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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Au Sénégal, des groupements féminins au sein des villages

Joséphine NDIONE, Bernard LECOMTE, Brigitte REY

03 / 1996

Joséphine NDIONE explique ainsi l’état des relations entre les 32 groupements appuyés par l’ONG GRAIF (Groupe de Recherche et d’Appui aux Initiatives Féminines)et les villages.

"Jusqu’ici nous n’avons remarqué ni problèmes ni conflits entre les groupements et les villages. On a plutôt observé une admiration des villages envers le travail que font les groupements. Quand le GRAIF travaille avec un groupe, nous faisons attention à ne pas isoler le groupement du village. On sait que le groupement est en même temps une entité du village. Le groupe lui-même collabore avec le chef de village, avec les conseillers ruraux, élus par le village et membres de l’assemblée de la communauté rurale, et avec l’école. Toutes les structures existantes au niveau du village, le GRAIF et le groupement collaborent ensemble. On sait qu’un jour ou l’autre, on aura besoin des services du chef de village ou bien des conseillers ruraux, ou du président de la communauté rurale. On essaye alors de tisser des relations d’amitié. Par exemple, les femmes - comme elles n’ont pas de terres, pas de parcelles pour faire les champs de manioc ou de niébé - sont obligées de négocier avec le chef de village ou avec le président de la communauté rurale pour avoir des parcelles pour faire le champ. Autre exemple; au niveau de l’école, certains groupes qui n’ont pas pu construire leur classe d’alphabétisation ont négocié directement avec l’école pour pouvoir utiliser les classes en dehors des heures de cours. Ce sont les femmes elles-mêmes qui font ces démarches-là. Par la formation, nous améliorons leurs capacités de négocier, donc il faut bien qu’elles mettent cela en pratique ! Par exemple l’autoévaluation de l’alphabétisation faite par le groupement, le village et l’équipe du GRAIF parce que l’alphabétisation est gérée par le groupement mais c’est quelque chose pour l’ensemble du village. Les membres du groupement acceptent de prendre d’autres personnes qui ne sont pas du groupement; dans le comité de gestion, quelquefois, on met le chef de village ou bien une maman qui n’est pas dans le groupe, dans le but de renforcer la gestion des classes.

Le mot "féminines" (dans GRAIF : Groupe de Recherche et d’Appui aux Initiatives Féminines)ne veut pas dire que nous intervenons uniquement dans des groupements de femmes. On travaille avec les femmes en priorité, mais nous ne sommes pas allergiques aux hommes; si il y a des hommes qui s’intéressent à ce que nous faisons et qui viennent nous demander, on leur répond oui à eux aussi. Parfois, il y a des groupements d’hommes à part et des groupements de femmes à part, dans le même village. Et puis celles des actions, qui intègrent les hommes et les femmes ensemble, par exemple l’alphabétisation, sont gérées par les femmes mais des hommes y viennent. De même, les actions de santé sont gérées par le village et sont mixtes. Comme les banques de céréales qui sont gérées par le groupement de femmes mais les usagers sont mixtes. Pour les actions économiques, à certains endroits comme par exemple les vendeuses au marché, il y a des femmes et des hommes mais ce sont les femmes qui dirigent et les hommes ont accepté "d’intégrer" ces groupes de femmes. On fait attention à éviter des groupements femmes-hommes ensemble dirigés par les hommes parce que, d’après l’expérience que nous avons eu, en général, les hommes prennent les décisions, font les grands patrons et souvent bouffent l’argent et étouffent les femmes. Nous évitons donc cela.

Mots-clés

agriculture paysanne, femme, organisation paysanne, village, organisation de femmes, genre


, Sénégal

Commentaire

Un cas (rare)où des groupements de femmes sont le moteur des activités appuyées; ils intègrent parfois des hommes mais en prenant la précaution de ne pas laisser ceux-ci décider, gérer et "tout bouffer".

Notes

Interview de Joséphine Ndione par Bernard Lecomte en février 1996

Entretien avec NDIONE, Joséphine

Source

Entretien ; Récit d’expérience

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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