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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Des femmes luttent contre la violence et l’état de non droit en Corse

Le Manifeste pour la vie des femmes corses

Françoise FEUGAS

01 / 1997

« A l’époque des fêtes de fin d’année 1994 (qui, traditionnellement, scellent les réjouissances familiales et communautaires), de nombreux meurtres - politiques et de droit commun- ont endeuillé la Corse. Peu de voix s’élevaient alors, les pouvoirs publics semblaient paralysés ou impuissants, nul recours ne paraissait plus capable d’endiguer la terreur et la résignation qui menaçaient d’emporter la société insulaire dans de terribles dérives. L’accroissement de la tension entre les diverses factions nationalistes tétanisait toute l’île, confrontée à une régression suicidaire, livrée aux archaïsmes des vendetta et du droit coutumier que l’on croyait abolis. »

Une trentaine de femmes se réunissent alors à Bastia, décidant de faire entendre la voix de tous ceux « qui ne voulaient plus souffrir l’insupportable (…) et en appeler à une solidarité capable d’enrayer la spirale mortifère. » Décidées à rompre le silence, ces femmes rédigent un manifeste faisant état de leur révolte face à la situation de violence et de terreur et à la politique menée par le gouvernement français quant à la « question corse » et engagent les habitants à signer la déclaration suivante :

« Je rejette les manipulations et les compromissions, l’intimidation et le meurtre, comme mode de fonctionnement de la société

Je refuse que l’Etat décide avec des groupes armés de mon avenir dans ce pays

Je refuse la mise en place d’un système qui exclut le citoyen de la vie publique

Je veux : l’application de la loi pour tous et dans tous les domaines, l’exercice serein de la justice, la transparence dans les choix politiques et la gestion des affaires publiques, le débat public et responsable, pour une société corse prospère, ouverte et démocratique. »

En quelques semaines, deux mille femmes, « venues de tous les horizons politiques ou confessionnels, de toutes classes sociales et d’origines diverses », signent ce texte et d’importantes manifestations suivent. Les media s’en font largement l’écho. « La route allait être longue, mais les femmes du Manifeste ne se sont pas découragées, elles ont su sensibiliser l’opinion sans désemparer, faire entendre leurs protestations (…) en sachant aussi se défendre des effets pervers qu’auraient pu entraîner cette médiatisation; rencontrer les autorités de l’Etat (dont le Premier ministre)(…) sans pour autant cautionner une position sécuritaire; se rallier l’appui des politiques locaux sans faire allégeance aux pouvoirs. »

Cette prise de conscience, ressentie comme un événement exceptionnel, suscite à son tour la mobilisation de collectifs, d’associations, d’artistes…

« Dans une société encore assujettie aux réflexes tribaux », les femmes du Manifeste adoptent la stratégie du serpent de mer : anonymes, indistinctes de la population, chacune d’entre elles, parlant en son nom propre, contribue à faire émerger une conscience citoyenne au-delà des « appartenances réductrices » : familles, groupes, clans. Le mouvement qu’elles animent se veut « irrécupérable » : non hiérarchisé, sans délégation ni représentativité.

Depuis 1995, elles font un travail de sensibilisation en milieu scolaire, dans les quartiers et les lieux publics sur les problèmes de la violence ; organisent des rencontres avec les appareils judiciaires, animent des débats (ainsi en 1996, dans le cadre du festival Trans-Méditerranée, avec des femmes siciliennes en lutte contre la mafia, des femmes algériennes… syndicalistes, journalistes, juristes…).

Elles tentent, par un travail de terrain projeté à long terme, de « contribuer à rendre à la plupart la parole qui restait confisquée ou interdite. Elles savent aussi, aujourd’hui, qu’elles ne sont encore qu’au début du chemin… »

Mots-clés

culture de violence, nationalisme, violence, éducation à la paix, éducation à la citoyenneté, résistance civique, processus de démocratisation, État de droit, paix et justice, femme et violence, organisation de femmes, accès des femmes à la politique


, France, Corse

dossier

Quand les femmes se mobilisent pour la paix, la citoyenneté, l’égalité des droits

Gouverner les villes avec leurs habitants

Commentaire

Il y a aujourd’hui en Corse six mille signataires qui défendent « les valeurs universelles de la démocratie dans un pays aux particularismes exacerbés et où l’exigence de justice est d’autant plus forte qu’elle est généralement déniée par ceux-là même qui devraient la lui garantir ». Il faudra compter avec eux. Avec elles.

Notes

Rédigé à partir du texte du « Manifeste pour la Vie » et d’un texte de présentation complété par un entretien avec une femme du mouvement ayant souhaité ne pas signer la fiche. Les passages cités sont entre guillemets.

On peut s’adresser à Femmes du Manifeste pour la vie, Madame Desjobert, BP 128 - 20292 Bastia Cedex.

Source

Manifeste ; Entretien ; Texte original

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