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Attentes d’une association régionale paysanne vis à vis d’une ONG burkinabé d’appui, au Burkina Faso

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

11 / 1996

Selon Pierre Bicaba, président de l’UPPM (Union Provinciale des Producteurs de coton et de céréales de Mouhoun, au Burkina Faso)la relation entre cette jeune association et une ONG d’appui, le SARAAUD (?)est la suivante.

"Nous avons connu le SARAAUD en 1992, au moment de la fondation de l’UPPM. On voulait trouver un financeur, parce que dans notre région, ce n’est pas seulement le problème du coton qui se pose mais aussi celui de l’écoulement des céréales et, en 1992, il y avait une surproduction. On nous a dit qu’il y avait un service d’appui à Ouaga qui travaillait avec les paysans et que si on allait les voir, on pourrait obtenir un financement. On est allé les voir avec la folie des grandeurs; on leur a demandé un financement de 20 millions (100.000 FF à l’époque)pour nos deux unions (Ouarkoye et Bondukuy). Le SARAAUD a répondu : "Je ne vous connais pas. Il faut que je vienne chez vous pour vous connaître et discuter de cela". Il a envoyé un consultant qui a étudié le terrain et a dit qu’on était très jeune, qu’on avait besoin d’un premier appui pour consolider les deux unions et qu’ensuite, on allait voir comment on pouvait collaborer. Depuis, il y a eu un accompagnement de leur part à ce que nous faisions.

Ce n’est vraiment que l’année dernière que le SARAAUD a vu notre démarche et qu’on n’était pas des paysans qui ne faisaient que faire cotiser les groupements et puis bouffer. Eux, font des enquêtes et ils ont vu qu’on n’était pas de ce genre là. Alors, l’année dernière, le SARAAUD nous a donné cinq millions pour la commercialisation des céréales, opération pour laquelle il y a un suivi par un service de l’Etat.

Au niveau de la filière coton, nous avons demandé au SARAAUD s’il ne pouvait pas nous envoyer un consultant connaissant le milieu paysan et ce qu’est le coton et qui n’aurait pas peur de dire la vérité quand l’occasion se présenterait. Le SARAAUD a dit que c’était un peu dur mais il a cherché et a pu trouver quelqu’un. Celui-là nous appuie dans ce domaine mais ce n’est pas facile. C’est plutôt pour nous ouvrir la voie vers des trucs qu’on ne connaît pas. Par exemple, nous ne connaissons pas les lois du marché, mais il nous faut ce genre de choses pour pouvoir argumenter. Et puis la SOFITEX : on dit que l’Etat est derrière mais est-ce qu’il est réellement au courant des choses qui se passent à la SOFITEX ? L’Etat n’est-il pas d’accord avec les unions dans leur démarche de revendication ? Il fallait qu’on connaisse tout cela pour pouvoir dialoguer.

Sur le plan financier, nous sommes autonomes. Nous payons même le consultant du SARAAUD quand il vient. Pour les ateliers de formation, c’est seulement quand nous invitons d’autres provinces qu’on demande au SARAAUD sa contribution, mais les frais de transport sont pris en charge par les unions. Le SARAAUD ne finance que la recherche.

Ce qu’on a vraiment apprécié avec le SARAAUD, c’est sa franchise. Ce n’est pas un bailleur de fonds. Quand il dit : "Vous, les paysans" on sait à quoi s’en tenir et cette franchise-là, nous l’apprécions beaucoup. Son appui n’amène pas l’association à dépendre de lui. Parfois, quand vous lui parlez d’un programme, il répond : "Pour cela, je n’interviendrai pas, mais il y a telle organisation d’appui qui fait cela". Il y a même eu un atelier où le SARAAUD nous a décrit tous les bailleurs de fonds du Burkina et leurs activités. Si un besoin se fait sentir, et que le SARAAUD ne peut rien faire, on peut s’adresser à eux.

Ce qui va moins bien avec le SARAAUD ? Lors de l’évaluation de son action, on est venu nous poser la question : "est-ce que, sans le SARAAUD, vous pourriez travailler ?" Nous avons répondu que ce n’était pas le SARAAUD qui nous avait créé et qu’on ne voyait donc pas pourquoi, sans lui, on ne pourrait pas travailler ! On a dit aussi que c’était vraiment dommage que le SARAAUD ne finance pas, car même si il n’est pas un bailleur de fonds, il a à sa disposition certaines sommes qui lui permettent de pouvoir intervenir. Et enfin, le problème de la "récupération". Nous sommes aujourd’hui connus; des gens nous envient notre situation et il y a beaucoup d’organismes d’appui qui veulent travailler avec nous. Alors le SARAAUD aurait aimé qu’avant que l’UPPM ne s’engage avec un partenaire, lui, soit au courant. J’ai eu ce problème quand j’ai voyagé avec les AFDI sans que le coordinateur du SARAAUD ne soit au courant. Il a fallu que je m’explique".

Mots-clés

agriculture paysanne, organisation paysanne, ONG, structure d’appui, autonomie, filière de production


, Burkina Faso, Ouarkoye, Bondukuy

Commentaire

L’interviewé montre bien l’utilité d’une ONG d’appui pour une association paysanne comme informatrice sur les champs de pouvoir et les institutions. Suit un exposé clair, franc et nuancé de la délicate relation entre une association régionale de groupements et une ONG d’appui burkinabé. Qui dépend de l’autre ? A mon sens, une organisation paysanne réfléchie peut être la plus autonome des deux et donc garder son sang-froid quand l’ONG tend à outrepasser son rôle.

Notes

Interview de Pierre Bicaba par Mamadou Goïta à Mbalmayo, au Cameroun, en mars 1996

Entretien avec BICABA, Pierre

Source

Entretien

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