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La place des femmes dans une Union locale, l’APRAN, au sud-ouest du Sénégal

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

10 / 1996

Demba Keita, un responsable paysan chargé de la coordination au sein de l’association APRAN (Association pour la Promotion Rurale de l’Arrondissement de Nyassia).

"C’est une vieille politique que celle-là. Cela vient des premières années de l’AJAC. Avec Demba Mansaré (le fondateur de l’Association des Jeunes Agriculteurs de Casamance (AJAC), en 1974), on était obligé de travailler avec les femmes. C’est cette tendance qu’on a poursuivi jusqu’à présent. Et dans notre Union, c’est seulement maintenant que les jeunes et certains hommes commencent à adhérer parce qu’il y a eu la guerre et les bons résultats de l’APRAN, mais jusqu’à présent, le nombre de femmes membres est beaucoup plus important que celui des hommes.

Tous les groupements de l’union APRAN ont une femme comme présidente. Les trésorières sont aussi des femmes, tous les postes-clés sont assumés par des femmes parce qu’elles sont majoritaires dans les groupements. Au niveau du secrétariat de chaque groupement, si il n’y a pas une femme alphabétisée, on demande à un homme d’assumer cela. On dit chez nous : "les hommes ne sont pas capables de bien gérer". Les femmes savent qu’elles sont majoritaires et veulent que cette majorité leur donne le pouvoir dans l’exécution, dans le suivi et même dans la gestion.

Au niveau des groupements, cela est réglé, c’est maintenant au niveau de l’Union en tant qu’instance dirigeante qu’il faut avancer. Car le président, le secrétaire général, le trésorier et le gestionnaire de l’Union sont des hommes. Pour changer cela, rien n’est interdit ! Ce qu’il faut faire c’est renforcer progressivement les capacités et les compétences des femmes pour qu’un jour elles puissent assumer toutes les responsabilités. A l’Union, il y a des femmes alphabétisées en français. Il faut leur donner des formations en gestion, administration, évaluation pour qu’elles puissent assumer des responsabilités au comité de gestion.

Les femmes ont toujours assumé leurs devoirs et réclamé leurs droits, mais si tu leur demandes de diriger ou de prendre la parole, elles ont des problèmes. Il faut dire que la tradition fait qu’elles se taisent devant les hommes. Cependant, quand il y a eu la venue de Madame la Ministre de la Femme et de l’Enfant, en 1996, personnellement j’ai demandé à tous les hommes de ne présenter aucun discours. Alors c’est une femme qui a présenté l’Union. Elle a témoigné des actions de l’Union faites en direction des femmes. C’est un signe. Elle a eu le courage de prendre la parole devant un public très important. Cela dépassait le cadre des groupements de l’APRAN parce que là il y avait les autorités. Elle s’est très bien exprimée et cela est passé le soir à la télé. Elle a présenté vraiment tout ce qu’il faut, sans complexes."

Mots-clés

agriculture paysanne, femme, organisation paysanne, vulgarisation agricole, pouvoir, société traditionnelle


, Sénégal

Commentaire

En 1974, un fondateur d’Association régionale fait une place (exceptionnelle alors)aux femmes et aux groupements féminins. En 1996, la totalité des présidents de groupements d’une Union locale sont des femmes. Il leur reste à conquérir les responsabilités du deuxième et troisième degré : celles de l’Union et de l’Association. Est-ce là, dans leur tête, des forteresses imprenables ? Conquête à suivre.

Notes

Interview de Demba Keita par Bernard Lecomte, Bonneville, mars 1996

Entretien avec KEITA, Demba

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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