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Le ’Marché Ensemble’, un groupement familial d’achat géré par des personnes en difficulté

Des pratiques nouvelles au Secours Catholique

Henriette NALLET

11 / 1995

En découvrant le "Marché Ensemble", vous apercevez d’abord des vitrines réfrigérées, des cagettes de fruits et légumes sagement alignées sur un banc, puis un groupe de gens affairés à discuter et vous entendez parler comptabilité et remboursement de prêt. Dans une petite pièce à coté, des produits secs sont présentés sur des étagères.

Depuis 1993, le "Marché Ensemble" rassemble en un même lieux les produits d’alimentation de base en permettant de les acquérir aux prix les moins chers de l’agglomération grenobloise. Il s’agit d’un véritable marché où chacun choisit ce dont il a besoin.

En observant la Boutique d’Alimentation Conseil (BAC)organisée conjointement par le Secours Catholique et la Caisse d’Allocation Familiale, les animateurs du Secours Catholique se sont rendus compte que pour de nombreuses familles, ou personnes, les difficultés financières n’étaient pas dues à une mauvaise gestion mais plutôt à des budgets ingérables, tant les ressources sont faibles. Ils ont cherché, avec une dizaine de familles rencontrées à la BAC, un moyen de réduire l’une des dépenses fondamentales: l’alimentation.

La BAC permet à des familles en difficultés de bénéficier pendant une durée déterminée de produits à moitié prix tout en étant accompagné par un travailleur social. Elle constitue une étape individuelle avant le groupement d’achat.

En lançant ce projet, le Secours Catholique, en partenariat avec la CAF et la Commission Locale d’Initiative, propose de mettre à disposition un premier fond de roulement ainsi qu’un soutien logistique : local, électricité, matériel de conservation et selon les besoins, véhicules.

Pour le reste, même si une animatrice salariée est présente, les bénéficiaires doivent se débrouiller et s’organiser tant pour le fonctionnement que pour la gestion. Peu à peu, de façon empirique, le groupe trouve une organisation qui lui convient. C’est lors des réunions mensuelles que sont prises les décisions : par exemple les conditions dans lesquels des crédits peuvent être accordés aux bénéficiaires.

L’accueil du Secours Catholique, les assistantes sociales mais surtout le bouche à oreilles font connaître l’expérience et amènent de nouveaux usagers. L’animatrice et un des bénéficiaires les rencontrent en entretien pour s’assurer dans un premier temps que leur niveau de ressources correspond aux conditions d’accès au "Marché ensemble" ; ensuite, ils insistent sur l’esprit du groupe et la nécessaire participation de tous. Aujourd’hui, le groupe est formé d’une trentaine de familles ou de personnes

Devant la participation demandée, "Les profiteurs s’éliminent d’eux-mêmes" parait-il. Certains n’ayant pas beaucoup de temps entre le travail et la famille donne un coup de main sur leur temps de loisirs.

La vente a lieu deux demi-journées par semaine. Mais chaque semaine, il faut faire le stock et en fonction des besoins s’occuper des achats. Tous guettent les promotions et répercute l’information sur les prix intéressants. Le principe est de ne pas décider tout seul. Il ne faut pas se laisser tenter par des choses inutiles. D’ailleurs les responsables des achats les font à deux. Ils doivent parfois aller dans plusieurs supermarchés. Occasionnellement des prix de gros sont négociés avec de petits commerçants.

D’autre moyens d’approvisionnement sont utilisés : effectuer des cueillettes et récupérer une part des fruits ou légumes cueillis, planter des pommes de terre sur un terrain prêté... Ces solutions moins onéreuses permettent de financer les pertes éventuelles mais aussi de vivre ensemble des moments plus festifs : sortir de la ville, se rassembler...

Il s’agit de bien évaluer les besoins et ne pas être dépassé par les invendus. Pour cela, certains produits périssables sont achetés en fonction des commandes. Un atelier de cuisine permettant la transformation des aliments en plats cuisinés est à l’étude.

La situation de "bénéficiaires actifs" transforme la position des usagers qui ne doivent pas perdre de vue le fonctionnement du "Marché ensemble". Ainsi, si des conditions de crédits sont nécessaires pour les familles, il ne faut pas que le fond de trésorerie en soit lourdement grevé. En somme, le "Marché Ensemble" est leur affaire, inévitablement ils la gèrent.

Mots-clés

alimentation, autogestion, organisation populaire, lutte contre la pauvreté, prolétariat, solidarité, lutte contre l’exclusion, population défavorisée, autoformation


, France, Grenoble

Commentaire

On observe dans cette expérience une transformation du Secours Catholique, institution d’assistance qui aujourd’hui a modifié son attitude en aidant les personnes en difficulté à se prendre en main. Les "bénéficiaires actifs" du "Marché Ensemble" en sont un très bon exemple à travers lequel l’intérêt de ce renversement apparaît clairement : respect des individus, confiance qui permet de se remettre en marche ("On a moins peur d’aller à la rencontre des administrations"), redécouverte de ses capacités et parfois de compétences qui n’avaient plus pu être utilisées (Le jour où nous étions présent, la caissière avait autrefois fait de la comptabilité), sociabilité et ambiance favorisant les contacts ("Pour s’intégrer, il faut s’obliger à se mélanger, à se cotoyer, à échanger"), responsabilité vis à vis du projet...

Des motivations diverses les amènent à participer au groupe, motivations économiques (prix intéressant, possibilités de crédits)mais celles-ci ne sont pas les seules. La convivialité du lieu est importante ; on vient autant pour faire ses courses que pour discuter et se retrouver et il émerge de cette convivialité une envie de faire des choses ensemble. Le désir de se sentir utile, impliqué dans un réseau de solidarité est également essentiel. Aujourd’hui, le groupe est sollicité pour aller parler de son expérience à d’autres groupes ; du coup, il envisage de se former à la communication.

Notes

Contact : Catherine Dumas, Le marché ensemble, tel 76 87 23 13.

Entretien avec DUMAS, Catherine

Source

Entretien

Secours Catholique (France)

Secours Catholique - 10 rue Sergent Bobillot, 38000 Grenoble. Tel 04 76 87 23 13 ? ? ? - France

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