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L’assèchement de la mer d’Aral, un exemple dramatique d’une mauvaise gestion par l’homme des ressources en eau

Angélique KHALED

11 / 1995

La mer d’Aral, autrefois quatrième lac du monde par sa superficie, a perdu 50 % de sa surface depuis 1960, 14 mètres de profondeur et 60 % de son volume. Cette catastrophe écologique est d’autant plus regrettable que les activités humaines en sont l’unique responsable. Dans les années 1950 et 1960, le développement à grande échelle de cultures industrielles comme le riz et surtout le coton ont augmenté les besoins en eau de la région. Des canaux ont été construits pour dériver l’eau du lac à des centaines de kilomètres. La surface agricole irriguée est ainsi passée de 290 000 km² en 1950 à 700 000 km² en 1992. Ce phénomène a des conséquences graves aussi bien sur la qualité de l’environnement de la région que sur la santé des populations.

Concernant l’environnement, l’assèchement de la mer d’Aral entraîne la disparition progressive de la faune et de la flore : seules 168 espèces d’oiseaux sur les 319 présentes avant le détournement du lac et 30 variétés de mammifères sur 70 subsistent aujourd’hui. Une seule variété de poisson vit encore dans ces eaux, mais elle est impropre à la consommation ; les pêcheurs ont bien sûr dû cesser toute activité, ce qui a conduit les 30 000 personnes qui vivaient de la pêche à émigrer. Quant à la végétation, le manque d’eau et la pollution de l’air la dégradent de plus en plus.

L’utilisation du lac pour le développement de l’agriculture irriguée a également aggravé la pollution à cause de l’utilisation non contrôlée de nombreux engrais, pesticides, herbicides et défoliants. Là aussi, la situation est dramatique : le DDT, interdit en Occident, a longtemps été utilisé dans ces territoires, de même que le défoliant orange (substance toxique employée par les Américains pendant la guerre du Vietnam). Aujourd’hui encore, 1 000 tonnes de pesticides, interdits ailleurs, subsistent dans la région.

Enfin, les sables salés (surnommés par les habitants "les larmes sèches de l’Aral")détruisent tout sur leur passage quand le vent les emporte : 75 millions de tonnes de sable salé se répandent ainsi chaque année sur les terres alentours. Cette hausse de la salinité touche aussi les nappes d’eau et les usines de dessalement ne peuvent y faire face : conçues pour traiter l’eau jusqu’à 4 grammes de sel par litre, elles ont puisé dans les nappes souterraines de l’eau qui en contient 15 grammes par litre.

Les retombées sur les populations locales sont également très graves. Par exemple, la ville d’Aralsk, au Kazakhstan, ancien grand port de l’Aral, n’est plus aujourd’hui reliée au lac que par un canal. Les pêcheries fermées, la ville a perdu sa raison d’être économique. Tout s’est dégradé, particulièrement après le démantèlement de l’URSS qui a supprimé l’aide russe (50 % du budget du gouvernement, des médicaments et des matières premières).

Outre l’impact économique, cette catastrophe écologique aggrave la situation sanitaire. A cause de la pollution par les engrais et les défoliants, les fruits et légumes cultivés sur place sont devenus toxiques. La disparition du poisson entraîne une carence en protéines. Enfin, le fort taux de salinité provoque des maladies gastriques et intestinales : on comptait 202 malades sur 1 000 habitants de la région en 1984, on en compte 900 sur 1 000 aujourd’hui, d’après les statistiques d’Ecosan (organisme para-gouvernemental qui s’occupe d’écologie et de santé). Les enfants sont les plus touchés : en 1988, la mortalité infantile était de 25,4 pour mille pour l’ensemble de l’URSS, contre 46,7 pour mille au Tadjikistan et 58,2 pour mille au Turkmenistan.

Face à cette situation, des actions internationales sont menées. En 1994, le programme d’assistance à l’environnement du lac d’Aral proposé par la Banque mondiale est accepté par les cinq républiques concernées. Il consiste en dix-huit projets de réhabilitation (restaurer une petite partie du lac et maîtriser les tempêtes de sable)pour un montant de 500 millions de dollars. L’UNICEF a également proposé un programme : l’ASPERA (projet du bassin d’Aral pour l’assistance régionale de l’environnement)conçu avec la coopération des gouvernements et des organisations non gouvernementales locales. Cette action est surtout centrée sur les conditions de vie des femmes et des enfants (hôpitaux, écoles, maisons).

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