español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Innovation agroalimentaire au Bénin

Le mawé, pâte de manioc traditionnelle devient un produit prêt à cuire pour s’adapter aux nouvelles contraintes des ménagères

Hubert DEVAUTOUR, Roland TREILLON

11 / 1996

Le mawé est une pâte fermentée à base de farine de manioc, produit intermédiaire qui rentre dans la composition de nombreux plats de l’alimentation sud-béninoise, notamment l’akassa ou l’ablo *. Une enquête de dénombrement a montré que 213 femmes produisent et vendent du mawé sur les marchés de la ville de Cotonou au Bénin. Il s’agit d’un phénomène récent et pour le moment spécifique des zones urbaines. Le mawé n’est pas un produit nouveau au sens où c’est un produit bien connu des cuisinières béninoises, mais un produit nouveau au sens où sa mise en marché s’accompagne de nouvelles pratiques.

Parallèlement aux innovations de type commercial, les femmes artisans continuent un effort d’adaptation du procédé pour permettre notamment une meilleure conservation du produit. C’est ainsi que commence à apparaître sur le marché le "mawé partiellement séché", produit à humidité intermédiaire entièrement nouveau dans sa conception. A côté des marchés classiques de matière première brute et de produits finis "prêts à consommer", c’est un nouveau marché qui s’ouvre, celui des produits semi-finis "prêts à cuire" dont la préparation finale revient à la ménagère. Cette apparition répond à lademande du système alimentaire domestique des milieux urbains. On peut noter que :

  • du point de vue social, les femmes sud-béninoises exercent de multiples activités, salariées, marchandes et domestiques. Une concurrence s’exerce entre ces différentes activités au niveau de l’allocation du temps de travail ;

  • du point de vue économique, la priorité des femmes est la création de revenus et leur choix sera donc d’allouer prioritairement leur temps de travail aux activités rémunératrices. D’autre part, la pauvreté de masse que connaît le Bénin, comme de nombreux pays en développement, impose que les produits alimentaires de base mis sur le marché incorporent la valeur ajoutée minimum pour rester accessible à la plus grande partie des consommateurs potentiels ;

  • du point de vue du procédé et du produit, la préparation des plats béninois et surtout du plat principal, l’akassa, est une préparation très longue ; une semaine dans ce cas précis. Il importe donc aux femmes des milieux urbains comme des milieux ruraux (la production artisanale de l’akassa s’y exerce de la même façon), de transférer tout ou partie de la préparation réalisée dans le cadre du système domestique à des opératrices spécialisées appartenant au système artisanal. Par ailleurs, le goût final du produit, mais aussi ses qualités organoleptiques et physico-chimiques, dépendent en bonne partie du savoir-faire exercé dans les dernières opérations du procédé, notamment celui de lacuisson finale. Ainsi, même en déléguant une partie du travail de transformation, la ménagère reste maîtresse de la qualité du plat qu’elle offrira à ses convives.

Tous ces éléments conjugués ont amené les femmes béninoises, et particulièrement les femmes du secteur de l’artisanat alimentaire, à promouvoir ce type de produit semi-fini "prêt à cuire". Il importe de noter qu’il ne s’agit pas d’un concept entièrement nouveau du point de vue du consommateur béninois puisqu’un certain nombre de produits du secteur industriel peuvent s’y rattacher, le cube "Maggi" qui entre dans la composition des sauces par exemple. Il trouve cependant dans cet exemple du mawé sa première application dans la préparation des produits locaux.

Mots-clés

alimentation, amélioration des techniques traditionnelles, consommation, consommateur, marché local, artisanat, diffusion de l’innovation, savoir faire, concurrence commerciale, femme, innovation


, Bénin

Commentaire

Les pays du Sud entretiennent une culture technique propre, d’une richesse non reconnue par nos sociétés qui n’y voient qu’une source d’immobilisme. En se situant plus près des populations concernées, on s’aperçoit qu’elles manifestent quotidiennement une aptitude à innover sur la base de leurs acquis techniques, comme l’illustre le cas du mawé.

Notes

*ablo = pâte à base de farine de maïs cuite à la vapeur et levée, légèrement sucré ou salé. Consommé avec du jus de tomate au poissson ou à la viande.

Source

Texte original ; Thèse et mémoire ; Livre

DEVAUTOUR, Hubert, ENSAM, Etude des systèmes techniques : application à l'artisanat alimentaire au Sud-Bénin, 1992 (France), <TREILLON, Roland>, 1992, < L'innovation dans les pays du Sud : le cas de l'agro-alimentaire>, Paris : Karthala, 267 p. [Economie et développement].

ALTERSYAL (Alternatives Technologiques et Recherche en Systèmes Alimentaires) - Coronado, San José, COSTA RICA c/o CIRAD-SAR, 73 rue J.F.Breton - BP 5035- 34032 Montpellier cedex 1. FRANCE - Tél. 04 67 61 57 01 - Fax 04 67 61 12 23

contact plan du site mentions légales