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L’entreprise agroalimentaire au féminin

Modes d’organisation et fonctionnement des unités de transformation féminines dans le département de Bignona au Sénégal

Christiane DARDE

09 / 1996

En Afrique, le secteur de la transformation des produits agro-alimentaires est presque exclusivement investi par les femmes puisqu’elles produisent 80 % des denrées alimentaires, ce qui représente 15 à 20 heures de travail par jour. Les produits transformés sont fonction des potentialités locales. Dans la région de Basse-Casamance, située au sud du Sénégal, et notamment dans le département de Bignona,les conditions agro-écologiques offrent une large gamme de produits issus de l’agriculture, de la cueillette et de la pêche que les femmes transforment dans un but d’autoconsommation familiale. En effet, les femmes sont responsables de la transformation des céréales : elles pilent le riz, qui constitue la base du repas consommé par les diola * ; elles pilent aussi le mil qui est consommé avec une sauce ou bien sous forme de bouillie. La préparation de la sauce à base de légumes feuilles, de poisson et, dans certains plats, d’huile de palme, demeure l’occupation bi-quotidienne des femmes.Elles décortiquent aussi l’arachide récoltée sur les champs familiaux afin de constituer un stock de semences pour la campagne suivante. Outre l’objectif de consommation familiale, les femmes mènent leurs activités de transformation dans un but lucratif. Il leur arrive de vendre des arachides décortiquées pour se procurer un revenu. Elles extraient l’huile de palme, fabriquent le nététou **, font sécher ou fumer le poisson frais, les huîtres ; elles confectionnent encore des mets salés (beignets), des jus de fruits (jus de citron, sirop de bissap ***). Plus récemment, certaines se sont lancées dans la préparation de confitures de mangues, ditakh ****, bissap...

Pour mener leurs diverses activités de transformation ou de commercialisation, les femmes s’organisent en unités de travail plus ou moins petites aux divers échelons d’organisation socio-économique de leur village. Tantôt elles travaillent seules, dans la concession familiale; tantôt, elles travaillent en petit groupe fermé par affinités ou selon les liens familiaux (co-épouses ou femmes d’une même concession). Elles se retrouvent fréquemment dans leurs associations de travail (ekafay)au niveau de la concession, du quartier, du village et qui parfois regroupe les femmes de la même classe à l’intérieur de chaque niveau d’organisation socio-spatiale. Ces formes de regroupement leur permettent de s’entraider. Depuis les années 70, des organisations nouvelles sont apparues - les Groupements - par le biais desquels les femmes, majoritaires en nombre, valorisent un certain nombre d’activités de transformation anciennes et mènent des activités nouvelles (fabrication de confitures à base de fruits ou de légumes).

En étudiant les modes d’organisation des activités féminines de transformation (comme des autres activités), on constate une forte imbrication entre leurs différentes unités de travail. Notamment pour les activités exigeantes en travail, l’organisation collective permet aux femmes de réduire la durée de l’opération de transformation, d’alléger leur charge de travail et plus globalement de diminuer la prise de risque. En outre, en participant à plusieurs unités de transformation, elles peuvent mener de front plusieurs activités, tout en se dégageant de leurs obligations familiales et en diversifiant leurs sources de revenus monétaires. Enfin, elles sont en mesure de maîtriser ces revenus, que ce soit dans le but de satisfaire des besoins personnels (habillement, financement de nouvelles activités)ou des besoins d’ordre collectif (équipements sociaux)et d’ordre sanitaire.

Cette diversité de petites entreprises agro-alimentaires démontre la capacité d’innovation des femmes pour faire face aux contraintes de leur environnement. Les résultats obtenus par ces entreprises ne sont pas uniformes. Ils varient fortement d’un produit à l’autre, mais aussi d’un type d’organisation du travail à l’autre. Cela tient autant aux conditions d’approvisionnement en matières premières, au mode de rémunération du travail qu’au mode de mise en marché des produits. Toutefois, il semble s’avérer que les Groupements valorisent aussi efficacement - en termes d’équipement, de commercialisation, de revenu unitaire - les activités de transformation et les produits qui en sont issus, que les modes anciens d’organisation collective.

Mots-clés

alimentation, femme, production, association de producteurs, coopérative agricole, organisation paysanne, diversification des productions, travail communautaire, relations avec le marché, tradition et modernité, innovation sociale


, Sénégal

Commentaire

Que cela concerne le travail de transformation lui-même ou la commercialisation des produits, les femmes ont su inventer des formes d’organisation adaptées non seulement aux contraintes techniques de fabrication des produits mais aussi à leurs contraintes et stratégies socio-économiques. Ces organisations visent souvent les mêmes buts et concernent quasiment les mêmes produits car l’objectif des femmes est bien de dégager des revenus.

Notes

*ethnie majoritaire en Casamance.

**condiment local issu de la transformation des graines de néré (Parkia spp.).

***Oseille de Guinée ou Hibiscus.

****Detarium senegalense. Fruit très riche en vitamine C.

(1)L’Agroindustrie rurale AIRet les Petites Entreprises Agroalimentaires PEAsont des thèmes de recherche-action privilégiés du groupe ALTERSYAL.

Cette fiche s’appuie sur l’étude menée par C. DARDE, dans le cadre de sa thèse, et qui a contribué aux travaux de recherche du CIRAD-SAR=Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le développement-département Systèmes Agroalimentaires et Ruraux. Adresse : cf.ALTERSYAL.

Source

Thèse et mémoire ; Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,… ; Texte original

DARDE, Christiane, L'entreprise agroalimentaire au féminin, Lire également :, <DARDE, Christiane>, 1995. Les initiatives individuelles et collectives des femmes rurales : approche socio-économique des activités des femmes du département de Bignona(Sénégal). 335 p. < THESE>de doctorat : Agro-économie : ENSAM, - 1991. Les groupements du département de Bignona : aperçu socio-économique, Document de travail DSA-CIRAD, 42 p. Cote : CD_TH1644

ALTERSYAL (Alternatives Technologiques et Recherche en Systèmes Alimentaires) - Coronado, San José, COSTA RICA c/o CIRAD-SAR, 73 rue J.F.Breton - BP 5035- 34032 Montpellier cedex 1. FRANCE - Tél. 04 67 61 57 01 - Fax 04 67 61 12 23

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