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Un F-18 pour des emplois pour la paix

06 / 1993

"Un F-18 pour la paix" est le thème d’une campagne emblématique de la stratégie globale d’éducation et d’action pour la paix mise en oeuvre depuis le milieu des années 1980 par des milieux progressistes québécois.

Pour dépasser les divisions du mouvement pacifiste, et en particulier la "chicane" politique que se cherchaient deux groupes, des enseignants du groupe de recherche en éducation "La maîtresse d’école" (fondé en 1975)se saisit d’une proposition d’un groupe de travail sur les usines d’armement au Québec qui venait d’achever la réalisation d’une carte montrant l’emplacement des usines d’armements à partir d’une recherche faisant appel à toutes sortes de moyens indirects (dépouillement systématique des journaux des 5 dernières années, consultation des Comptes Publics, documents de la Conférence sur les exportations des industries de haute technologie, ...). Un accord est recherché avec la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la seconde centrale syndicale québecoise (220 000 syndiqués, classée à gauche et la plus militante, ainsi qu’avec la Centrale de l’enseignement du Québec, regroupant les enseignants du primaire et du secondaire (ceux du supérieur sont à la CSN), pour publier ce travail.

Les ouvriers des usines concernées ayant manifesté leur opposition, le parti fut pris de mettre en oeuvre une étude avec les ouvriers eux-mêmes, et plus particulièrement ceux de la Fédération des travailleurs de la Métallurgie à qui on expliqua qu’il fallait qu’ils soient "en avant". Pour que le travail entrepris avec les ouvriers puisse déboucher, mais aussi pour qu’il bénéficie du soutien le plus large possible de l’opinion, il fallait un thème marquant s’inscrivant dans une démarche "main stream", correspondant à un grand courant d’opinion, d’où le choix du thème "Un F-18 pour la paix".

L’objectif

Créer par le biais d’une grande manifestation, un évènement majeur destiné à forcer le ministère de la Défense à octroyer un fonds pour la paix équivalent au prix d’un F-18.Il est à la fois réaliste et ambitieux, puisqu’il s’agit au moyen de ce fonds, d’expérimenter d’autres voies que celles de l’armement pour créer à la fois plus d’emplois et pour maintenir de bonnes relations avec les autres pays,et parce qu’il ne s’agit que d’un seul F-18 sur près de 150 !

Rendre la revendication crédible

-pour justifier chaque dollar demandé au ministère de la défense, il faut que la demande populaire s’exprime de façon tangible.

-un comité national doit être chargé de négocier et de gérer le fonds.

-un comité d’analyse économique doit vérifier et analyser la nature des projets présentés.

-une campagne de presse doit être entretenue.

-une multiplication du nombre des manifestants est nécessaire, et dans le monde de l’enseignement comme dans les milieux du travail, la mobilisation peut s’appuyer sur la brochure "Les usines d’armement au Québec ou des emplois pour la paix".

En 1984, l’entente avec la CNS débouchait sur un budget annuel de 200 000 dollars canadiens pendant 2 ans; ce qui permettait de financer un permanent à plein temps, la publication de documents et l’organisation de rencontres et de colloques. Un comité des sages était nommé comprenant notamment Francine Fournier, actuellement sous-directeur général de l’UNESCO, et Mgr Prou, chargé des affaires sociales dans l’Assemblée des évêques.

Cette mobilisation a eu pour effet de multiplier par 5 le nombre des "marcheurs pour la paix" en 1985. Elle a encouragé la mise en route de travaux de recherches avec l’Université du Québec (autour d’Yves Belanger), notamment pour identifier les cas où il fallait faire porter les efforts.

Face à cela le gouvernement réagissait fortement, et, au bout de 2 ans, par une manoeuvre à laquelle les pouvoirs publics n’étaient sans doute pas étrangers, un veto était mis par l’exécutif des employés de la CNS au renouvellement du contrat du permanent, bien que la centrale syndicale ait évalué son travail très favorablement!

La campagne "Un F-18 pour la paix" tournait court, mais elle annonçait et préparait d’autre actions d’envergure.

Mots-clés

éducation, pédagogie, paix, désarmement, éducation à la paix


, Canada, Québec

dossier

Construire la paix : éléments de réflexion à partir des pratiques des organisations non gouvernementales et de quelques instances nationales et internationales

Commentaire

Le slogan est simple, et peut paraître simpliste, mais l’ambition est vaste et correspond à un déplacement complet des perspectives.

Il s’agit d’obtenir des autorités qu’elles admettent que d’autres choix pourraient être faits en matière de défense, et, qu’à tout le moins, il faut consacrer un minimum de moyens pour les étudier.

En même temps, le mode d’action retenu est destiné à amener des individus et des instances qui poursuivent, au fond, les mêmes objectifs, à se rapprocher. Pour les Canadiens français, la campagne du F-18 aurait ainsi constitué un commencement de rapprochement entre le syndicats et les mouvements pacifistes.

Source

Entretien ; Autre

Robert CADOTTE fait partie de la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal.

Ecole de la Paix - 7 rue Tres-Cloîtres, 38000 Grenoble, FRANCE - Tél. : 33 (0)4 76 63 81 41 - Fax : 33(0)4 76 63 81 42 - France - www.ecoledelapaix.org - ecole (@) ecoledelapaix.org

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