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Canettes contre calebasses

Comparaison économique des filières bière industrielle et bière artisanale au Burkina Faso par la méthode du calcul de la valeur ajoutée nationale et de sa répartition

Nadia CHALABI

10 / 1996

S’inscrivant dans un contexte d’industrialisation des filières agroalimentaires en Afrique, cette comparaison de la filière bière industrielle et bière artisanale au Burkina-Faso s’attache à mettre en évidence les enjeux socio-économiques inhérents à la question du choix des techniques.

Les deux filières se distinguent à leurs différents niveaux (amont, production, aval)par leur configuration (groupes sociaux, produits et techniques concernés)et leur fonctionnement (relations entre les groupessociaux, circulation des produits et des techniques).

La bière industrielle est produite dans 2 usines à capitaux mixtes (nationaux et français); sa fabrication nécessite un investissement de base de 50 à 70 FCFA * par litre produit. Les matières premières (dont le malt)et les équipements sont importés. Les brasseries vendent la bière en gros, à des commerces ou des cafés qui la revendent 125 à 150 FCFA les 66 cl. La production de bière industrielle a triplé en 5 ans grâce à des aides de l’Etat (allègement fiscaux).

La bière artisanale, appelée "dolo", est fabriquée à partir de sorgho par des femmes, les "dolotières", en milieu rural ou urbain. Le matériel de production est simple et représente un investissement initial de 1 à 5 FCFA par litre. Les matières premières sont produites localement. Le dolo est vendu 50FCFA les 60 cl. au détail, sur des marchés ou dans des cabarets. Autrefois consommé lors de cérémonies, c’est actuellement un produit de consommation courante qui, malgré son bas prix, est soumis à une forte concurrence de la part de la bière industrielle, produit hygiénique et de longue conservation, symbole de prestige social.

Pour comparer les filières d’un point de vue économique, les auteurs ont analysé la valeur ajoutée nationale (VAn), critère d’efficacité, et sa répartition entre les groupes sociaux, critère de cohérence **. Le détail des calculs distingue la valeur ajoutée au niveau de la production proprement dite et au niveau des activités de commercialisation, les flux directs (taxes, consommations intermédiaires locales ou importées...)et indirects (création de revenus pour les acteurs impliqués dans des activités en amont ou aval de la production...), la part du revenu créé restant dans le pays et la part exportée.

Dans le cas de la bière industrielle, la VAn s’élève à 6250 millions de FCFA. 56 % reviennent aux ménages, 26,6 % à l’Etat. Les transferts à l’étranger représentent l’équivalent de 64 % de la valeur ajoutée nationale, soit 4000 millions de FCFA. Dans le cas du dolo, la VAn est de 3970 millions, soit les deux-tiers de celle de la bière industrielle. 96 % se répartit au niveau des ménages (revenus des dolotières et des autres artisans de la filière). Les transferts à l’étranger sont de 285 millions de FCFA. L’ importance socio-économique de la fabrication du dolo est d’autant plus marquée que l’on note son incidence élevée sur la création d’activités annexes : plus de 50 % de la VAn constitue le revenus des ramasseurs de bois, meuniers... Si l’on tient compte de la différence de prix de vente entre le dolo et la bière, on peut considérer que les consommateurs économiseraient (135-55)FCFA en consommant du dolo, ce qui représente, pour un niveau de consommation total de 500 000 hl ***, 6058 millions de FCFA que l’on peut ajouter à la valeur ajoutée nationale de la filière artisanale. Cette dernière devient alors 1,6 fois plus élevée que celle de la filière industrielle.

Cette analyse permet d’appréhender les impacts socio-économiques des filières, mais son utilisation repose sur trois approximations qui limitent sa validité :

- essentiellement quantitative, elle se heurte à la difficile prise en compte des échanges non-marchands (trocs, crédits, dons...)qu’il est difficile d’identifier mais qui sont très présents dans la filière artisanale. Dans cette même filière, le recueil des données a été essentiellement oral et effectué sur un petit nombre d’observations dont il conviendrait de valider la représentativité. Dans la filière industrielle, il faudrait tenir compte des conditions fiscales au moment de la réalisation des enquêtes.

- la comparaison suppose que les produits sont substituables. Or, la perception par les consommateurs de la bière artisanale comme "boisson-aliment" et de la bière industrielle comme élément de prestige social permettent de définir deux segments de marché extrêmes. Dans le cas d’une substitution, est-ce le budget "bière" d’un même ménage qui reste constant ou la quantité de bière consommée ?

- La valeur ajoutée nationale illustre l’efficacité économique de la filière, mais d’autres critères doivent être considérés, notamment les rapports de force des acteurs de la filière, les facteurs de cohérence culturelle et les facteurs de cohérence technique (adaptation des techniques au milieu organisationnel et social concerné). Ces critères interviennent dans les conditions d’exploitation et de reproduction, d’adoption et de sélection d’une technique.

Mots-clés

filière de production, rentabilité, coût de production, répartition des revenus, commerce, secteur informel, artisanat, ville, concurrence commerciale, technique traditionnelle, importation, investissement, flux de capitaux, transfert de capitaux, étude comparative


, Burkina Faso

Commentaire

La comparaison économique des filières bière industrielle et bière artisanale ouvre des champs de réflexion : les conséquences socio-économiques imputables au développement des produits industrialisés contribuent-elles au développement alimentaire en milieu urbain ? Les changements de styles alimentaires vont-ils dans le sens d’une généralisation des produits étrangers au détriment des productions artisanales ?

Notes

*Avant la dévaluation de 1994, 1000 FCFA= 20FF. Après = 10 FF

**année de référence : 1982.

*** La comparaison des filières a été établie sur la base de 500 000 hl de bière ou de dolo produits et consommés par an, ce qui correspond à la production moyenne d’une brasserie ou à l’activité de 1000 dolotières.

Source

Livre

GATTEGNO, Isabelle; TREILLON, Roland, Nourrir les villes en Afrique sub-saharienne, L'Harmattan, 1985 (France)

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