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Aux origines de la violence rurale : le rôle crucial de la colonisation des terres vierges

Pierre Michel ROSNER

04 / 1993

Depuis une vingtaine d’années, on assiste à la colonisation accélérée des « terres vierges ». Entre les franges côtières, les hautes vallées tropicales andines et le piémont amazonien, plus d’un million d’hectares ont été ouverts aux cultures. « Aucune des zones de colonisation récente n’échappe au trafic de drogue ». Dans certaines d’entre-elles, les paysans cultivent de la coca et obtiennent ainsi une part importante de leurs revenus. Dans d’autres, la population est délogée par les trafiquants qui pour leur propre compte ou celui des grands propriétaires récupèrent les terres nouvellement défrichées et favorisent ainsi l’ouverture de nouveaux fronts de colonisation.

Ailleurs, la guérilla intervient protégeant la paysannerie de la répression étatique et para-militaire et s’associant, si besoin est, plus ou moins ouvertement avec les trafiquants de drogue. En général, ces zones sont aussi celles où l’on constate le plus grand nombre d’actes de violence rurale.

Mais si le caractère conflictuel de ces regions « marginales » est largement connu, leur role économique et politique vis-à-vis du reste de la société colombienne est a-priori sous-estimé. L’histoire des grands fronts de colonisation entre 1900 et 1930 devrait pourtant susciter des interrogations. En 1827 et 1910, 2,2 millions d’hectares sont colonisés. 1 million d’hectares le seront encore entre 1910 et 1936 avec, alors, le soutien vigoureux de l’Etat. C’est au cours de cette période que l’économie colombienne se spécialise dans la production de café. Vers 1900, la production occupe déjà 40% de la structure des exportations mais seulement encore 1,5% de la production mondiale. Les décennies suivantes sont décisives. La Colombie accroît considérablement sa production et devient en 1940 le 2ème producteur mondial. Les départements de colonisation tels que Caldas ou Antioquia sont alors les premiers producteurs nationaux.

Dès 1900, ce développement de la production caféïère est soutenu par une politique d’importations céréalières à bas prix. Les petits paysans des vieilles régions agricoles sont paupérisés et partent tenter leur chance sur les fronts de colonisation. La baisse des prix des produits vivriers favorise aussi la baisse des coûts de la main d’oeuvre salariée sur les domaines caféïers.

Cette politique de spécialisation de l’agriculture colombienne a bénéficié aux grands propriétaires fonciers : dans les zones de colonisation, ceux-ci (23%) se sont appropriés de la quasi totalité des terres (93%) puis ont ensuite concentré la production caféïère et les circuits de commercialisation. Dans les vieilles zones agricoles, les grands propriétaires ont du même coup fait l’économie de réformes économiques. Politiquement « l’ouverture de fronts de colonisation est devenue le moyen récurrent pour l’Etat Colombien a) de résoudre les conflits dans les zones de pression foncière sans avoir à y modifier la structure agraire, et b) de reproduire cette structure et les rapports de force qui en dérivent sur les fronts de colonisation ».

Mots-clés

spécialisation agricole, café, production agricole, Etat et société civile, politique foncière, colonisation, drogue et violence, trafic de drogue, histoire nationale


, Colombie

dossier

Ébauche pour la construction d’un art de la paix : Penser la paix comme stratégie

Commentaire

La politique actuelle de colonisation avec développement de la production de coca n’est assurément pas la simple reproduction de la politique de colonisation-spécialisation caféïère du début du siècle. Il est toutefois surprenant de constater les similitudes existantes entre ces deux périodes, illégalité de la production et violence en plus. La précocité et l’ampleur de la spécialisation caféïère sont indissociables de la vigueur de la politique de colonisation mise en place au début du siècle par l’oligarchie afin d’éviter toute réforme de la structure économique et foncière. Tandis qu’aujourd’hui l’oligarchie continue de miser sur l’ouverture de nouveaux fronts de colonisation pour résoudre la question agraire, la baisse des cours du café et des produits tropicaux licites conduit les producteurs à développer toujours plus la culture de stupéfiants.

Source

Livre

CORREDOR MARTINEZ, Consuelo, CINEP, Los límites de la modernización, CINEP, 1992/06 (Colombie)

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