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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

L’innovation s’appuie sur un savoir-faire existant

L’exemple de la construction piroguière dans un projet pêche en Casamance, Sénégal

Sophie NICK

02 / 1996

Jo Le Hiarric et Alexis Fossi ont travaillé ensemble pendant plusieurs années pour le projet PAMEZ de développement de la pêche en Casamance au Sénégal. Ils dialoguent cinq ans après leur retour.

- Jo : "Sur le papier, quand j’ai hérité du poste dans ce projet de développement, il était écrit : Innovation. C’est un terme aussi vague que : innovation des méthodes de pêche, des engins, des embarcations...C’est un mot sur le papier, on ne sait pas avant de travailler ce que l’on va trouver sur place. Contrairement à beaucoup de gens qui sont partis en Afrique, j’ai toujours su par intuition que je n’arriverais pas dans un pays vierge de toute conception. Même si on ne le voit pas, à priori, sur le charpentier de Ziguinchor qui fait ses pirogues à vue de nez sans rien mesurer, il y a un savoir-faire qu’il faut savoir apprécier, le fruit de générations ayant des moyens différents des nôtres. On n’arrive pas là en disant : "vous n’y connaissez rien et nous, les "toubabs"("blancs")qui allons sur la lune, nous allons vous montrer". On rencontre des hommes qui ont un savoir-faire, une expérience et l’innovation va se situer dedans...s’il y a innovation. Parce que cette idée évolue. C’est comme une graine que l’on met dans la terre : s’il y a du soleil et de la pluie, ça ne naît pas.

L’idée de base pour la construction de la pirogue "Innovation" était de faire une embarcation qui n’était pas très différente de celles qui existent au Sénégal et avec des gens qui savent construire des pirogues. Le principe était de ne pas méconnaître ce qui existe, de partir de là où les charpentiers étaient arrivés et de l’intégrer profondément dans notre démarche. On a fait une réunion avec le charpentier de Ziguinchor (Sylla Diop), celui de Kafountine (un Wollof qui construisait des pirogues pour les pêcheurs de Saint-Louis)et les Niomincas (ethnie du Nord du Sénégal). Là, nous nous sommes rendus compte qu’ils pouvaient transmettre ce qu’ils savaient et qu’il y avait toute une histoire derrière car Sylla Diop avait connu l’époque où les pirogues étaient consolidées avec des lianes. Nous avons suivi toute la démarche : couper un arbre dans la forêt avec tout le rituel, acheter la peinture en fraude en Gambie comme tous les pêcheurs de Casamance...et nous avons fait quelques modifications qui n’ont pas été faciles. Je ne sais pas si ça a été bénéfique."

- Alexis : "Quand je suis retourné l’année dernière au Sénégal lors d’une mission, j’ai pu constater que certaines des améliorations que nous avions introduites avaient subsisté en évoluant parce qu’ils les ont adaptées à leur façon. En quelques années, la durée des marées (campagnes en mer)a doublé et le souci de confort est devenu plus important. Les gaillards (abris)que nous avions faits un peu à l’européenne, en dur, ont été reconstruits dans des matières plus souples, une bâche plus facile à enlever. Ils ont adopté aussi les réflecteurs-radars et les compas. Les innovations n’apparaissent pas de façon isolée mais parce qu’elles apportent des réponses aux problèmes des marées qui durent de plus en plus longtemps, des dangers qui sont de plus en plus importants. Nous avons proposé des idées, c’était à eux de les adapter."

- Jo : "Nous avons apporté l’idée que le confort et la sécurité, comme avoir des vêtements au sec et un réflecteur-radar, étaient des données que pouvait intégrer le charpentier du village, choses qui jusque là n’existaient pas. Pouvoir être repéré la nuit par les chalutiers et les cargos ne nécessite pas beaucoup d’investissement : une boite de conserve de 5 kg écrasée au bout d’une perche. Dans la construction de la pirogue, son étanchéité, sa réserve de flottabilité en cas de chavirage, notre rôle était de faire presque pareil que ce qui existait pour montrer que le coût supplémentaire et le savoir-faire supplémentaire apportaient un véritable plus. C’est modeste."

Mots-clés

pêche artisanale, mer, transfert technologique, coopération, innovation, valorisation des savoirs traditionnels, ONG, coopération Nord Sud


, Sénégal

Commentaire

L’idée est réussie dans la mesure où elle est intégrée par les pêcheurs locaux jusqu’à la transformer, l’adapter et s’approprier l’idée pour en faire la leur.

Notes

Entretien réalisé par Sophie Nick à l’île de Houat dans le cadre de la capitalisation d’expérience du CEASM.

Entretien avec LE HIARRIC, Jo; FOSSI, Alexis

Source

Entretien

CEASM (Association pour le Développement des Activités Maritimes) - Le CEASM a arrêté ses activités en 2001. - France

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