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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Des écoles pour la troisième vague

Richard PETRIS

06 / 1993

Tirant les "leçons de Los Angeles pour le monde", A. Toffler considère que les émeutes du printemps 92 manifestent, à la fois, une nouvelle et dangereuse forme de racisme et une crise de l’emploi bien plus profonde que ce que nous avons connu jusqu’à présent, provoquées par un nouveau système de création de la richesse qui détruit la "société de masse" de l’ère industrielle.

Le phénomène du "melting pot" qui facilitait l’intégration et l’assimilation ne peut empêcher l’exclusion qu’aggravent les changements économiques de la 3è vague. A la différence des usines et des chaînes de montage de la 2è vague, les entreprises de la 3è se ferment à un nombre de plus en plus grand de travailleurs sans qualification.

Le 28 avril 1992, la veille du jour où éclataient les émeutes de Los Angeles, le Los Angeles Times publiait une liste des 100 premières entreprises de Californie dont on pouvait remarquer que les industries de la 2è vague sont absentes. Les matières premières de cette économie de la 3è vague sont la "matière grise", la créativité et l’innovation, la capacité d’adaptation, l’organisation scientifique du travail, des formes d’autorité post-bureaucratiques. Cette économie repose sur la communication instantanée par téléphone et télétransmission, sur l’informatique et les bases de données, sur des réseaux électroniques mondiaux tentaculaires et de plus en plus rapides et, par-dessus tout, sur des savoir-faire nouveaux et toujours changeants.

Il s’agit de la plus grande transformation technico-sociale depuis la révolution industrielle, et les discours des hommes politiques sont inadaptés s’ils ne font que prôner le retour à des mesures keynésiennes ou monétaristes pour stimuler l’économie.

Il n’y aura pas de solution tant qu’une révolution du type "3è vague" n’aura pas balayé les écoles de la "2è vague", qui sont celles d’aujourd’hui, pour les remplacer complètement par de nouvelles structures éducatives. Ce qui est nécessaire, ce n’est pas davantage d’argent, de devoirs à la maison, d’heures de cours, de classement par le mérite, mais une remise en cause du décalage fondamental entre une éducation qui correspondait aux besoins des usines, et une société où auront disparus usines et emplois correspondants, et une recherche audacieuse de toutes sortes de moyens: des bons de financement, à l’enseignement par correspondance, à de nouvelles relations avec les parents, au recours aux ordinateurs, non seulement pour résoudre des problèmes, mais pour apprendre aux enfants à penser et à créer,... Ce pourrait être du ressort de toutes les institutions de la société de dispenser de l’enseignement et de la formation: les entreprises pourraient prendre en charge des jeunes à partir de 11 ans en collaborant avec les parents, les collectivités locales pourraient impliquer les adolescents dans les travaux d’intérêt général (protection de l’environnement, construction et entretien des équipements de quartier, surveillance de la circulation, services aux personnes âgées,...), avant qu’ils ne retournent en classe pour recevoir une formation en rapport avec les véritables besoins de la société. La "GI Bill" qui avait permis aux anciens combattants de l’armée américaine, à la fin de la seconde guerre mondiale, d’avoir droit à une formation dans toutes sortes d’institutions, des grandes universités aux écoles de mécanique automobile, fut peut-être la meilleure mesure sociale américaine après 1940!

"Il n’y aura pas de paix durable dans les ghettos noirs et latinos des Etats-Unis, dans les banlieux nord-africaines en France et dans les bidonvilles et les bas-fonds d’émigrés dans le reste du monde de la "high-tech", tant que toutes les institutions de l’ère industrielle, des systèmes sanitaire et judiciaire, au système des transports, et bien entendu, au système politique, n’auront pas été repensés pour une société de la 3è vague" correspondant au nouveau mode de création de la richesse qui la caractérise".

Mots-clés

avenir de la planète, chômage, éducation, innovation technologique, éducation et changement social, paix


, Etats-Unis

Commentaire

Alvin TOFFLER a trouvé avec les évènements de Los Angeles un terrain de choix pour la poursuite des analyses réputées qu’il mène sur les changements qui affectent nos sociétés et l’avènement d’un monde nouveau ("Le choc du futur", "La 3è vague").

Le verdict macro-économique est sans détour: la nouvelle organisation économique et sa sophistication ne peuvent conduire au plein emploi. Il désigne, ce faisant, le champ de recherches plus précises sur les mécanismes de l’innovation et de la production et leurs effets.

Mais s’agissant du racisme, d’autres réflexions et commentaires, après Los Angeles, montrent aussi que le bilan de l’intégration reste à faire.

Notes

"World Monitor" est publié par le même éditeur que "The Christian Science Monitor" quotidien considéré comme l’un des vingt meilleurs journaux du monde, compte tenu de ses qualités professionnelles et intellectuelles.

Source

Articles et dossiers

TOFFLER, Alvin, THE CHRISTIAN SCIENCE PUBLISHING SOCIETY in. WORLD MONITOR, 1992/06 (ETATS UNIS), Vol.5, N°6

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