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La propagation de l’innovation dans le domaine de la pêche

Sophie NICK

02 / 1996

Jo Le Hiarric a travaillé en tant que coopérant et expert pour des projets de développement en Afrique. Il a eu à introduire des innovations technologiques mais s’est toujours appuyé sur les observations qu’il avait pu faire lors de son enfance et lors de son expérience de marin-pêcheur dans l’île de Houat (Bretagne)où il réside.

- "En tant qu’ancien pêcheur, je me suis senti très au fait de ce qui se faisait dans la pêche artisanale lors de mes expériences de coopération en Afrique. Je connaissais aussi les fournisseurs, ceux qui sont fiables, ceux qui le sont moins. Mais surtout, mon expérience m’avait enseigné quelque chose de beaucoup plus imperceptible : combien de temps les technologies simples ont mis pour se propager?

Mon père était caseyeur. Pour relever les casiers à homards, il a été le premier à Houat à installer un cabestan (treuil)sur son bateau. Auparavant, on relevait les casiers à la main, de fonds pouvant atteindre 40-50 mètres. Je venais de naître quand il a fait l’expérience de ce nouveau matériel, qu’il a mis un cabestan couplé à un moteur sous la risée de ceux qui objectaient qu’il allait user son filin, que c’était dangereux, inutile...Il l’a mis quand même. Il m’a souvent parlé de cette expérience. Il m’a raconté comment le fabricant de l’engin était venu expérimenter son matériel devant les pêcheurs de Port Haliguen (Bretagne Sud)qui disaient que ça n’allait pas marcher. Ce type avait relié son treuil au phare du port avec une touline (cordage)et avait déclaré : "si je ne casse pas la touline, je payerai un coup à tout le monde". Il voulait montrer que son treuil était puissant. Le premier coup ça n’a pas marché car l’engin pâtinait ; au deuxième coup, il a cassé la touline. Il a quand même payé à boire à tout le monde au "Café du midi" à Port Haliguen. C’est comme ça qu’il a persuadé les gens de l’utilité et de la fiabilité de son engin. Cette anecdote m’a beaucoup appris sur la façon dont on persuade les pêcheurs : on ne discute pas, on montre."

- "A Houat, le premier bateau qui a été équipé d’un "power block" (petite grue)s’appelait "Etoile Houataise", c’était en 1966. Le bras de cet appareil servait à mettre le casier à la hauteur de la personne qui le réceptionnait sans qu’il ait à se pencher, à se briser les reins. Il avait été mis au point par un mécanicien du Croisic. Cette innovation a été un progrès énorme mais elle a mis beaucoup de temps à se diffuser. Les gens étaient très sceptiques quand "Etoile Houataise" est revenu du Croisic et a fait des essais. Il y avait une résistance à l’innovation. Celle-ci n’est jamais acceptée du milieu comme ça. A l’époque, c’était sûrement lié à un manque de communication."

Mots-clés

pêche, mer, innovation, développement durable, transfert technologique


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Commentaire

Pour certaines choses, l’évolution de la technologie s’est faite de façon très lente et avec beaucoup d’opposition mais quelquefois, elle s’est faite de façon fulgurante : les filets, les GPS (système de positionnement par satellite), tous les appareils électroniques de navigation, le sur-équipement sans réflexion. J’ai vu les deux extrêmes. Je me suis demandé à quoi c’était lié, je me suis posé des questions en Afrique à ce propos.

Comment faire pour introduire une nouvelle technologie? Il faut que l’innovation puisse être jugée par les gens. C’est pas parce que c’est nouveau que c’est bien. Il faut pouvoir en juger."

Notes

Entretien réalisé par Sophie Nick à l’île de Houat dans le cadre de la capitalisation d’expérience du CEASM.

Entretien avec LE HIARRIC, Jo

Source

Entretien

CEASM (Association pour le Développement des Activités Maritimes) - Le CEASM a arrêté ses activités en 2001. - France

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