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Des élevages scolaires de cochons d’Inde pour améliorer l’alimentation des populations rurales andines?

Nadia CHALABI

08 / 1996

Le projet ANDES a vu le jour en 1988 en Equateur, avec comme objectifl’amélioration sanitaire et alimentaire de 9 communautés andines (1). Il met entre autre en pratique la notion d’éducation ascendante, selon laquelle l’école peut susciter des changements dans les comportements familiaux par l’intermédiaire d’activités scolaires éduquant les enfants et influençant les parents. La mise en place d’un élevage de cochons d’Inde dans une des communautés illustre cette démarche.

Origine de l’activité

Lors du diagnostic de la phase de lancement du projet, les professionnels ont observé la présence d’animaux, en particulier de cochons d’Inde élevés dans la pièce centrale souvent unique des maisons. Les problèmes d’hygiène inhérents à ce fait ont été évoqués par les techniciens au cours de conversations et d’assemblées villageoises : selon les familles ces animaux ne peuvent être élevés hors-domicile. Pourtant, favoriser ce petit élevage contribuerait à améliorer l’apport en protéines animales du régime alimentaire (le cochon d’Inde est surtout consommé lors de repas festifs). L’équipe de ANDES a donc décidé, en collaboration avec les maîtres et les parents, d’élever des cochons d’Inde à l’école. L’objectif était d’expérimenter cet élevage hors-domicile et de faire consommer cet animal par les écoliers.

Préparation de l’élevage

Sur le terrain de l’école, une petite construction a été bâtie, à l’intérieur de laquelle des cases ont accueilli les cochons d’Inde selon les périodes physiologiques de leur croissance. L’équipe de ANDES a aidé à la conception du projet et à sa planification afin de trouver un juste équilibre entre les pratiques d’élevage des paysans et les connaissances techniques actuelles, en particulier concernant la ventilation, l’éclairage par le soleil et la température, dont les écarts sont néfastes. L’instituteur et les écoliers se sont initiés à la vie du cochon d’Inde, sa reproduction, son hygiène, son alimentation. ANDES a acheté les premiers animaux, huit femelles de race locale et un mâle de race améliorée.

Organisation de l’élevage

Les écoliers ont apporté à tour de rôle l’alimentation nécessaire et assuré la surveillance et le nettoyage. Il avait été prévu initialement de nourrir les animaux avec des épluchures et feuilles ou herbes ramassées dans la nature, comme le pratiquent les villageois, mais rapidement cela s’est avéré insuffisant pour couvrir les besoins de l’élevage (environ 250 g. par jour et par individu). Il a donc fallu trouver un terrain afin de semer du fourrage et de la canne à sucre, ce qui a accrû la charge de travail des écoliers.

Difficultés de gestion

La gestation des animaux est de trois mois et les portées comptent en moyenne cinq petits. L’instituteur a tenu un carnet de bord permettant le contrôle de la production, et plus tard de la vente et de la consommation. Mais il a rencontré quelques difficultés à obtenir des enfants une certaine régularité dans les soins d’hygiène et d’alimentation. C’est ainsi que plusieurs animaux sont morts de faim pendant les vacances car l’élève responsable n’a pas osé avouer qu’il avait perdu la clé de l’élevage !

Résultats

Lorsque les cochons d’Inde ont atteint l’âge de trois mois, soit un poids d’environ un kilo, ils ont été consommés ou vendus au prix de 3 dollars. En plus des bénéfices économiques (la vente des animaux a permis d’alimenter la caisse scolaire), on note de bons résultats sur le plan éducatif. Les enfants ont acquis des comportements et des savoir-faire nouveaux. Les communautés ont progressivement accepté l’idée qu’il est possible d’élever des cochons d’Inde hors-domicile et certaines familles ont construit des petits appentis et commencé un élevage. Des villageoises sont souvent venues apporter leur femelle auprès du mâle de l’école en vue d’améliorer leur propre cheptel. La sensibilisation s’est donc faite sans heurts et progressivement, selon un rythme propre à chaque famille.

Mots-clés

éducation et changement culturel, éducation alternative, vulgarisation agricole, habitat rural, élevage, savoir traditionnel, amélioration génétique, traitement des déchets, hygiène, coutume alimentaire, nutrition, résistance au changement, alimentation


, Équateur

Commentaire

Suite à cette expérience, quelques questions subsistent, soulignées par les auteurs : une production accrûe de cochons d’Inde va-t-elle entraîner la disparition de la solemnité qui entoure la consommation de ce met? Faut-il encourager les écoles à développer cette activité, étant donné la lourdeur de gestion difficilement surmontable en période scolaire? Ou bien faut-il proposer des expérimentations de ce type comme moyen de contourner les hésitations des adultes à se lancer dans le changement? Enfin, comment obtenir qu’au moins une partie des bénéfices obtenus par les familles lors de la vente des cochons d’Inde serve à l’achat d’aliments de bonne valeur nutritionnelle ?

Notes

(1)ANDES=Alimentación, Nutrición y Desarrollo (Alimentation, Nutrition et Développement)

Principaux partenaires du projet :

- Facultés des Sciences médicales et des Sciences agronomiques de l’Université Centrale de Quito (UNC), EQUATEUR

-Instituto Juan César Garcia(spécialisé en sciences sociales et de la santé), Casilla postal 17-11-6292, Quito, EQUATEUR. Tel 593 (2)455 797. Fax 593 (2)464 412. E-mail : admin@ijuga.ecx.ec

-CIE=Centre International de l’Enfance,Château de Longchamp, 75016 Paris, FRANCE. Tel (33)01 44 30 20 00. Fax (33)01 45 25 73 67

-FPH

- Faculté de Philosophie, Faculté d’ingénierie de l’Université Centrale de Quito, EQUATEUR

- Faculté des Industries Alimentaires d’Ambato, EQUATEUR

A.M. MASSE RAIMBAULT est médecin (CIE), T.BARROS pédagogue (ANDES).

Source

Articles et dossiers

MASSE RAIMBAULT, Anne Marie; BARROS, Teodoro, Alimentation, nutrition, développement en Equateur in. L'Enfant en milieu tropical, 1995 (France), 220/221

ALTERSYAL (Alternatives Technologiques et Recherche en Systèmes Alimentaires) - Coronado, San José, COSTA RICA c/o CIRAD-SAR, 73 rue J.F.Breton - BP 5035- 34032 Montpellier cedex 1. FRANCE - Tél. 04 67 61 57 01 - Fax 04 67 61 12 23

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