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L’Union Provinciale des Producteurs de coton et de céréales du Mouhoun au Burkina Faso

La naissance d’une fédération régionale

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

11 / 1996

Selon Pierre Bicaba, son président.

"L’UPPM et née, il y a trois ans, dans des conditions un peu difficiles. Au départ, il y avait 2 unions, celle de Bondukuy et celle de Ouarkoye, qui sont des départements de la province. A ce niveau, nous avions 13 départements mais aucune union provinciale. On a commencé une sensibilisation et des ateliers. On a d’abord créé ce que nous appelons la coordination car si les deux unions étaient reconnues, d’autre départements devaient créer leurs unions et se faire reconnaître légalement. Nous avons été trouver des leaders-paysans dans chaque département et, avec les groupements du chef-lieu du département, nous avons créé la coordination. Là chacun garde son identité et nous essayons de voir, ensemble, comment on peut représenter les producteurs au niveau de la province. Le premier responsable mis en avant n’a pas pu tenir. En 93, nous avons créé l’UPPM. Nous avions alors six unions qui étaient reconnues. Nous nous sommes dit qu’il ne fallait pas attendre, qu’il fallait constituer l’association avec ceux-là, et que lorsque les autres auraient aménagé des structures, ils adhèreraient au fur et à mesure.

La reconnaissance officielle a été dure à obtenir car il fallait que nous fassions nos preuves et attendre 1 an pour obtenir les agréements. Nous avons dit : "Non, ce sont des groupements qui ont été créés depuis 1975 et qui se sont regroupés pour créer leurs unions à partir de la base". C’était déjà bien fondé et on ne voyait pas la raison pour laquelle il fallait encore faire ses preuves. Il y a eu des problèmes naturellement, mais en 6 mois on a pu avoir l’agréement.

On a d’abord essayé de voir dans quelle mesure on pouvait régler les problèmes du coton; parce qu’il y avait une nouvelle usine qui venait de se construire dans le pays et avait mis des produits (phytosanitaires)sur le marché qui n’étaient pas adaptés et pour lesquels les paysans n’avaient pas d’expérience. Il n’y avait pas eu d’essai de ces produits-là avant. Leur mise sur le marché a été catastrophique. Ceci a été discuté à la première réunion qu’on a tenue. On avait vu loin et on avait invité des leaders d’autres provinces. On avait demandé l’autorisation au préfet qui a finalement donné son accord le jour même de la réunion. Alors qu’on était en train de débattre du sujet, on est venu nous dire que la réunion ne pouvait plus se tenir. On a demandé pourquoi et on nous a répondu qu’on était en train de créer un parti. Après, j’ai moi-même été surveillé. On voulait voir si j’étais vraiment un paysan. Le lendemain, ils sont même allés voir ma production de coton à la SOFITEX et ils ont constaté que chaque année je produisais plus de 10 tonnes. Alors, ils m’ont laissé tranquille.

Puis, nous avons tenté des actions par rapport à ce qui se passe sur le terrain. Les paysans sont confrontés, au moment de la campagne, à des problèmes de conditionnement du coton, à son évacuation et même à son paiement. Ce sont des sujets de revendication. Par exemple, l’année dernière le coton a été déclassé de plus de 50 % de son prix de base dans la province : c’était la catastrophe. Les paysans n’ont pas pu payer les crédits. Il a donc fallu qu’on négocie avec la Société d’Etat pour faire comprendre que, pour la qualité du coton, il y avait une responsabilité à partager entre les deux parties : la SOFITEX et nous. Autre exemple : une année, ils ont mis sur le terrain un nouveau produit sans les appareils adaptés, alors les paysans ont utilisé des appareils inadaptés et ce fut encore catastrophique. Nous avons négocié et ils ont reclassé une partie du coton qu’ils avaient décidé de déclasser. Et cette année, on a même réussi à faire prendre cette décision : le coton, une fois qu’il est conditionné (et classé)au niveau du groupement par un agent de la SOFITEX et un paysan qui est formé, on n’en parle plus. On a pu arrêter le système ancien où chaque niveau classait différemment le même coton. Pour l’évacuation aussi, on a obtenu une nouvelle règle : une fois que les fiches sont arrivées à l’usine, une semaine après, le groupement devrait pouvoir disposer d’un camion pour évacuer son coton. Et cela a marché. Enfin, au niveau des paiements, une fois que le coton est évacué, on a limité à deux semaines le délai pour qu’on paye le paysan.

Tout dernièrement, toutes ces conditions-là ont été acquises. Cela passe par l’UPPM puisque c’est elle qui représente le paysan. Il ne faut pas que l’Etat appelle seulement la SOFITEX pour décider de cela. Nous sommes aujourd’hui associés à certaines choses du gouvernement, de telle manière que si l’UPPM n’est pas là, l’administration et la SOFITEX ne peuvent pas prendre de décisions. Nous sommes associés au suivi du contrat-plan pour le coton, au niveau des appels d’offres et à la fixation du prix des intrants. On pense qu’au fur et à mesure, il y a une compréhension, des dialogues et qu’on pourra quand même aller de l’avant".

Mots-clés

agriculture paysanne, organisation paysanne, Etat et société civile, pouvoir, filière de production, circuit de distribution, organisation syndicale


, Burkina Faso, Ouarkoye, Bondukuy

Commentaire

Ce n’est qu’en 93, soit 20 ans après la création des premiers groupements paysans que 6 de leurs unions, établies au sein d’un même province burkinabé, fondent leur fédération. Et, d’entrée de jeu, celle-ci se bat pour défendre les intérêts des paysans face aux sociétés parapubliques, dont celle qui exerce le monopole sur la filière coton. L’Etat, d’abord méfiant, joue le jeu de négociations triangulaires où les paysans, bien représentés par leur jeune association, l’UPPM, posent leurs conditions et, au moins sur le papier, obtiennent gain de cause.

Notes

Interview de Pierre Bicaba par Mamadou Goïta, à Mbalmayo au Cameroun, en mars 1996

Entretien avec BICABA, Pierre

Source

Entretien

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