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Innovations et échanges agroalimentaires

Des constats à la définition et exécution d’un projet de valorisation des savoir-faire locaux en Afrique sub-saharienne

José MUCHNIK

06 / 1996

Premier constat

L’histoire nous montre, sur la longue période, que produits, techniques et savoir-faire voyagent entre les continents et les peuples. L’histoire nous montre également que les produits, les techniques et les savoir-faire ne voyagent pas de la même manière ni à la même vitesse. Ainsi, par exemple, le maïs d’origine méso-américain, s’est diffusé largement dans le monde, ce qui n’a pas été le cas des techniques et savoir-faire concernant la transformation de cette céréale (techniques méso-américaines basées sur le traitement alcalin du grain de maïs). Plus récemment, on constate que grâce au développement de nouvelles variétés hybrides résistantes au stress hydrique, le maïs s’est largement développé dans les pays sahéliens (Burkina, Sénégal,Mali, Nord-Cameroun, etc.), mais le potentiel des savoir-faire nécessaires à la transformation de ce produit reste très limité dans ces pays. Bien entendu, l’exemple du maïs pourrait être extrapolé à d’autres produits.

Deuxième constat

La migration des populations constitue un support privilégié pour la migration de savoir-faire et des comportements alimentaires qui voyagent avec. Ainsi, par exemple, certains produits à base de manioc tel que le gari (semoule sèche précuite)originaire du Golfe de Guinée ou l’attiéké (couscous frais précuit)originaire de la Côte d’Ivoire, se sont largement diffusés dans la région ouest-africaine. Il s’est développé pour ces produits une demande croissante qui est satisfaite par le recours aux importations, dans la mesure où, même si on dispose de la matière première, on ne dispose pas des savoir-faire nécessaires à sa transformation. C’est le cas de l’Est du Burkina où on dispose de manioc mais pas du savoir-faire pour élaborer du gari et répondre à une demande croissante des centres urbains tels que Ouagadougou ou Bobo-Dioulasso.

L’idée centrale du projet AVAL (1)

Le capital de connaissances des populations (le stock des savoir-faire mobilisable), est un élément de base pour la promotion d’activités économiques locales. De manière plus large, oeuvrer pour enrichir ce capital de connaissances, c’est donner plus de chances à un développement "par le bas" des activités économiques. Mais, en général, les savoir-faire ne s’apprennent pas à l’école ou à l’Université ; ils s’apprennent de manière empirique à travers une action répétée qui permet de construire des routines techniques et des mécanismes de régulation. Les savoir-faire se transmettent de manière directe entre celui qui le possède et celui qui le reçoit. L’idée centrale de AVAL a été de mettre en contact des populations détentrices d’un savoir-faireavec des populations réceptrices de ce savoir-faire, pour promouvoir des activités économiques locales, diversifier l’offre des produits et répondre à l’évolution de la demande alimentaire, notamment urbaine.

La méthode employée

Le premier contact se fait dans le pays d’où le savoir-faire est originaire, et donc dans l’environnement le plus favorable possible, en matière d’acquisition de matières premières, d’équipements... Puis l’expérience se prolonge dans le pays où le savoir-faire est transmis, cette transmission demandant généralement une adaptation aux conditions locales (accès aux intrants, habitudes alimentaires...). A la suite de cette adaptation, la diffusion entre producteurs se fait de proche en proche. Ainsi des femmes artisans sont formées et forment d’autres femmes artisans. Des produits nouveaux sont mis au point et promus au cours de dégustations. Des équipements et des outils d’aide à l’innovation sont conçus et diffusés. Un suivi des producteurs concernés permet d’évaluer et de valider cette approche.

Les actions engagées

Depuis son lancement en décembre 1993, différents types d’opérations ont été mis en place : échanges de savoir pour les produits à base de maïs, la fabrication du gari, la fabrication des jus, sirops et pâtes de fruits, entre des femmes artisans du Bénin, du Burkina-Faso et du Sénégal ; valorisation d’innovations techniques (produits roulés, décortiqueurs à néré)dans ces mêmes pays. La mise en oeuvre des actions repose sur un partenariat institutionnel étroit.

Les premiers résultats

Parmi les conséquences identifiables du projet à l’issue de sa phase d’initiation (1993-1995), on note le développement d’activités économiques locales, comme la transformation du néré au Burkina-Faso ; l’élargissement des produits offerts par adaptation de savoir-faire, voire l’élaboration de produits nouveaux inspirés par ce qui a été appris, comme la transformation du maïs au Sénégal ; la création de nouvelles activités, comme l’unité de production d’aklui (semoule de maïs)au Bénin. Une consolidation de ces actions est prévue de 1996 à 1999, avec pour objectif la diffusion des expériences à plus grande échelle et le renforcement du partenariat institutionnel.

Mots-clés

alimentation, valorisation des savoirs traditionnels, valorisation du savoir faire, diffusion de l’innovation, diffusion des techniques, coopération, politique de la recherche, recherche action, artisanat, transfert de connaissances


, Afrique subsaharienne, Afrique de l’Ouest, Bénin, Burkina Faso, Sénégal

Notes

(1)AVAL= Action de VALorisation de savoir-faire locaux et promotion des activités économiques, projet coordonné par le CERNA-UNB et le CIRAD-SAR.

Contacts :

1. NAGO, Mathurin(doyen de la FSA-UNB), HOUNHOUIGAN, Joseph(chef duDNSA); CERNA=Centre d’Etudes Régional en Nutrition et Alimentation, Université Nationale du Bénin, Faculté des Sciences Agronomiques, Département de Nutrition et Sciences Alimentaires, BP 526, Cotonou, BENIN. Fax (229)30 02 32

2.

2.MUCHNIK, José, CIRAD-SAR=Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement-département Systèmes Agroalimentaires et Ruraux). Adresse : cf. ALTERSYAL

3.DIAWARA, Bréhima,LBTA-CNRST=Laboratoire de Biochimie et Technologie Alimentaire-Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique. BP 7197-7047, Ouagadougou. BURKINA-FASO. Tel (226)32 46 46/45 04 - 31 53 21 Fax (226)32 45 95

4.SOKONA, Khanataet BROUTIN, Cécile, ENDA-GrafBP 13069, Dakar Grand Yoff, SENEGAL. Tel (221)24 20 45. Fax (221)25 32 15

Consulter également les RAPPORTS de missions : ALEXANDRE, Claudie, MUCHNIK José, NAGO Mathurin, AYENAN, Boniface. n°50/94. ALEXANDRE, Claudie, MUCHNIK, José, document CIRAD n° 30/95. LOPEZ, Elisabeth, MUCHNIK José. n°34

96. Tous ces documents sont disponibles au Centre d’Information et de Documentation Philippe Ariès, CIRAD-GERDAT, BP 5035, 2477 av du Val de Montferrand, 34032 Montpellier cedex 01,FRANCE. Tel (33)4 67 61 58 51. Fax (33)4 6761 58 20. E-mail : glarmet@cirad.fr

Source

Texte original

ALTERSYAL (Alternatives Technologiques et Recherche en Systèmes Alimentaires) - Coronado, San José, COSTA RICA c/o CIRAD-SAR, 73 rue J.F.Breton - BP 5035- 34032 Montpellier cedex 1. FRANCE - Tél. 04 67 61 57 01 - Fax 04 67 61 12 23

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