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L’attitude des bailleurs de fonds face aux ONG du Sud

De nouvelles formes de partenariats entre les acteurs du développement

Sophie NICK

02 / 1996

Pierre Herry est depuis plus de vingt ans secrétaire général du CEASM. Il travaille notamment sur un programme régional pour la valorisation des produits de la mer à l’échelle de seize pays d’Afrique de l’Ouest. L’agence d’exécution de ce projet (l’ADEPA)est une coordination composée de trois ONG africaines et du CEASM, une structure peu classique dans la coopération Nord-Sud. Cela a notamment posé quelques problèmes à la Communauté européenne qui finance ce projet. "Théoriquement, l’ADEPA proposée comme agence d’exécution ne pouvait pas se présenter comme partenaire car son siège est en Côte d’Ivoire. D’après les règles du FED (Fond Européen de Développement), le choix d’une agence d’exécution ne peut se faire qu’entre des bureaux d’étude européens. Nous n’avions donc pas la possibilité de répondre à l’appel d’offres. Il a fallu tout le poids du directeur adjoint de la DG VIII (direction de la coopération de la communauté européenne)pour passer outre cette réglementation. Les juristes de la DGVIII ont fait une lettre pour signaler que les règles étaient enfreintes. A ma connaissance, c’est un précédent.

Ce programme de développement a été conçu après une démarche de plusieurs années pendant lesquelles on a identifié les opérateurs, on a réfléchi à la manière dont ils pouvaient être associés et au type d’agence d’exécution qui serait la mieux placée pour mettre en place les actions. Il fallait aller jusqu’au bout de la logique de cohérence, même si ça ne correspondait pas aux règles d’octroi des fonds FED.

A travers ce programme régional, j’ai pu observer que les bailleurs de fonds ont le souci de conforter la naissance de partenaires locaux ou régionaux, de voir si leur professionnalisme sur le plan de la gestion leur permet de verser des fonds qui sont conséquents (8 000 000 d’écus dans ce cas). Que ce soit l’Union Européenne ou la Caisse française de développement, ils sont très attentifs à cette démarche.

L’exemple de Défi-Sud l’illustre également. Cette ONG sénégalaise est née après un travail conjoint de réflexion qui a duré cinq ans. C’est maintenant un partenaire reconnu au Sénégal, un organisme qui a l’aval des bailleurs de fonds car il a en charge la gestion d’un programme de quatre années, PROPAC (Programme Pêche Artisanale Casamance), qui fait suite au projet PAMEZ (Pêche Artisanale Maritime dans la région de Ziguinchor)dont le CEASM était l’agence d’exécution. Ces deux projets concernent le développement du secteur maritime en Casamance. Cette nouvelle forme de coopération résulte d’un long travail en aval. On dit souvent qu’il n’y a développement que dans la durée. C’est vrai aussi quand on travaille à l’émergence de structures relais d’appui-conseil qui ont pour elles une bonne connaissance de l’histoire locale et régionale et qui ont réussi à trouver une autonomie dans leur mode de fonctionnement par rapport aux services de l’Etat. Ceux-ci sont alors contraints de rompre avec certaines attitudes du passé. Généralement, tous les projets nationaux étaient dirigés par les administrations de tutelle alors qu’ici, on confie la gestion et l’administration d’un programme de développement à une ONG."

Mots-clés

pêche, mer, ONG, Etat et société civile, coopération, financement du développement


, Afrique de l’Ouest

Commentaire

On assiste ainsi, actuellement, à de nouvelles formes de partenariats entre des organismes locaux de développement, les administrations d’Etat, les bailleurs de fonds et les ONG du Nord. C’est tout à fait nouveau.

Notes

Entretien réalisé par Sophie Nick au CEASM dans le cadre de la capitalisation d’expérience de cette association.

Entretien avec HERRY, Pierre

Source

Entretien

CEASM (Association pour le Développement des Activités Maritimes) - Le CEASM a arrêté ses activités en 2001. - France

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