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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Récolter les dividendes de la paix

Philippe MAZZONI

06 / 1995

Avec la fin de la guerre froide, il semblait possible enfin de réaliser la prophétie de l’épée transformée en charrue. Or, malgré une certaine réduction des dépenses militaires, trop de personnes sont encore employées dans les forces armées de la planète et les dépenses militaires demeurent très élevées, particulièrement dans les pays en voie de développement, ce qui diminue d’autant leur développement humain.

Le désarmement dans les pays industrialisés

Depuis la chute du mur de Berlin, les programmes sont simplement réduits, rarement abandonnés. C’est en partie une question de taille des organisations commerciales et militaires, et en partie une question d’inertie. D’autre part, le poids des fabricants, la crainte du chômage, les résistances des militaires y sont aussi pour quelque chose.

Le désarmement dans les pays en voie de développement

La réduction des dépenses militaires dans ces pays (dont les plus pauvres du globe) est encore plus lente que dans les pays industrialisés. Leurs arguments sont généralement la dissuasion face à leurs voisins et le rôle économique important joué par l’armée. Cependant, les risques de décès sont plus de 30 fois supérieurs par malnutrition ou par épidémie que par agression de la part d’un pays voisin, et les médecins sont 20 fois moins nombreux que les militaires !

En fait, ces forces leur servent surtout à réprimer leur propre population. Ces dépenses d’armement privent le développement humain de précieuses ressources. Cette situation est en partie imputable aux pays industrialisés, qui n’ont pas encore mis fin à leur aide militaire ou à leurs exportations d’armes…

L’avenir du désarmement dans le monde

La chute du mur de Berlin a en fait dévoilé beaucoup de conflits. Tout progrès exigera à l’évidence une coopération plus étroite entre pays industrialisés et pays en développement. Les mesures suivantes permettraient de faire avancer à grands pas le désarmement dans le monde :

  • Créer des forums pour le désarmement : En particulier par l’intermédiaire des organisations existantes (OUA, ASEAN, etc.), il serait temps d’intégrer des discussions diplomatiques à l’exemple de l’accord de Tegucigalpa en 1991 pour l’Amérique centrale. Les Nations Unies pourraient aussi intervenir plus activement dans le désarmement du Tiers Monde.

  • Désamorcer les tensions dans le monde : L’exemple des réglements pacifiques en cours entre Israël et Palestine, en Amérique centrale ou en Afrique du Sud, montrent que des médiations efficaces sont possibles. Les grandes puissances doivent s’engager plus dans cette voie, en passant par l’intermédiaire du forum des Nations Unies. Il faut aussi considérablement renforcer l’aide au développement pour prévenir tous les troubles politiques liés à l’effondrement d’une économie ou aux catastrophes naturelles.

  • Supprimer graduellement l’aide militaire : Cette aide a déjà considérablement diminué. Cependant, les ventes d’armes légères se poursuivent au même rythme. En plus d’alimenter la course aux armements à l’échelle régionale, elle implique d’importantes dépenses annexes en entretien et infrastructures, de vastes possibilités de corruption, et un fort endettement. Il serait souhaitable de parvenir à un accord international en vue de supprimer toute aide militaire en l’espace, par exemple, de trois ans.

  • Réglementer le commerce des armes : Les 5 premiers exportateurs d’armes (tous membres permanents du Conseil de sécurité)contrôlent 86 % du marché des armes conventionnelles destinées au pays en voie de développement dont certains sont parmi les pays les plus pauvres du monde, notamment l’Afghanistan, l’Inde et le Pakistan. Il est aussi regrettable que, durant les dix dernières années, 40 % des exportations d’armes lourdes conventionnelles aient été expédiées vers les points les plus chauds du globe. Ironie du sort, les pays fournisseurs ont parfois été contraints de déployer d’importants efforts pour récupérer les armes qu’ils avaient expédiées auparavant ! La justification de ces marchés reste toujours trouble, et aucune explication n’est satisfaisante.

On veillera plus particulièrement aux armes chimiques et aux mines terrestres. Les Nations Unies pourraient instaurer un mécanisme permettant : de tenir à jour une liste des armes et technologies sophistiquées interdites à l’exportation, d’améliorer le Registre des armements, de réglementer et d’éliminer le recours à des subventions explicites ou occultes à l’exportation d’armements, de taxer les ventes d’armes pour financer le maintien de la paix.

  • Définir les termes d’un nouveau dialogue sur la politique d’aide : De nombreux pays ou organismes donateurs redoutent que leur aide serve à acheter des armes. Pourtant, aucune politique cohérente et coordination internationale n’a encore été définie.

  • Convenir de critères de médiation des Nations Unies en cas de conflits internes aux pays : Récemment, les Nations Unies ont été amenées à intervenir dans des conflits internes ; ce qui soulève des questions délicates de souveraineté. Un réexamen et un élargissement du chapitre VII de la Charte des Nations Unies pourrait être nécessaire. Des fonds supplémentaires doivent aussi être prélevés, notamment sur le commerce des armes. Des spécialistes (ingénieurs, médecins, etc.)doivent aussi être disponibles.

  • Imaginer des systèmes d’information plus efficaces : Les lacunes restent considérables en ce qui concerne l’information sur les dépenses militaires, les expéditions d’armes, la production d’armes, l’aide militaire, les subventions aux exportations d’armes, les bases militaires et les dettes militaires.

Les dividendes de la paix

Réduire les dépenses militaires ne représente que la moitié du chemin à parcourir. L’autre moitié consiste à consacrer entièrement les ressources économisées au développement humain. De 1987 à 1994, la majorité de ces économies paraît avoir été consacrée à la réduction des déficits budgétaires et au financement de dépenses étrangères au développement. La première tâche consiste donc à isoler ces dividendes dans un poste spécial des budgets nationaux. Ces fonds pourraient servir à la réduction des déficits publics, au financement des coûts de la reconversion militaire, et aux investissements dans le développement humain à l’intérieur et à l’étranger. Ces fonds nationaux pourraient être complétés par un fond mondial de démilitarisation, comme l’a suggéré le Prix Nobel de la Paix (1987), Oscar Arias.

Mots-clés

désarmement, passage de la guerre à la paix, commerce des armes, construction de la paix, contrôle international des armements, armement


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dossier

Ébauche pour la construction d’un art de la paix : Penser la paix comme stratégie

Commentaire

C’est la première fois depuis son premier rapport mondial sur le développement humain, en 1991, que le PNUD consacre un chapitre au désarmement. Le premier diagramme dans la couverture intérieure, de plus en plus repris, montre la baisse importante des dépenses militaires entre 1987 et 1991, et fait apparaître les dividendes de la paix qui en résultent. Que deviennent-ils ? La proposition du Prix Nobel de la Paix 1987, Oscar Arias, de créer un fond mondial de démilitarisation fait l’objet d’une fiche DPH.

La préoccupation de gérer les dividendes de la paix rejoint entièrement le programme de l’Alliance pour un monde responsable et solidaire, et plus particulièrement son cinquième programme mobilisateur sur la reconversion des industries d’armement.

Source

Rapport

PNUD, Economica in. Rapport mondial sur le développement humain 1994, 1994/05 (France)

Ecole de la Paix - 7 rue Tres-Cloîtres, 38000 Grenoble, FRANCE - Tél. : 33 (0)4 76 63 81 41 - Fax : 33(0)4 76 63 81 42 - France - www.ecoledelapaix.org - ecole (@) ecoledelapaix.org

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