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Mesure agrienvironnementale

L’application de l’article 19 dans une expérience locale en Lozère

Pierre Yves GUIHENEUF

05 / 1993

Depuis les années 80, les responsables professionnels agricoles de Lozère recherchent des alternatives à l’intensification de la production ovine. Celle-ci concentre en effet les animaux sur les meilleures terres, qui deviennent sur-exploitées, aux dépens des terres de parcours abandonnées, qui retournent aux broussailles. D’un côté, des îlots hautement consommateurs d’engrais et d’aliments importés, de l’autre des friches qui réduisent l’accès des promeneurs aux espaces ruraux et font de ces derniers la proie des incendies.

Techniquement mieux maîtrisés par les techniciens agricoles formés à l’école du rendement, les systèmes intensifs sont souvent adoptés par les éleveurs qui tiennent à tenir leur place dans la course au progrès et dans la concurrence européenne.

C’est probablement le sentiment confus de perdre cette place et de mener l’agriculture locale à la ruine qui laisse place aux premiers doutes. Les recherches menées par les spécialistes des systèmes extensifs d’élevage, puis la montée des préoccupations environnementales laissent entrevoir aux responsables de la Chambre d’Agriculture la possibilité d’une autre voie : redéployer les élevages sur le territoire et limiter la production, tout en maintenant le revenu agricole. Plusieurs techniciens vont ainsi se former à l’école du pastoralisme.

En 1985, la CEE donne l’occasion de sauter le pas. Grâce à l’article 19 du règlement 797/85 des agriculteurs adoptant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement peuvent bénéficier de subventions à l’hectare pour une durée de 5 ans. Les responsables de la Chambre d’Agriculture demandent dès 1986 que l’article 19 soit appliqué en Lozère. Ils définissent eux-mêmes les conditions d’attribution des subventions européennes : les éleveurs adoptant des pratiques extensives seront subventionnés pendant les cinq premières années. Depuis 1991, les dossiers de candidature des éleveurs lozériens affluent à la Chambre d’Agriculture.

René Jouve a été l’un des premiers candidats. Autrefois engagé dans la course au productivisme, il a commencé à douter, puis à considérer l’environnement comme une meilleure opportunité pour son activité à long terme. Aidé par les subventions européennes, il a étendu son troupeau sur des espaces abandonnés, a diminué le recours aux aliments achetés et ralenti la fréquence des agnelages de ses brebis. Pour lui, l’extensif c’est moins de gains (moins d’agneaux, une moindre croissance des animaux)mais aussi moins de pertes (moins de frais, une meilleure santé du troupeau).

Pendant 5 ans, les subventions l’aident considérablement : il faut tracer de nouvelles clôtures, apprendre à utiliser la végétation naturelle, etc… Après, il mise sur un environnement plus accueillant et plus de temps disponible pour développer une activité de tourisme rural. Deux gîtes sont en construction ainsi qu’un sentier de randonnée. Peu à peu, il passera en production biologique.

Les Folcher, père et fils, ont suivi une démarche similaire. Comme René Jouve, ils bénéficient de subventions européennes en échange d’un redéploiement spatial de leur élevage. L’impact de leur activité sur le milieu naturel est contrôlé par un technicien, qui peut s’opposer au versement de la subvention si le contrat n’est pas respecté. Cette prime leur permet de financer la période d’adoption de pratiques extensives, donc de réduire les risques économiques à ce niveau. Après ? Les Folcher ont décidé de parier sur la qualité de leurs produits. Leurs agneaux sont allaités, les brebis menées sur parcours, les antibiotiques sont proscrits, l’alimentation, naturelle. Les agneaux sont commercialisés par un groupement d’une trentaine de producteurs sous le label « Elovel », ce qui leur permet une meilleure rémunération de la viande.

Les espoirs des responsables agricoles de la Lozère tiennent dans ces quelques mots : qualité des produits, tourisme rural, entretien de l’espace et protection des paysages. L’élevage extensif est leur principal atout pour atteindre ces objectifs.

Sources

- Les agriculteurs gestionnaires de l’espace. Le Réveil Lozère. 21 mai 1992.

Agrinnov- Dossier N°8: agriculture-environnement, mai 1993.

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