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Quand l’équipe d’un projet doit passer le relai

Le cas d’un projet de développement de la pêche en Casamance, Sénégal

Sophie NICK

02 / 1996

Jo Le Hiarric a participé, entre 1987 et 1990, en tant que coopérant technique au projet PAMEZ (Pêche Artisanale Maritime dans la région de Ziguinchor). L’objectif était de limiter l’exode rurale en développant l’activité pêche en Casamance (Sénégal). Il raconte ici comment il a préparé son départ.

- "J’avais rencontré en Afrique des missionnaires, des gens qui font un travail formidable et qui sont toujours là-bas. C’était toujours eux qui faisaient tout, ils tenaient la caisse, ils organisaient, etc. Ils n’arrivaient pas à partir et cela m’inquiétait beaucoup. C’est un peu comme si j’avais eu des enfants qui, à 35 ans, auraient toujours habité chez moi...Certains coopérants font carrière là-bas. Je ne sais pas si c’est bon...Je me demande..."

- "La responsabilité principale d’un coopérant qui travaille dans un projet de développement est avant tout humaine. On doit choisir une équipe, la faire émerger et s’assurer qu’elle est susceptible de faire tourner la machine après notre départ. Au niveau des pêcheurs, il faut former des gens techniquement valables, des chefs d’entreprise, des investisseurs potentiels, des personnes capables de faire marcher l’organisation. Au niveau de l’équipe centrale, en un temps restreint, on doit très vite identifier ceux sur qui on peut s’appuyer. Souvent, on ne les choisit pas, ils nous sont imposés et pourtant, quelquefois, il faut s’en séparer. Il parait que j’ai viré beaucoup de gens mais je n’ai pas pu faire autrement. Je ne peux pas confier la barre de mon bateau à un lieutenant qui va m’empêcher de dormir la nuit. Alors, je choisis mon lieutenant, je choisis mon équipage. Au projet, ce n’était pas le cas car le gouvernement sénégalais avait imposé son personnel et n’avait pas forcément les mêmes critères que moi. Ces personnes étaient des agents des pêches exclusivement. Ils n’avaient pas de formation de projet. Je suis tombé sur des mecs bien et d’autres moins bien. C’est toujours délicat de dire à quelqu’un : "toi, tu n’es pas bon là". On s’est aussi trompé, on a aussi été roulé.

Deux semaines après mon arrivée, l’équipe qui faisait l’ossature du projet était en place. Elle avait été imposée et il a fallu faire avec. C’était pile ou face. C’est terrible parce qu’à peine arrivé, il faut déjà penser à partir. Nous ne sommes pas là "pour durer" comme disent les Sénégalais. Il faut partir en laissant des traces, autrement on a servi à rien, il faut très vite constituer une équipe de remplacement et déjà se mettre en retrait dans beaucoup de choses, pousser des gens à prendre des responsabilités. Heureusement, on avait un chef de projet sénégalais compréhensif qui, malgré les contraintes politiques, pouvait parfois renvoyer des gens. C’est très dur et, si on sait monter un hameçon ou préparer un filet, on n’a pas forcément les qualités humaines pour faire la différence entre les gars qui seront des meneurs et ceux qui ne peuvent pas l’être."

- "On est en position de "leader" là-bas, et justement, à cause de cela, il faut partir. Sinon la mission n’est pas accomplie parce que notre travail est de faire émerger des gens du pays qui vont prendre des responsabilités, affronter les problèmes. Alors, j’ai très vite choisi mes successeurs et je leur ai dit : "débrouillez-vous! Prenez vos responsabilités!". Au début, ils me faisaient part de leurs problèmes et je faisais le tri : "Celui-là il n’est pas pour moi, c’est pour toi..." C’est mon point de vue parce que je ne vois pas comment faire autrement."

Mots-clés

pêche artisanale, mer, coopération, transfert de connaissances, ONG


, Sénégal

Commentaire

A un moment donné, même si tu te dis que ça va être la panique, tu t’en vas...

Notes

Entretien réalisé par Sophie Nick à l’île de Houat dans le cadre de la capitalisation d’expérience du CEASM.

Entretien avec LE HIARRIC, Jo

Source

Entretien

CEASM (Association pour le Développement des Activités Maritimes) - Le CEASM a arrêté ses activités en 2001. - France

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