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Sauver les océans

Jean Christophe CARRAU

09 / 1995

Infinie, indestructible, inaltérable et quasi-divine : tels sont les qualificatifs que les hommes d’autrefois attachaient à la "Grande Bleue", ce monde à part qui rassemble l’essentiel de l’eau présente sur la planète, couvrant environ les trois-quarts de sa superficie. Longtemps craint, car auréolé de mystère, le monde de la mer abrite une part considérable de la biomasse terrestre, sous les formes les plus diverses ; véritable "pompe biologique", celle-ci joue un rôle essentiel dans la régénération de notre atmosphère.

Mais l’océan d’aujourd’hui n’est plus ce qu’il fut, de plus en plus miné par la propagation du virus humain.

C’est l’explosion démographique de l’humanité qui a faussé -comme sur la terre ferme- le jeu de l’équilibre naturel en milieu marin. Par une production toujours croissante de déchets, la surexploitation de milieux parmi les plus foisonnants de vie et une concentration de nos cités le long des côtes, nous avons causé une considérable dégradation de l’écologie marine.

Les agressions que nous lui avons fait subir sont d’autant plus difficiles à réparer qu’elles sont nombreuses et engagent des hommes aux activités très différentes.

La plus souvent dénoncée est sans aucun doute la pollution chimique apparue lors des dernières décennies. Son côté spectaculaire (nappes de mazout, oiseaux et poissons morts, eaux impropres à la baignade)et l’évidence des moyens à mettre en oeuvre pour la combattre l’ont classée, en cette fin de siècle, au rang des problèmes à résoudre en priorité pour le monde développé. Elle provient du dégazage des bateaux, des naufrages de pétroliers et d’autres navires chargés de substances toxiques, et du rejet de déchets industriels (comme les métaux lourds)en eaux libres. Un bon tiers de cette pollution passe par l’atmosphère. S’y ajoutent les produits azotés utilisés dans l’agriculture et dont se chargent les eaux de ruissellement. L’immersion de déchets nucléaires existe aussi, mais ses effets en matière de pollution marine restent mal connus.

D’autre part, l’équilibre écologique en milieu marin est perturbé par une pollution de type organique, consistant notamment en un déversement des eaux usées soit dans les rivières, soit directement en mer. L’eutrophisation des eaux côtières qui en résulte contribue à l’expansion de certaines espèces (d’algues, notamment)au détriment d’autres. Il existe enfin une pollution d’ordre génétique, issue de l’introduction accidentelle d’espèces dans des zones où, étant étrangères, elles constituent une menace en bouleversant l’équilibre écologique. Ces dernières formes de pollution peuvent générer une augmentation de la biomasse, mais le déséquilibre génétique que nécessairement elles entraînent provoque une inquiétante réduction de la biodiversité.

En fait, l’impact de leur nuisance est encore mal évalué et, dans l’exemple des nitrates, il apparaît difficile de résoudre un problème auquel tant d’enjeux essentiels sont liés.

Ce frein concerne également un autre type d’agression des océans : la pêche. Longtemps considérée comme une "corne d’abondance" que rendait plus accessible l’amélioration des techniques de navigation ou de pêche, l’exploitation des ressources animales (poissons, crustacés, mammifères marins...)atteint aujourd’hui son point limite, tandis que s’accroissent le nombre des pêcheurs et la capacité de leurs outils de travail. En maints endroits, la baisse de la production halieutique traduit celle de la population des poissons. La pêche "involontaire" de certaines espèces prises dans des filets toujours plus gigantesques aggrave ce dépeuplement des fonds océaniques les plus riches en quantité et diversité faunistiques et floristiques. La concentration humaine le long des côtes et la désorganisation qui affecte nos sociétés les plus pauvres amplifient ces phénomènes.

Après avoir exercé son sens féroce de la compétition à travers le ratissage systématique des continents, l’homme a aujourd’hui choisi de dompter l’océan sans vraiment connaître l’étendue de son action destructrice. Car, sous le miroir de sa surface, sa puissance et ses ressources s’avèrent bien moindre que ce que l’on avait supposé quelques décennies auparavant. Cette constatation prend l’humanité à contre-pied dans sa course aux richesses océaniques, et ceci d’autant plus gravement pour l’Afrique et l’Asie, zones à forte croissance démographique qui dépendent largement du poisson pour leurs apports en protéines animales.

Les solutions à tous ces maux peuvent aisément se concevoir, mais difficilement s’appliquer. Nécessitant déjà une énorme pression politique dans l’Occident développé, elles se heurtent dans le Tiers Monde à la désorganisation socio-économique, au manque de moyens ou aux autres urgences que connaissent ces pays. Dans les circonstances actuelles, on peut parier que les blessures infligées à la mer ne cicatriseront qu’à l’issue de graves crises économiques, politiques ou écologiques faisant prendre conscience aux hommes de leurs excès. Cependant, même si leur application reste un voeu pieux, les accords, compromis, réglementations et quotas de production internationaux demeurent le meilleur espoir d’évolution "raisonnable" de la situation des océans.

Mots-clés

mer, pollution de la mer, pollution chimique, génétique, épuisement des ressources halieutiques, croissance démographique, politique de l’eau, accord international, ressources halieutiques


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Notes

Fiche rédigée à partir du chapitre : "Sauver les océans", par Peter Weber, p. 69-92.

Source

Livre

BROWN, Lester; FLAVIN, Sandra; POSTEL, Sandra, L'état de la planète 1994, La Découverte, 1994 (France)

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