español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Impact du projet 4 Pinos, coopérative guatemaltèque de production et exportation de légumes frais, sur les conditions de santé et de nutrition des populations

Florence TARTANAC

10 / 1996

L’agro-industrie rurale est un secteur de plus en plus important pour les économies latino-américaines. Il existe depuis longtemps, cependant il est reste peu étudié. Mais il connaît maintenant un regain d’intérêt dans le contexte de crise et de globalisation économique que traverse la région. Or si l’on veut développer ce secteur comme s’efforcent de le faire de nombreuses institutions nationales et internationales, il convient de l’étudier d’une manière plus approfondie.

La question essentielle qui a motivé notre travail (1)était de déterminer si l’agro-industrie rurale induite par les projets de développement constitue bien l’une des solutions adaptées à l’amélioration de la situation des populations rurales en Amérique latine. En particulier, l’impact sur les conditions de santé et de nutrition des populations bénéficiaires des projets d’agro-industrie rurale nous a plus particulièrement intéressée.

Au Guatemala, la coopérative Cuatro Pinos est située à une trentaine de kilomètres de la ville de Guatemala, sur l’Altiplano Occidental. Son activité principale est le conditionnement de légumes frais pour l’exportation, haricots verts principalement. L’institution principale d’appui qui nous a servi de contact est l’INCAP (2)dont le siège est à Guatemala Ciudad. Une étude d’impact approfondie du projet 4 Pinos a été réalisée en 1983 et 1985 par des chercheurs de l’INCAP et del’IFPRI (3). Il est donc intéressant de développer plus en détail le thème de l’impact sur la santé et la nutrition pour ce projet particulier.

S’il était évident que l’introduction de légumes non traditionnels pour l’exportation avait de grands effets sur la production et sur l’emploi agricole dans la région étudiée, par contre l’état nutritionnel général de la région étudiée s’est révélé aussi mauvais que dans d’autres zones rurales plus éloignées de la capitale où il existe des données comparables. Selon l’IFPRI, "la situation nutritionnelle de la population de l’échantillon, mesurée sur les enfants avec des standards anthropométriques, ne s’est pratiquement pas améliorée entre 1983 et 1985. Même si de légers progrès sont perceptibles pour le tiers de revenus les plus élevés, en réalité il y eut une augmentation de la prédominance de poids faibles et d’atrophie de la croissance pour les terciles de revenus moyens et bas. "(Braun et al, 1987 : xix). Ainsi, en 1985, les chercheurs trouvèrent encore que 66,7% des enfants des associés de la coopérative souffraient de retard de croissance.

Ces résultats démontrent le peu d’impact de l’augmentation de revenus sur l’état nutritionnel des familles, et en particulier des enfants. Dans ce sens, il semblerait que le projet n’ait pas assez tenu compte des aspects d’éducation en alimentation et nutrition, surtout à ses débuts. Actuellement avec le développement de la politique sociale de la coopérative, on peut espérer une amélioration de l’état nutritionnel des associés et de leurs familles. En particulier la réalisation de cours et de démonstrations en rapport avec la nutrition pour les femmes et la présence des deux médecins de la coopérative peuvent changer leschoses.

Ce faible impact de l’augmentation substantielle des revenus des agriculteurs sur l’alimentation et la santé des zones d’influence du projet d’agro-industrie rurale est dû à plusieurs facteurs. Le travail des femmes est d’après nous l’un des plus importants.

En effet, les cultures d’exportation demandent une grande participation des femmes pour les travaux de désherbage et de récoltes des légumes. Ces travaux ne sont pas rémunérés et parce qu’ils occupent beaucoup de temps, obligent les femmes à abandonner d’autres activités rémunérées, comme le tissage ou la vente sur les marchés. D’autre part,les revenus créés par la vente des légumes à la coopérative sont gérés exclusivement par les hommes, lesquels préfèrent les utiliser dans des activités productives (intrants agricoles, terres)ou de prestige social (camionnette, radio, télévision, etc.), au lieu de les redistribuer à leurs femmes pour la consommation alimentaire familiale. Ainsi, non seulement les femmes travaillent plus, et donc ont tendance à moins s’occuper de leur famille (en particulier des enfants en bas âge), mais aussi elles disposent de moins de revenus pour approvisionner leur famille et leur donner une alimentation de meilleure qualité.

Un autre facteur important est la réduction des cultures d’auto-subsistance, qui sont remplacées par les cultures d’exportation. Ainsi, l’étude de l’IFPRI démontre qu’en moyenne, les associés de la coopérative destinent 52% de leurs terres cultivables à la production de maïs et de haricot, tandis que les autres agriculteurs en destinent 78%. Bien sûr cette diminution de la superficie cultivée en produits d’auto-consommation est contre-balancée par l’augmentation des rendements de ces cultures, grâce à des techniques héritées des légumes d’exportation (engrais, désherbage). Mais il n’est pas sûr que la production alimentaire soit maintenue à son niveau d’origine.

Mots-clés

alimentation, femme, discrimination des femmes, nutrition, évaluation, horticulture, répartition des revenus, étude de cas, exportation, coopérative agricole, participation des femmes, entreprise, développement économique, agriculture familiale, santé, développement social


, Guatemala, Amérique Latine

Commentaire

D’autres études réalisées par l’IFPRI au Rwanda et en Zambie (Braun, 1991; Kumar, 1994)et par l’ORSTOM également au Rwanda (Laure, 1986)confirment le peu d’impact (ou dans certains cas l’impact négatif)des cultures de rente sur la situation alimentaire. Les projets d’agro-industrie rurale devraient donc tenir compte de cette limitation et insister davantage sur l’éducation alimentaire et nutritionnelle des associés et sur la participation active des femmes.

Notes

(1)Cette fiche s’appuie sur les recherches réalisées par F. Tartanac dans le cadre de sa thèse sur le thème "Agroindustrie rurale AIRen Amérique Latine : dynamique de l’innovation et développement local. Impact socio-économique de huit projets".

(2)INCAP= Institut de Nutrition d’Amérique Centrale et Panamá/Calzada Rossevelt Zona11. Apartado postal 1188. GUATEMALA. Tel (502)2-72 37 62. Fax (502)2-73 65 29

(3)IFPRI= Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires

Source

Texte original ; Thèse et mémoire

Lire également :, - < TARTANAC, Florence>. L'agroindustrie rurale en Amérique Latine : dynamique de l'innovation et développement local. Impact économique et social de huit projets d'agroindustrie rurale en Amérique Latine.ALTERSYAL/INCAP. Communication pour le colloque < PEA>= Petites Entreprises Agroalimentaires. 19 et 20 octobre 1995. CIRAD-SAR. Montpellier. FRANCE

ALTERSYAL (Alternatives Technologiques et Recherche en Systèmes Alimentaires) - Coronado, San José, COSTA RICA c/o CIRAD-SAR, 73 rue J.F.Breton - BP 5035- 34032 Montpellier cedex 1. FRANCE - Tél. 04 67 61 57 01 - Fax 04 67 61 12 23

contact plan du site mentions légales