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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Programmer l’aide à partir des engagements des groupements, au Sénégal

Joséphine NDIONE, Bernard LECOMTE, Brigitte REY

03 / 1996

Joséphine, permanente du GRAIF (Groupe de Recherche et d’Appui aux Initiatives Féminines):

"Nous avons voulu valoriser les ressources locales, partir de ce que nous avons, de ce que nous pouvons faire nous-mêmes et ne pas toujours compter sur l’aide extérieure, car celle-ci ne sera pas présente éternellement. Nous avons donc montré aux femmes qu’avec leurs ressources propres, elles pouvaient démarrer quelque chose et que l’aide ne représentait plus alors qu’un soutien, un renforcement des initiatives qu’elles avaient mises sur pied des mois et des années auparavant. Par exemple, nous travaillons avec un groupement de femmes qui voulaient lancer des activités économiques mais n’avaient pas d’argent pour cela. Après avoir réfléchi, elles ont décidé de faire des prestations de service payées. Elles décortiquaient le mil (à la main), d’abord pour les membres des groupements puis pour d’autres personnes. Elles ont gagné 30.000 CFA (100 kg de mil décortiqué sont payés 2.000 CFA)et ont fait des prêts (de 5.000 CFA)à 6 femmes décortiqueuses. Celles-ci travaillaient pendant six mois et remboursaient leur prêt à un taux d’intérêt de 20 %. Ensuite, cet argent a été reprêté à 6 autres femmes. Ainsi, le groupement a pu démarrer des activités économiques que nous avons alors proposé à une agence d’aide extérieure.

Pourquoi cela ? J’ai vécu, pendant des années, les programmes établis d’avance dans une autre ONG. Là on avait des programmes établis, bien réfléchis mais qui, souvent - j’en ai eu l’expérience - n’intéressent pas les populations. Alors je me suis dit que pour démarrer des actions dans les villages, il ne faut pas aller avec des programmes établis et penser que puisqu’il y a la sécheresse ou le manque d’eau, il faut nécessairement ceci ou cela. Non ! Ces programmes-là n’intéressent pas les populations parce qu’ils ne touchent pas leurs priorités. C’est pour cela que le GRAIF part des situations vécues par les gens, même pas de leurs besoins. Les gens viennent nous voir en disant : "Nous vivons telle ou telle situation, il nous faut donc telle ou telle action, tel ou tel moyen". On discute alors des possibilités, des hypothèses d’actions qu’on pourrait mettre en place et c’est en fonction de cela que le "programme" se définit petit à petit. C’est pareil pour tous les villages, anciens ou nouveaux, nous n’imposons rien, nous ne proposons rien. On chemine avec eux et au fur et à mesure qu’ils trouvent la nécessité de participer à un programme d’alphabétisation ou de gestion, alors seulement nous intervenons.

Par exemple, nous n’avons pas commencé par l’alphabétisation des femmes. Leur priorité étant de démarrer des activités économiques pour gagner de l’argent, pouvoir nourrir la famille, se faire soigner, etc., nous les avons aidées dans ce sens tout en sachant qu’il faudrait, un jour ou l’autre, qu’elles apprennent à lire et à écrire. Effectivement, au fur et à mesure qu’elles menaient leurs activités économiques, elles se sont trouvées confrontées à des difficultés pour gérer, écrire, prendre des notes, lire. A ce moment-là, seulement, elles ont demandé un programme d’alphabétisation. Il faut que ce soient les groupes eux-mêmes qui décident de solliciter une formation, parce que si c’est nous qui leur proposons quelque chose ou si nous leur amenons un programme pré-établi, cela ne marchera pas.

Mots-clés

agriculture paysanne, organisation paysanne, femme, organisation de femmes, initiative économique


, Sénégal

Commentaire

Illustration (par une praticienne expérimentée et qui a vécu les programmes décidés à Paris et Bruxelles)qu’un programme d’aide ne peut s’établir qu’à posteriori des initiatives débutantes et successives.

Notes

Interview de Joséphine Ndione par Bernard Lecomte en février 1996

Entretien avec NDIONE, Joséphine

Source

Entretien ; Récit d’expérience

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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