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Quand le moteur d’une association de femmes de pêcheurs tourne au ralenti

Sophie NICK

02 / 1996

Eliane Maheut est coordinatrice de formation dans le milieu maritime. Elle vit au Havre (Normandie), est mariée à un ancien pêcheur et a créé une association de femmes de pêcheurs.

"Si, actuellement, l’association est en sommeil, c’est parce que je n’ai plus le temps de m’en occuper. Je suis une des seules femmes à travailler à l’extérieur. J’ai de plus en plus de responsabilités, Alex (mon mari)a aussi beaucoup d’activités et nous venons d’avoir un troisième enfant. Le problème des associations est souvent le suivant : quand il y a un moteur et que celui-ci se met en sommeil pour une raison ou une autre, tout s’arrête. Les gens sont prêts à faire des choses mais il leur faut quelqu’un qui les motive. Ca me déçoit un peu parce que je n’ai plus le temps de rien faire et l’association ne fait plus rien aussi. Tant que j’étais au chômage, l’association a bien fonctionné. Quand j’ai retrouvé du travail, j’ai essayé de continuer à donner de mon temps mais ça a été de plus en plus compliqué pour moi. A un moment, je me suis dit :"soit quelqu’un prend la suite, soit on se met en sommeil". Il n’y avait personne pour reprendre le flambeau.

L’association ne marche donc plus en tant que telle mais les femmes de pêcheurs ont gardé un référent dans leur tête. Dès qu’elles ont un problème, elles viennent me voir. Elles me téléphonent, on se rencontre et on traite les problèmes comme ça. Les assistantes sociales représentent les institutions, les femmes se tournent vers elles quand elles ne peuvent pas faire autrement mais pour des problèmes plus personnels, pour un conseil, elles savent que je vais leur donner mon avis en tant que femme, en tant qu’épouse de pêcheur. Parce qu’il y a eu un dialogue assez fort à un certain moment (quand l’association tournait bien), elles viennent me voir. Je n’apporte pas d’argent, seulement de l’aide amicale. Elles savent que je travaille dans une structure de formation et que je peux leur donner des conseils. Avec la remise en question du secteur de la pêche, elles ont cherché une activité salariée. L’ANPE (Agence Nationale Pour l’Emploi)ne sait pas traiter leurs problèmes parce qu’elle ne connaît généralement pas ce domaine. Avec moi, les femmes savent que ça va bien se passer, que je sais ce qu’elles peuvent ressentir. Je sers de référent ponctuellement et pour moi c’est plus facile de régler les problèmes cas par cas que de m’occuper de l’association entièrement. Je continue aussi à servir de relais pour la mutuelle que nous avions mise en place. Quand de nouveaux pêcheurs s’installent au Havre et qu’ils ne me connaissent pas, Alex (directeur de la coopérative maritime)aiguille leurs femmes sur moi. Comme ça, il y a une continuité. Finalement, on peut dire que l’association a encore une raison d’être."

Mots-clés

pêche artisanale, organisation de pêcheurs, vie associative, droits des femmes, travail des femmes, organisation de femmes


, France

Commentaire

Les associations portées par une seule personne sont souvent vouées à changer leur organisation ou à arrêter leurs activités quand cette personne décide de passer le flambeau.

Notes

Entretien réalisé par Sophie Nick au Havre dans le cadre de la capitalisation d’expérience du CEASM. Eliane Maheut fait partie du conseil d’administration de cette association.

Entretien avec MAHEUT, Eliane

Source

Entretien

CEASM (Association pour le Développement des Activités Maritimes) - Le CEASM a arrêté ses activités en 2001. - France

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