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L’irréductible opposition de l’oligarchie colombienne au réformisme social : 1930-1945

Pierre Michel ROSNER

05 / 1993

Lors de la crise économique de 1929 (baisse des exportations, du crédit, des dépenses publiques, des salaires, hausse du chômage et des importations alimentaires), les Libéraux accèdent au pouvoir dont ils étaient écartés depuis 45 ans. Le président Oyala (1930-34)instaure des barrières douanières aux importations alimentaires, impose le contrôle des changes et favorise le développement industriel. En 1934, les Libéraux conservent le pouvoir avec Lopez Pumajero (1934-48). Le Parti Communiste et l’Union Nationale pour la Gauche Révolutionnaire (UNIR)mobilisant la paysannerie au sein de puissants syndicats agraires, les Libéraux sont contraints de mettre en oeuvre une "politique de conciliation des intérêts économiques" visant à moderniser l’appareil de production tout en donnant un cadre légal aux conflits sociaux.

La politique de Lopez Pumajero (la "Révolution en Marche")comprend:

1 - La réforme fiscale qui instaure des impôts proportionnels sur le revenu, le capital et les bénéfices.

2 - La réforme de la Constitution qui donne à l’Etat les moyens légaux de réaliser des investissements et le sépare de l’Eglise.

3 - La réforme foncière qui reconnaît l’utilité sociale de la propriété foncière mais admet la nécessité de "moderniser l’organisation du travail" et de "mettre en adéquation la structure économique et sociale des campagnes avec celle de la société nationale" et réglemente les relations entre propriétaires, fermiers, métayers et ouvriers agricoles.

Malgré son nom, cette politique n’était économiquement guère révolutionnaire. L’impôt est proportionnel. Les redistributions foncières ne concerneront finalement que 2% de la petite paysannerie.

Mais malgré le peu d’ampleur des mesures, l’oligarchie -agraire surtout- a mené une campagne d’opposition extrêmement vive, comme si son pouvoir économique et politique était profondément menacé: les conflits n’existeraient que par la faute des communistes; la terre serait intégralement redistribuée. Dès lors, les grands propriétaires s’organisent "pour se défendre de ceux qui prétendent s’approprier de leurs biens, acquis par le travail et l’intelligence..., et de ceux qui, par de fausses promesses, trompent les ignorants..., les exploitent et les corrompent". Ils commencent alors à pratiquer des "expulsions préventives" et à multiplier les actions de violence contre les paysans.

En 1938, sous la pression des grands propriétaires, le gouvernement libéral de E.Santos abandonne toute prétention réformiste et reprend les propositions de loi émises par les syndicats patronaux afin de développer les cultures d’exportation et de consolider la propriété. Tout au plus crée-t-il un statut légal de fermage afin de favoriser la production de maïs pour l’autoconsommation et de limiter les importations alimentaires.

La modernisation de l’appareil de production est en marche. La législation du travail et la structure foncière ont été maintenues quasi intactes. L’intrasigeance et le recours à l’usage de la violence par des agents privés ont permis aux exportateurs et aux grands propriétaires fonciers de préserver leurs intérêts économiques.

Mots-clés

politique de développement, politique foncière, organisation paysanne


, Colombie

Commentaire

On présente généralement la période de 1945 à 1960 -qui débute par l’assassinat de J.E.Gaitan, dirigeant de l’UNIR- comme étant celle de "La Violence". Bien qu’on parle parfois de "la violence des années 30" lorsqu’on évoque la période antérieure -1930 à 1945, ici abordée- celle-ci est le plus souvent présentée comme la période du "réformisme". Il ressort toutefois de ce qui précède que l’opposition radicale et souvent violente de l’oligarchie foncière aux mesures proposées par les Libéraux durant les années 30, préfigure déjà la violence ultérieure. Le réformisme, bien timide, lui a rapidement cèdé le pas. En insistant sur les différences formelles et non matérielles des modes de domination, l’utilisation, pour caractériser des périodes précises de l’histoire colombienne, de qualificatifs simplificateurs tels que "le réformisme" et "La Violence", contribue à occulter les continuités bien réelles qui traversent ces périodes.

Notes

Extraits de "Los límites de la modernización". CINEP: Centro de INvestigación y Educación Popular.

Source

Livre

CORREDOR MARTINEZ, Consuelo, CINEP, CINEP, 1992/06 (Colombie)

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