fournissant une infrastructure de services, il rend inopérants les hommes politiques -articulations traditionnelles entre les localités et certaines instances de l’Etat-, subordonne la police, seule institution nationale qui ait une présence constante dans la zone, et établit des alliances avec l’armée pour combattre la guérilla. Cette zone a été, de plus, le théâtre (et il s’agit ici de l’un des critères de sélection pour cette étude)d’un "banditisme endémique" depuis la guerre des Mille Jours (fin du siècle dernier)jusqu’à nos jours.

Parmi les protagonistes du conflit on peut apprécier facilement la mentalité "guerrière" sous-jacente à la dynamique sociale. Ainsi que le montre l’auteur, sur la base de quelques témoignages, "la loyauté, qui est opposée à la trahison, est définie à partir de la définition de l’ennemi": le monde est comme une photographie en noir et blanc sur laquelle les uns sont les "méchants" et les autres les "bons". La loyauté et la trahison sont ainsi deux principes ordonnateurs de la réalité (je me demande s’ils ne seraient pas les seuls?)qui permettent aux patrons des mines de se situer par rapport aux autres. Cette mentalité, résultat d’une vision manichéenne du monde, s’exprime dans les proverbes populaires, fréquemment cités par les chercheurs d’émeraudes quand ils veulent justifier leurs actes.

Mots-clés

Etat et société civile, développement culturel, culture et développement


, Colombie, Colombie Région Ouest

Commentaire

Malgré sa "spécificité", cette zone met en évidence, de manière dramatique, la précarité de l’Etat et cette fragmentation des pouvoirs qui sont pour une grande part à l’origine des conflits sociaux et politiques dans le pays. L’absence d’espaces publics légitimes pour la résolution des conflits en est le résultat et explique que la société colombienne soit une société qui "se refuse à s’organiser à travers l’Etat". Ces faits expliquent aussi que la justice privée ait trouvé un espace pour se consolider et qu’elle ait largement reproduit, dans "l’imaginaire collectif" de la population, l’idée selon laquelle les problèmes se résolvent directement. Peu importe alors si la manière de les résoudre est le meurtre (littéralement)de l’autre. Cela explique également que la "logique de guerre" ami/ennemi ne s’arrête pas aux acteurs armés et qu’elle s’étende aussi et surtout aux "mentalités" (le niveau de représentation)de la population.

Notes

Le livre s’intitule:"Nettoyer la terre:Guerre et pouvoir entre les chercheurs d’émeraudes".

Source

Livre

URIBE, Maria Victoria, CINEP, CINEP, 1992/09/11 (Colombie), "Société et conflit"

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