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Quand ça va mal dans le monde, ça va bien à la shop, et quand ça va bien dans le monde, ça va mal à la shop (shop=usine)

06 / 1993

A 40 km au sud de Montréal, à Valleyfield, EXPRO fabrique des poudres propulsives et des explosifs brisants. C’est la plus grosse des 3 capacités privées dans ce domaine en Amérique du Nord et elle exporte 50% de sa production, dont 35% vers l’Europe. Après avoir couvert les besoins en explosifs du 1/3 des armées du Commonwealth pendant la guerre, l’entreprise travaille à 80% pour des contrats militaires, et de 3500 en 1945 l’effectif a été ramené à 600 aujourd’hui.

Le question de la reconversion a été abordée par le biais de l’emploi: les ouvriers sont sensibles à tous les évènements, et par définition aux conflits, qui font fluctuer la production. Le syndicat, qui s’est constitué dans l’usine en 1966, lors de sa privatisation, a réagi notamment aux licenciements qui ont suivi la fin de la guerre du Vietnam, puis celle de la guerre Iran-Irak et plus récemment à la décision du gouvernement canadien de réduire ses commandes de 40% .

L’idée qui a germé en 1984 était de populariser la nécessité de la reconversion et des syndicalistes et des universitaires ont considéré qu’il fallait que les employés se saisissent de ces problèmes à partir de la connaissance de l’industrie dans laquelle ils travaillent et d’arguments très concrets qui devaient leur être présentés. Deux mandats passés avec le Groupe de recherche sur l’industrie militaire (GRIM)d’Yves Bélanger, à l’Université du Québec à Montréal, ont permis de mener une enquête auprès des travailleurs afin de connaître leur perception, d’une part, de réaliser 5 études sectorielles sur l’industrie militaire au Québec (300 entreprises, 50 000 emplois), afin d’examiner les aspects techniques, d’ingénierie mais aussi de concurrence internationale, d’autre part.

Les munitions ont été choisies comme secteur pilote. Des actions ont été menées simultanément auprès des travailleurs, de la direction et des autorités:

-auprès des travailleurs et des syndiqués la sensibilisation globale est passée par la diffusion de documents destinés les uns à la base, les autres aux instances syndicales elles-mêmes (CSN). Des comités de productivité ont été mis en place avec 2 objectifs: analyser et corriger les dysfonctionnements dans l’organisation du travail, et créer des équipes semi-autonomes de travail poour sortir du schéma taylorien traditionnel, ce qui correspond à une véritable révolution culturelle.

-d’hostile à l’origine, la direction de l’usine EXPRO est devenue plus coopérative, voire intéressée par le sérieux des études successives, compte tenu notamment des perspectives d’avenir de plus en plus sombres pour la production. Au printemps 1991, la CSN et la direction d’EXPRO se sont entendues pour financer conjointement une étude d’analyse de marché et de diversification.

-dans le cadre de la lutte pour la santé et la sécurité dans l’usine, les syndicats avaient fini par obtenir le soutien du gouvernement du Québec. Pour la reconversion, tous les niveaux sont sollicités dont les communes, pour faire pression sur le gouvernement québécois et sur le gouvernement fédéral pour qu’ils supportent le financement des études successives. En mai 19092 une nouvelle demande a été adressée au gouvernement du Québec pour le financement des mesures d’adaptation de la main d’oeuvre.

Depuis l’origine de la démarche, et à chaque étape, il faut faire "consensus". A ce jour, l’accord des parties a été réalisé sur deux points essentiels:

-il faut casser la culture "cost plus" qui caractérise l’industrie de l’armement où on a l’habitude de se moquer du prix de revient.

-la reconversion/diversification passerait pour EXPRO par le développement d’activités liées à l’environnement.

Actuellement, le syndicat poursuit ses efforts tous azimuts:

-il vient de collaborer à l’édition d’un livre d’Yves Bélanger, "Les défis économiques du désarmement. Vers la reconversion des économies militaires".

-afin de créer l’environnement favorable à la mise en oeuvre du programme de diversification/reconversion, objet de l’étude en cours, une campagne politique locale pour la production alternative a été budgetée par la CSN.

-il étudie un projet de symposium international, au Québec, en 1993, sur la reconversion des industries d’armement.

Il faut rappeler enfin, dans cette stratégie globale, la contribution que la CSN a pris au débat sur l’indépendance du Québec, notamment sous la forme du document "Pour une politique québécoise de défense", qui constitue le chapitre 9 du mémoire soumis par le syndicat à la Commission sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec.

Mots-clés

diversification des productions, désarmement, paix


, Canada, Québec

Commentaire

Alors que la Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ)reste attachée à une activité syndicale traditionnelle, la CSN développe une vision plus large et plus politique.La stratégie globale choisie par ces syndicalistes ne peut être cantonnée aux seuls problèmes d’EXPRO. Le déclin de l’entreprise, comme celui de toute l’industrie des munitions et explosifs d’ailleurs, risque d’être fatal, compte tenu de l’étroite dépendance de ce secteur à l’égard de la production de défense et de l’état général des infrastructures, à moins que le marché de l’environnement n’offre effectivement, et rapidement, des nouveaux débouchés. Mais les observations faites et la méthode employée dans ce cas devraient profiter à l’ensemble de l’industrie de l’armement du Québec, voire à une réflexion encore plus complète sur tous les aspects de la politique de défense du pays.

Notes

Date de l’entretien: 17 septembre 1992

Source

Entretien

LAVIOLETTE, Marc

Ecole de la Paix - 7 rue Tres-Cloîtres, 38000 Grenoble, FRANCE - Tél. : 33 (0)4 76 63 81 41 - Fax : 33(0)4 76 63 81 42 - France - www.ecoledelapaix.org - ecole (@) ecoledelapaix.org

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