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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

La nécessaire autonomie des ONG du Sud et leur prise en main des projets de développement

L’exemple du PAMEZ, projet de développement de la pêche en Casamance, Sénégal

Sophie NICK

02 / 1996

Pierre Herry est depuis plus de vingt ans secrétaire général du CEASM. Il a notamment suivi le projet PAMEZ (Pêche Artisanale Maritime dans la rEgion de Ziguinchor), un projet de développement de la pêche dont le deuxième volet est maintenant géré par une ONG sénégalaise, Défi-Sud avec des fonds européens. Un des buts du CEASM est de travailler à l’émergence des ONG du Sud. "Les ONG doivent garder jalousement leur autonomie, réduire le nombre de mariages avec les services de l’Etat. Elles s’en porteront d’autant mieux. La culture d’ONG est avant tout une culture d’autonomie. C’est nécessaire, au moins au début, pour s’affirmer. Nous avons toujours encouragé les ONG du Sud tout en étant toujours très vigilants sur les nouveaux partenariats à instaurer entre ce type d’organisme, les structures d’appui-conseil et les administrateurs de l’Etat. Au Sénégal, par exemple, lors du projet PAMEZ et de la création de Défi-Sud, j’ai toujours fait en sorte que l’information soit disponible à la direction des pêches à l’aide de visites et de discussions parfois conflictuelles il est vrai. Cela a permis d’instaurer des rapports de confiance qui facilitent le travail aujourd’hui. Les administrations d’Etat ne sont pas habituées à composer avec des partenaires qui ont une forte autonomie, d’autant plus qu’elles sont les gestionnaires de fonds FED (Fond Européen de Développement)même si l’octroi de ces fonds passe par l’accord de l’Etat.

Dans les années 1980, la politique du Ministère des pêches au Sénégal, se réduisait à une mosaïque de projets de développement, un par région. Le PAMEZ (qui concernait la région Casamance), a amorcé une réflexion tout à fait nouvelle : il fallait changer la donne en matière de "management" du projet. Ce projet était financé par le FED et la Caisse française de développement mais il était dirigé (comme tous les projets)par une personne choisie par la direction des pêches, un fonctionnaire de l’Etat qui choisissait lui aussi son équipe, des techniciens des pêches dépendants de l’Etat. L’évolution s’est faite grâce au poids des Sénégalais et du CEASM pour réclamer l’autonomie des organisations professionnelles qui réclamaient le droit d’être les acteurs de leur propre développement. Cela a posé des problèmes de reconnaissance du bien-fondé des propositions faites par les partenaires professionnels. L’Etat peut en effet avoir ses propres choix stratégiques comme soutenir la pêche industrielle. Les pêcheurs locaux ont pris l’option de contredire l’Etat en formalisant ses besoins sous forme d’un programme de quatre années. Il y a eu une pression très forte des administrations et des Sénégalais qui travaillaient déjà dans des projets.

Le président de Défi-Sud est un ancien cadre de l’administration sénégalaise mais il est convaincu de la nécessité de cultiver l’autonomie des organisations professionnelles. Il pense que c’est à elles de décider de ce qui est prioritaire et de conduire les programmes d’activités. Comme il avait pris une position forte et que le bailleur de fonds était sur la même ligne de conduite, tous les éléments étaient réunis pour proposer une autre démarche qui partait des propositions des professionnels. Confier l’agence d’exécution à un partenaire privé comme l’ONG Défi-Sud n’a pas été facile. Il a fallu une évolution conjointe des mentalités des organisations professionnelles, des financeurs et de l’Etat. Dans le même temps, des mouvements sénégalais oeuvrent pour l’émergence de la société civile car la démocratie ne se réduit pas au multipartisme mais peut s’élargir à la reconnaissance de l’ensemble des formes d’organisation que les acteurs économiques et sociaux se donnent. Leur reconnaissance passe aussi par leur participation à tous les débats politiques."

Mots-clés

pêche, mer, ONG, Etat et société civile, prise de participation, organisation de pêcheurs


, Sénégal

Commentaire

Au CEASM, on cherche toujours à savoir comment conforter la promotion de cette réflexion chez les acteurs locaux car c’est capital pour le développement économique des pays. C’est un point clé.

Notes

Entretien réalisé par Sophie Nick au CEASM dans le cadre de la capitalisation d’expérience de cette association.

Entretien avec HERRY, Pierre

Source

Entretien

CEASM (Association pour le Développement des Activités Maritimes) - Le CEASM a arrêté ses activités en 2001. - France

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