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La naissance et le développement du groupement de Mahamoude de l’Association APRAN, membre de l’AJAC-Ziguinchor, au sud-ouest du Sénégal

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

09 / 1996

Demba Keita est un responsable paysan chargé de la coordination au sein de l’association APRAN (Association pour la Promotion Rurale de l’Arrondissement de Nyassia).

"Mon groupement est né avant la création de l’AJAC (Association des Jeunes Agriculteurs de Casamance)donc bien avant 1974. C’est une association traditionnelle qu’on appelait Kafo (en mandingue : "un mouvement"). Ce sont des gens qui acceptent de travailler ensemble, surtout pour la prestation de services. Ils vont travailler à tour de rôle dans les rizières ou dans les champs pour s’entraider. Ils ont aussi des activités artisanales comme l’exploitation de l’huile de palme, la production de balais, la cueillette, le ramassage et le petit commerce. Ils ont une pensée commune parce que ce sont des gens qui ont accepté d’être ensemble, de partager les souffrances, de développer des activités. Il y a aussi des règlements intérieurs qu’ils se fixent et qui ne sont même pas écrits. Par exemple, ils disent : "celui qui ne va pas dans les champs doit payer cela". Ce sont des paroles d’honneur auxquelles tout le monde veille. Cela veut dire que ce n’est pas l’APRAN qui fait que la solidarité au sein des groupements de base se consolide, mais ces choses existaient avant. Je dis même qu’avant les groupements actuels, c’était plus sérieux. Il n’y avait que la parole. Les faits étaient contrôlés. Ce n’est pas parce que la trésorière était illettrée que les gens devaient jouer avec les ressources du groupement. Non ! Il y avait des façons traditionnelles de gérer qui étaient là et chacun veillait à ce qu’elles soient respectées.

Avant 1980 dans l’arrondissement de Nyassia, il n’y avait pas tellement d’adhérents au niveau de l’AJAC : trois ou quatre groupements maximum. Quand les gens voyaient partir Bakary Diedhiou (un animateur de l’AJAC qui est de notre village), ils disaient qu’il ne voulait pas travailler. Et lui avait seulement un petit vélo qu’il fallait réparer tous les 100 mètres. Même nous, en tant que jeunes, nous ne l’écoutions pas. Finalement, quand les gens ont vu, progressivement, que l’AJAC devenait très importante, il a été accepté petit à petit dans le village. Il a commencé à animer et à sensibiliser le Kafo qui, progressivement, s’est intéressé aux activités de l’AJAC puis finalement y a adhéré dans les années 80. Lui, Bakary Diedhiou était un ancien d’un centre de formation à l’agriculture. Il n’était pas alphabétisé. Il s’est intéressé aux activités de l’AJAC qui était alors composée de jeunes qui n’avaient pas voulu aller en exode et qui avaient créé cette association régionale en 1974 pour mettre en place des activités de développement économique dans les villages.

Après 1980, par l’AJAC, la petite région de Nyassia est devenue une "zone" appuyée par l’association internationale 6S. Jusqu’en 1989, la zone a reçu, chaque année, des fonds de 6S; cet argent a été utilisé pour renforcer les capacités et les compétences des responsables. 80 % de ce fonds ont été utilisés dans l’appui institutionnel des groupements, pour la communication et pour la formation. Il y a eu peu d’investissements, mais néanmoins quelques blocs maraîchers ont été mis en place. En 1987, les groupements existants dans la zone de Nyassia ont créé leur union : l’APRAN. Faire partie de l’AJAC nous a permis de recevoir ensuite l’appui de la FONGS (Fédération des ONG Sénégalaises)pour des banques de céréales et des programmes de formation. Moi, personnellement, c’est à travers l’AJAC que j’ai bénéficié des sessions de planification et d’autoévaluation à la FONGS. L’étiquette AJAC a été importante, plus tard, pour que l’APRAN puisse obtenir son premier financement auprès de Pain pour le Monde, en 1990.

Actuellement, le groupement de Mahamoude, dont je suis membre, est devenu très grand (une soixantaine de membres, en majorité des femmes). Ils ont beaucoup progressé parce qu’ils ont un bloc de deux hectares où ils réalisent des activités maraîchères et une plantation. C’est à partir de ce bloc qu’ils essayent de combler un peu la période sèche et de préparer, progressivement, leur retraite, car la majeure partie des membres sont des personnes "sages". Quand elles ne pourront plus transporter des arrosoirs, elles pourront s’occuper des arbres fruitiers et en tirer les recettes pour "continuer à fonctionner". En plus de ce bloc maraîcher, les membres font aussi l’exploitation et la commercialisation de l’huile de palme dont les recettes sont versées dans la caisse du groupement. Celui-ci a construit une case de santé qui a été fonctionnelle jusqu’en 1990. Malheureusement avec la situation politique de la région, le village a été abandonné de 91 à 92. Tous les jeunes sont partis parce que le groupement est à 13 km de la frontière avec la Guinée-Bissau. C’est une zone très troublée. Dans cette situation, les jeunes sont les premières cibles et beaucoup d’entre eux sont actuellement à Ziguinchor et à Dakar. Le groupement continue à organiser des prestations de services dans les champs, les rizières, qui alimentent la caisse du groupement, où il y a maintenant beaucoup d’argent".

Mots-clés

organisation paysanne, agriculture paysanne, solidarité, structure d’appui, paysan, femme, société traditionnelle


, Sénégal, Nyassia

Commentaire

Petit à petit, un animateur paysan analphabète, membre d’une association régionale de paysans précurseurs, née en 1974, a intéressé les villageois et les villageoises pour qu’ils fassent partie de cette association. Cela a demandé 6 années. Et puis encore 6 années pour que les mêmes fondent, à partir de leurs organisations d’entraide, une Union de groupements (à dominante féminine). Des groupements actifs sont répartis dans une vingtaine de villages, et subsistent aujourd’hui malgré les troubles et les combats en Casamance.

Notes

Interview de Demba Keita par Bernard Lecomte, Bonneville, mars 1996

Entretien avec KEITA, Demba

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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