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La participation d’un lieutenant de pêche algérien à un voyage professionnel en France

Sophie NICK

02 / 1996

Boumaza Beyram est un marin pêcheur issu de la formation de lieutenant de pêche à Alger avant de devenir le patron d’un bateau corailleur puis le gérant d’une société de pêche et transformation de corail. Fondateur de la première association socio-professionnelle de pêcheurs en Algérie, il raconte ce qu’un voyage en France lui a apporté.

- Un échange technologique : "Avec 22 professionnels de la pêche et administrateurs algériens, j’ai participé à un voyage en France organisé par le CEASM (Association pour le développement des activités maritimes). Nous étions affectés par binômes sur des sites différents. Personnellement, je me suis retrouvé à Lorient avec l’administrateur d’Annaba (600 km à l’Est d’Alger)où j’habite et où j’ai fondé l’association. J’ai fait partie de la première promotion (en 1981-1982)de l’Institut Technologique des Pêches et de l’Aquaculture d’Alger et j’ai eu des formateurs bretons en techniques des pêches et en navigation. Les cartes utilisées pour les examens étaient des cartes françaises et je connais le nom de toutes les petites îles, les sémaphores et les zones rocheuses autour de la Bretagne. C’était la première fois que je venais dans cette région. A cette occasion, j’ai même rencontré l’un de mes anciens professeurs à la retraite. Je n’ai pas été très étonné par les bateaux et les engins de pêche parce que je les connaissais déjà mais j’ai vu des pêcheurs utiliser du matériel que nous n’avons pas. Le bassin expérimental d’Ifremer m’a le plus impressionné. On peut y tester des nouvelles techniques ou perfectionner par exemple l’ouverture verticale ou horizontale du chalut. Chez nous, on fait du bricolage, les nappes (morceaux)de filets ne correspondent pas aux normes. Nous avons visité la coopérative où est vendu tout le matériel dont le pêcheur a besoin, de la casserole au bateau en passant par les pièces mécaniques et l’avitaillement. C’est une très grande facilité. Nous avons également fait le tour de l’île de Groix avec la vedette de la Société Nationale de Sauvetage en Mer. En Algérie, les moyens de secours en mer manquent ou sont trop longs à mettre en oeuvre. Quand un bateau n’est pas rentré au port, nous nous chargeons nous-mêmes de faire des battues pour le retrouver."

- La rencontre de professionnels confrontés aux mêmes problèmes : "En France, nous avons effectué toute une série de visites et eu plusieurs entretiens avec le chef du quartier maritime, les responsables des associations et des marins pêcheurs. Rencontrer des personnes membres d’associations m’a donné à réfléchir sur une méthode d’organisation. Quand nous avons créé l’association, c’était un peu notre problème : l’organisation n’est pas mon fort et ce n’est pas non plus le fort de quiconque chez nous. Les membres viennent aux réunions avec leurs bottes encore pleines d’écailles de poissons, ce sont des pêcheurs, pas des juristes. Ce voyage à Lorient m’a beaucoup appris sur ce plan là par des entretiens avec le responsable du comité local des pêches et celui de la coopérative. Quand j’ai exposé nos idées, ils se voyaient à travers moi quelques années en arrière. C’était très impressionnant. Ils me disaient : "Est-ce que vous avez copié quelque part votre programme?" C’était pourtant notre propre inspiration. On s’était seulement demandés : "Quelle est pour nous la meilleure organisation? La meilleure mise en place des structures destinées aux pêcheurs? Les Bretons ont commencé comme nous, notre vision des choses n’est pas très différente. Le fait qu’ils aient atteint leurs objectifs avec le temps était très rassurant pour moi."

- Améliorer la communication entre professionnels et institutionnels : "Un des buts de ce voyage était de faciliter la communication entre les professionnels et les services de l’Etat puisque nous étions en binômes. Entre l’administrateur et moi, il n’y a pas de coordination. Il faut dire qu’il a très peu de pouvoir de décision car il a une très grosse hiérarchie au-dessus de lui. Sur le plan innovation, création, initiative, rien ne pourra jaillir de cette administration. On se connaissait déjà mais ce voyage a permis qu’il soit plus à l’écoute de nos problèmes même s’il ne peut pas faire grand chose officiellement. Les administrateurs étaient tenus de rendre compte de ce voyage à leur supérieur, celui d’Annaba m’a dédicacé son rapport et il a cité ma collaboration. Il m’a introduit en tant que professionnel. Cela n’a pas été le cas des autres participants de ce voyage. Personne ne nous avait demandé de rapport mais nous en avons beaucoup parlé au sein de l’association."

- Les erreurs à ne pas reproduire : "Vis à vis de l’Europe, les Français sont lésés dans les attributions de quotats. Contrairement aux Espagnols qui ont toujours communiqué leurs chiffres de production, les pêcheurs français n’ont pas tout déclaré et les quotats ont été établis sur cette base. Durant ce voyage, je n’ai pas eu le temps d’analyser tous les problèmes de la pêche en France mais j’ai compris que certaines mesures prises aujourd’hui peuvent avoir d’énormes conséquences pour l’avenir. Pour notre futur, une bonne gestion des stocks halieutiques est très importante. Pourtant, en Algérie, c’est difficile aujourd’hui de dire aux pêcheurs qu’il faut protéger les ressources alors que certains ont le ventre vide."

- Se ressourcer : "En Algérie, beaucoup de personnes baissent les bras devant la situation, même au sein de l’association, certains n’y croient plus. Quand je viens au CEASM, je me ressource. Ils sont comme un lien entre différentes populations maritimes. Bruno (salarié au CEASM)m’a dit qu’une grande manifestation sur les ressources marines était prochainement organisée en Algérie. Je n’étais pas au courant."

Mots-clés

pêche, mer, coopération, diffusion de l’information, Etat et société civile


, Algérie, France

Commentaire

"J’espère que tout ce qui a été retenu à la fin de ce stage se réalisera un jour et que ce pont se consolidera plus pour les échanges de techniques professionnelles, de culture et de relations humaines dans tous les domaines économiques."

Notes

Entretien réalisé par Sophie Nick au CEASM dans le cadre de la capitalisation d’expérience de cette association.

Entretien avec BEYRAM, Boumaza

Source

Entretien

CEASM (Association pour le Développement des Activités Maritimes) - Le CEASM a arrêté ses activités en 2001. - France

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