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Kinshasa : les pauvres à la conquête du riz

Nguala LUZIETOSO, Willy NSINGI, Francklin MAWU

08 / 1996

A Kinshasa, le riz était un aliment de riches. Mais actuellement, il pénètre rapidement les couches les plus défavorisées de la capitale zaïroise. Quels facteurs expliquent cette évolution?(1)

Le riz, entre produit de base et dessert

L’aliment de base d’un régime alimentaire donné est celui qui apporte le plus de calories à l’organisme. Dans les pays d’Afrique cette caractéristique est associée à la sensation de satiété procurée par l’aliment une fois absorbé. Kinshasa se situe dans la zone alimentaire à manioc. Selon Houyoux (2), près de 70% de sa population consomme le manioc comme produit de base. Par ailleurs, 10 % des habitants, originaires d’une zone à maïs, privilégient cette céréale. On peut donc estimer à près de 80% la fraction des Kinois qui, habitués aux produits alimentaires lourds, trouvent le riz très léger, et le prennent généralement sous forme de dessert. Cette perception de la qualité des aliments a contribué et contribue encore chez d’autres membres de ces groupes socio-culturels, à limiter la généralisation de la consommation du riz à Kinshasa. De plus, au delà des facteurs socio-culturels, "l’atterrissage" du riz dans l’assiette des Kinois rencontre des obstacles d’ordre économique qui en font un produit réservé à une classe d’individus.

Le riz, aliment des riches

Un plat zaïrois se compose de la base - fufu, kwanga, riz, lituma, makemba... * - et de la sauce - poisson, viande, légumes... A Kinshasa, jusque vers la fin des années 80, le riz se vendait plus cher que les cossettes ou la farine de manioc. Cela a entraîné une sélection des individus ayant accès à un plat de riz, d’autant plus marquée que les sauces qui s’accommodent le mieux avec cet aliment sont souvent très coûteuses. En effet, le riz se consomme en général avec du pondu (feuilles de manioc), des haricots, du poisson, de la viande rouge, de poulet, etc... Ces produits et les produits d’assaisonnement nécessaires à leur préparation se vendent cher. Certains (pondu et haricot)exigent un temps de préparation très long, ce qui accroît la dépense en énergie. Cela contraint les ménages qui ne possèdent pas de réchaud électrique à affecter une partie du budget alimentaire à l’achat de charbon de bois. Dans ces conditions, le plat de riz est longtemps resté réservé aux ménages à haut revenu ou pour les repas de circonstances (baptême, fête, mariage, deuil)des ménages pauvres. Mais actuellement, de nouvelles formes de consommation du riz ont émergé, lesquelles facilitent l’accès de ce produit aux populations de couches défavorisées.

Davantage de riz dans l’assiette du pauvre

Depuis le début des années 70 et surtout depuis les pillages de septembre-octobre 1991, le pouvoir d’achat des ménages zaïrois s’est totalement effondré. Cet effondrement a contribué à modifier les comportements alimentaires des Zaïrois en général et des urbains en particulier. Dans la filière riz, ces modifications portent sur l’élargissement de la gamme des sauces qui s’accommodent au riz. Ce dernier se prend désormais avec le bitekuteku (amarante), le matembele (feuilles de patate douce)et bien d’autres légumes. De nouveaux modes de préparation du plat ont également vu le jour. Certains ménages de grande taille par exemple, mélangent au riz un poulet découpé en menus morceaux. C’est le ragoût de riz. D’autres le consomment sans sauce, préparé dans un mélange d’eau, d’huile de palme et d’un peu de purée de tomate. C’est le bulayi. Ces nouveaux plats à base de riz sont relativement bon marché. Ils sont servis le matin lorsque les ménages ne disposent pas d’assez d’argent pour faire face à la dépense relative au petit déjeuner (pain et thé), à midi et/ou le soir quand ce que les membres du ménage ramènent en fin de journée n’est pas suffisant. La consommation du riz est également favorisée en milieu pauvre par sa capacité à gonfler ; son prix presque ramené au niveau de celui de la farine de manioc, sa facilité d’utilisation (le riz est moins pénible à préparer que le fufu par exemple), son degré de divisibilité élevé (un sakombi de riz, soit un demi-kilo, peut être consommé par un ménage de taille moyenne).

Mots-clés

crise économique, alimentation, approvisionnement alimentaire, marché local, différenciation sociale, ethnie, riz, système de représentation culturelle, stratégie de survie, nutrition, paupérisation, consommation, population défavorisée, coutume alimentaire


, Zaire

Commentaire

Le riz est de plus en plus présent dans l’assiette du pauvre. Cependant, cette évolution de la consommation du riz pose des problèmes nutritionnels. L’association de riz à des sauces au moment de la consommation effective compense les carences de ce produit en oligo-éléments, en protéines et en vitamines, nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme humain. Le fait de le prendre sans sauce, aura des conséquences néfastes sur l’état de santé des populations pauvres. Il est opportun de repenser la transformation et la préparation du riz en vue de mettre sur le marché des produits et des plats relativement équilibrés.

Notes

*Fufu : boule de pâte à base de farine de manioc, farine de maïs, fécule, semoule

Kwanga : pain de manioc

Lituma : boule de pâte à base de racines de manioc bouillies, pilées avec de la banane plantain bouillie

Makemba : préparation à base de banane plantain(1)

Cette fiche expose des résultats provisoires et partiels issus d’une recherche en cours dans le cadre de la thèse de Doctorat de MrLUZIETOSO, Nguala(GRA/ CIRAD-SAR), sur le thème : "Crise économique, urbanisation et alimentation : l’exemple de Kinshasa". Soutenance prévue en 1997.

GRA= Groupe de Recherche et d’Action en agroalimentaire, 4, rue Yahuma Kasa-Vubu/ Kinshasa. BP 11 230. Kinshasa I. ZAÏRE

CIRAD-SAR= Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement-département Systèmes agroalimentaires et ruraux. Adresse : cf. ALTERSYAL

E-mail: luzietoso@cirad.fr

(2)Houyoux , 1975. Cité dans : GOOSSENS F., MINTEN B. et TOLLE N.S., 1994. Nourrir Kinshasa :l’approvisionnement local d’une métropole africaine. Paris : L’Harmattan. 397 p.

Les trois auteurs de la fiche font partie du GRA.

Source

Texte original

ALTERSYAL (Alternatives Technologiques et Recherche en Systèmes Alimentaires) - Coronado, San José, COSTA RICA c/o CIRAD-SAR, 73 rue J.F.Breton - BP 5035- 34032 Montpellier cedex 1. FRANCE - Tél. 04 67 61 57 01 - Fax 04 67 61 12 23

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