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A propos de la professionnalisation agricole, Afrique francophone

Tidiane FALL, Demba KEITA, Bernard LECOMTE

03 / 1996

Depuis 1992, le gouvernement français met en place un nouvel instrument de coopération avec les groupements paysans africains et malgaches, appelé : "Programmer la professionnalisation agricole". L’un des principes de base de ces programmes, mis en oeuvre avec l’appui du FAC, est l’établissement du partenariat entre les professionnels français et les professionnels des pays concernés (d’abord Côte d’Ivoire, Bénin et Madagascar; puis Burkina Faso, Mali, Sénégal). Le minitère français de la coopération a confié la mise en oeuvre de ces programmes à l’association "Agriculteurs Français et Développement International" (AFDI), considérée comme représentant les principales organisations professionnelles agricoles françaises et chargée de mobiliser les agriculteurs et techniques de ceux-ci. Voici les craintes exprimées lors d’un atelier entre responsables paysans de la FONGS (Fédération des ONG Sénégalaises)en décembre 1995.

"On dit qu’une personne est professionnelle si elle tire l’essentiel de ses revenus de son activité. Cette personne, dite professionnelle, se perfectionne en permanence grâce à des échanges avec d’autres (spécialistes, chercheurs). Ce qui fait la différence entre le mouvement paysan "FONGS" et les corps professionnels c’est qu’au sein du mouvement, nous refusons que la catégorisation des gens divise les communautés. C’est pourquoi, en son sein, nous retrouvons tous les acteurs, toutes les couches socio-professionnelles : les éleveurs, les agriculteurs, les pêcheurs, les artisans, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux. En Europe, on voit des professionnels en agriculture, aviculture, élevage de porcs, etc. Ces professionnels ne tentent que de développer leur secteur d’activités en y investissant tout leur capital. En cas de faillite, toutes ces personnes sont appelées au chômage car elles n’ont pas eu l’idée de se spécialiser dans d’autres secteurs. C’est ainsi qu’on voit des fermes, des terres abandonnées et souvent récupérées par d’autres élites professionnelles qui excluent les premières. Si nous imitons cela, nous risquons d’adopter d’autres modes d’organisation qui bloqueront le progrès social que nous avons tenté de mettre en place, progrès social conçu selon les cultures de nos milieux ruraux. Nous risquons de promouvoir une élite paysanne disposant de suffisamment de revenus et de moyens financiers qui prendra les autres comme des manoeuvres agricoles. Nous risquons d’exoder tous les petits paysans vers d’autres cieux plus cléments, ce qui tuera l’espace rural. Nous risquons de ne plus nous soucier que de notre exploitation (7 jours sur 7), sans même plus de temps de se faire et de se conserver des amis, d’aller à la prière. Nous risquons d’être esclave de la profession.

Notre projet de société est plus large, plus ambitieux que de développer un secteur. Nos membres ont plusieurs activités et nos groupements, nos associations ont une volonté de contribuer au développement de façon globale. Cependant, nous devons voir dans quelle mesure nous pouvons améliorer les capacités techniques de nos membres en vue de faire d’eux de vrais spécialistes et les sortir de leur amateurisme. En développant les capacités techniques de nos membres, ils pourront être d’une grande utilité comme meneur, entraîneur, facilitateur dans le rôle qu’on voudra les faire jouer au sein du CNCR et de ses fédérations membres, et en même temps mieux réussir leur activité pour un développement durable.

En disant non à la seule professionnalisation, nous voulons éviter au village de couper les tissus de solidarité entre les ruraux en ne considérant que la réussite profession par profession".

Mots-clés

agriculture paysanne, organisation populaire, coopération, politique de coopération, politique agricole, agriculteur, spécialisation agricole


, Sénégal, Thies

Commentaire

Au cours de ce même séminaire, l’un des plus "professionnels" parmi les responsables paysans a décrit ce que les riziculteurs du Delta du fleuve Sénégal vivaient depuis 1988. Beaucoup de responsables ont séjourné dans des exploitations françaises (grâce aux membres de l’AFDI)dans les 20 dernières années. Les résultats de l’importance accordée en France au "métier", aux "filières", aux "spécialisations", au "crédit agricole" ne les ont pas enthousiasmés.

Notes

Atelier de réflexion sur la professionnalisation, du 12 au 14 décembre 1995. FONGS, BP 269, Thies, Sénégal

Entretien avec FALL, Tidiane; KEITA, Demba

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

LECOMTE, Bernard, 1995/12/00, <Atelier de réflexion entre dirigeants paysans, FONGS, BP 269, THIES, SENEGAL>

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