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Aide alimentaire en France

Besoins et attentes des familles démunies ayant un enfant en bas-âge

Pascale GERBOUIN REROLLE

11 / 1996

Depuis une dizaine d’années, on note un fort développement de l’offre d’aide alimentaire en France, notamment grâce à l’intervention de la Fédération Française des Banques Alimentaires, des Restaurants du Coeur et du Secours Populaire. L’importance revêtue par cette forme d’aide incite à connaître sa place dans la consommation alimentaire des familles ayant des enfants en bas-âge.

Dans cette optique, le CIE a mené une étude exploratoire visant à préciser l’utilisation, par les familles défavorisées, des programmes d’aide alimentaire. Les résultats de cette première étude ont suscité de nouvelles interrogations quant au recours à l’aide alimentaire, aux satisfactions et attentes des familles bénéficiaires et à la place réelle prise par les dons dans la structuration du style alimentaire de cette population. Elles ont donné lieu à une seconde étude, particulièrement axée sur les pratiques et les représentations, réalisée entre juin et octobre 1995, en Seine Saint Denis.

Recherche descriptive : pratiques et représentations de l’aide alimentaire en France

L’objectif de cette recherche étant de répondre à ces interrogations, une approche des pratiques et représentations a été choisie et la technique de l’entretien semi-directif a été retenue pour recueillir les données qualitatives nécessaires auprès d’un échantillon restreint (14 familles ayant un enfant de moins de 2 ans)mais assez représentatif des situations sociales et familiales des bénéficiaires d’aide alimentaire.

Les entretiens menés au domicile des enquêtés ont été enregistrés, puis retranscrits et catégorisés selon une grille élaborée en fonction des objectifs initiaux.

La précarité se traduit dans ces familles par une insécurité alimentaire chronique ou de crise et l’enfant devient souvent le détonateur du recours à l’aide alimentaire, par la prise de conscience de son dénuement ou sa naissance attendue. L’accès aux structures d’aide alimentaire est rarement direct, en raison de freins psychosociaux (risque de stigmatisation); la demande passe par les services sociaux et cet itinéraire renforce les attentes vis-à-vis des associations.

Parmi les besoins prioritaires figurent les produits spécifiques du jeune enfant (lait, couches, etc.)dont l’achat grève lourdement le budget des ménages. Cette demande d’aide n’est quasiment pas satisfaite. Cet état de fait peut s’expliquer par la difficultés des associations à s’approvisionner en ce type de produits mais aussi par la non-priorisation de ces besoins.

Les familles étudiées mettent en oeuvre de véritables stratégies d’approvisionnement où s’intègrent l’aide alimentaire, les hypermarchés et hard discount, mais aussi des pratiques informelles (crédit informel, récupération sur les marchés de rue, échanges et dons dans les réseaux amicaux et/ou familiaux). L’appel concomitant à plusieurs associations, parfois utilisé, permet de s’adapter aux fluctuations saisonnières de l’aide. Les attentes sociales (soutien affectif, convivialité)sont médiocrement satisfaites par les structures d’aide alimentaire. L’absence d’échanges entre bénévoles et bénéficiaires engendre parfois l’inadéquation matérielle entre demande et offre, mais surtout une méfiance latente vis à vis des produits où dates de consommation et faible statut social de l’aliment apparaissent liés.

L’impact de l’aide sur le style alimentaire se caractérise par la monotonie des menus, l’irrégularité du rythme des repas (structuré par l’aide obtenue), la rareté de la viande et des fruits et légumes. La capacité des familles à améliorer les menus par des préparations culinaires apparaît liée au savoir faire culinaire.

Les femmes de "souche" française de l’échantillon n’ont peu ou pas connu d’apprentissage culinaire. L’allaitement maternel paraît plus répandu chez les familles issues de l’émigration.

En conclusion, il semble bien que l’enfant joue à la fois un rôle de stimulant dans la recherche de leur bien être et de la sécurité alimentaire familiale mais aussi celui de maintien des repères (cycle scolaire, événèments qui lui sont liés)et des liens avec le monde extérieur. Il constitue donc un vecteur potentiel d’intervention.

Mots-clés

alimentation, pauvreté, quart monde, population défavorisée, aide alimentaire, stratégie alimentaire, enfant, association, structure d’appui, famille, système de représentation culturelle, coutume alimentaire, recherche, besoins essentiels


, France

Notes

(1)Contacts :P. GERBOUIN REROLLE, Pascale et M. CHAULIAC, CIE= Centre International de l’Enfance, Château de Longchamp, 75016 Paris, FRANCE. Tel (33)1 44 30 20 00. Fax (33)1 45 25 73 67

Source

Texte original

<GERBOUIN REROLLE, Pascale>, <CHABEAU, L.>, "Food Programmes and families in a suburb of Paris". In : Poverty and Food in Welfare Societes, Berlin : SIGMA. A paraître.

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