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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Lorsque les paysans font eux-mêmes la vulgarisation, au Sénégal

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

11 / 1996

Demba Keita, chargé de la coordination des programmes de l’APRAN (Association pour la Promotion Rurale de l’Arrondissement de Nyassia).

"Aujourd’hui, en fin 1996, notre problème est le suivant : comment faire bénéficier, individuellement,les membres à partir de ce que l’union APRAN fait dans son Centre de production, de formation et d’expérimentation. Ce que l’union a expérimenté (une petite chaîne de production cohérente avec intégration de l’élevage et de l’agriculture)il faut que cela se fasse individuellement au niveau des familles. Là, on pourra dire qu’il y a un début de développement. Il faut dire que depuis 1974 jusqu’en 1990, on ne pouvait voir, dans les villages, que peu de traces de l’existence de notre association régionale, l’AJAC (Association des Jeunes Agriculteurs de Casamance), des reboisements et des jardins, cependant. Les gens disaient : "Après vingt ans d’existence, on ne peut même pas voir un monument, ni un arbre; les groupements sont là mais ils ne sont pas en train de développer la zone !" De 1992 à 1994, on a organisé plusieurs ateliers de réflexion pour voir et décider quelles activités mettre en place que les gens pourraient "palper". Ainsi, on pourrait témoigner et voir notre existence à travers cela. Cela nous a amené à mettre en place le "Centre" de l’APRAN. Il est implanté à Dar Salam, dans un autre village que Mahamoude, à 1 km de chez nous.

Notre objectif était de permettre aux gens, à partir de ce centre, de développer plusieurs activités, mais avec le souci d’une meilleure intégration des activités agricoles entre elles. On a essayé d’associer vraiment les activités d’agriculture et celles d’élevage. Et maintenant, on réfléchit à la transformation artisanale et à la conservation des produits locaux. Au Centre, il y a : des pépinières de bananeraies, de manguiers, d’orangers et des pépinières maraîchères; un élevage de chèvres (un bâtiment et 46 chèvres); un atelier d’aviculture qui nous permet de produire, tous les 45 jours, 2000 à 2500 poulets de chair; un centre de formation pour accueillir les personnes qu’on souhaite former dans des domaines précis (dix cases rondes avec une possibilité d’accueil de trente personnes), une unité artisanale de transformation et de conservation des fruits et légumes où l’on forme des formateurs des groupements; un autre pour le tissage du grillage pour tous les blocs maraîchers; et un lieu de production de parpaings pour les petites constructions, au niveau des groupements.

C’est cette expérience vécue depuis quatre ans au niveau de l’union qu’on essaye de démultiplier progressivement au niveau des groupements et des exploitations des membres. Comment faisons-nous ? Au Centre, on produit, par exemple, des pépinières maraîchères, cela a permis à tous les groupements à côté de ne pas produire des pépinières. Ils viennent chercher les plants pour le repiquage (tomates, oignons et beaucoup d’espèces). Ils payent la ligne 200 FCFA (2 FF). Ils emportent les plants eux-mêmes et font le repiquage avec l’appui des animateurs. Il y a aussi du fumier et du compost, préparés à partir des déchets des chèvres et des poulets. Les groupements préparent eux-mêmes des compostières dans leurs vergers. Tout ce qui est produit dans le Centre est à la disposition des groupements. Même les brouettes, les râteaux, les pelles. Un groupement peut venir utiliser le matériel du Centre.

Pour le prochain programme, nous voulons consolider les acquis de ce que nous avons fait jusqu’à présent. Si les activités du Centre vont dans le sens de la réussite de nos groupements, c’est cela qu’on va essayer de développer. Mais on veut les intégrer entre elles au niveau même des groupements. Qu’on puisse au moins trouver dans un même bloc du maraîchage, de l’arboriculture, de l’élevage et même une petite unité de transformation. Et même que le paysan, dans une portion de terre, arrive à combiner beaucoup d’activités qui l’intéressent et où il peut vraiment assurer un minimum pour sa vie".

Mots-clés

organisation paysanne, agriculture familiale, développement durable, agriculture paysanne, équipement agricole, marché agricole, vulgarisation agricole


, Sénégal

Commentaire

Un témoignage lucide et critique sur le faible impact économique d’une association paysanne autonome créée au Sénégal en 1975. L’auteur indique ensuite la méthode employée actuellement pour progresser : s’appuyer sur l’expérience agricole du Centre d’expérimentation de l’Union locale pour épauler les groupements et, au-delà, les exploitations familiales.

Notes

Interview de Demba Keita par Bernard Lecomte, Bonneville, mars 1996

Entretien avec KEITA, Demba

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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