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Au Sénégal, les organisations paysannes forcées de s’adapter au système d’aide

Ndiogou FALL, Bernard LECOMTE

03 / 1996

"Pendant plusieurs années de collaboration avec différents partenaires du Nord, nous nous sommes rendus compte qu’assez souvent l’effort vient de notre côté, du côté des organisations de base; c’est-à-dire du côté du plus faible. A ce côté-là, on demande beaucoup plus d’efforts de transformation qu’à l’autre côté. Et en même temps, ce côté-là aurait besoin d’être mieux compris et d’être soutenu dans ses efforts.

Pourquoi un partenaire du Nord est-il très peu enclin à s’adapter à nos contraintes ? Cela peut, tout simplement, venir du fait que lui aussi dépend de quelqu’un d’autre sur lequel il n’a aucun pouvoir; donc, il le subit et nous le fait subir. C’est le cas de beaucoup de petites organisations du Nord qui définissent leur programme au Nord et viennent chercher un terrain d’application au niveau du Sud : alors aucune possibilité n’est offerte pour appoter un changement car ils ont déjà signé avec leurs propres bailleurs. Lorsque l’organisation de base n’est pas suffisamment solide, le donateur peut l’amener à dériver de ses objectifs fondamentaux, si ces derniers n’entrent pas en connexion avec ce que les donateurs viennent proposer et qui est déjà négocié et décidé ailleurs.

Les grandes ONG, de leur côté, nous disent : "Nous pensons que désormais, compte tenu de l’évolution du public européen auquel nous avons affaire et de son niveau de compréhension de ce qui se passe chez vous, vous devez améliorer votre système de communication ou votre système de production, ou vous préoccuper en matière d’environnement". Nos associations doivent faire l’effort de répondre à ces exigences. Mais de l’autre côté, cela devrait être accompagné d’une transformation des bailleurs de fonds pour nous permettre d’être efficaces. Par exemple, les associations demandent de la souplesse en matière de collaboration. C’est-à-dire de prendre en compte nos difficultés et les réalités existantes de notre côté. Et eux souvent refusent de s’adapter. Pourtant, le partenariat est une préoccupation à double sens, un effort de compréhension qui concerne les deux parties.

Pour la FONGS (Fédération des ONG du Sénégal, qui groupe 24 associations régionales paysannes et dont N. FALL est devenu Secrétaire Général en 1995)elle-même, le travail avec le consortium constitué entre plusieurs ONG avec un co-financement de l’Union Européenne et l’apport de la Coopération Suisse, est un grand progrès. Avant, on avait en face de nous une multitude de budgets, de négociations et de contrôles. Aujourd’hui, cela a disparu et nous allège la tâche. Nous envoyons un seul rapport tous les six mois et il est valable pour tous les partenaires.

Cependant, souvent l’arrivée de l’argent prend plusieurs mois de retard. Ils invoquent alors des excuses comme un retard sur une avance que tel bailleur devait donner. Ils parlent de la période à laquelle telle agence avait promis de décaisser et ne l’a pas fait par suite d’un décalage avec le système de décaissent de son organisation. Par exemple, le consortium peut apporter sa part et dire que de son côté l’Union Européenne n’a pas encore donné parce que son programme commence trois mois plus tard. Pour faire face à ces retards, on a emprunté auprès des banques, en nantissant les contrats que nous avons avec ces différentes agences, mais ensuite les intérêts nous sont revenus. Cela a entraîné un déséquilibre du budget; on a cessé cette pratique et on est là... pour subir les retards".

Mots-clés

agriculture paysanne, organisation paysanne, bailleur de fonds


, Sénégal, Thies

Commentaire

Point de vue, sans ménagement ni colère, d’un leader sur les exigences du système d’aide. En particulier sur les arguments exprimés des bailleurs de fonds privés pour contenter à la fois les agences d’aide publique et leurs donateurs individuels.

Notes

Interview de Ndiogou Fall par Bernard Lecomte, le 2 octobre 1995

Entretien avec FALL, Ndiogou

Source

Entretien ; Récit d’expérience

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