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L’INTA et l’organisation des petits producteurs argentins

Promotion de l’agroindustrie rurale et renforcement des organisations professionnelles locales

José CATALANO, José MUCHNIK

11 / 1996

Des petits producteurs (1)en Argentine ! N’est-ce pourtant pas le pays des pampas à perte de vue avec des gauchos menant les vaches vers l’horizon et de Buenos Aires, ville européenne au Sud de l’Amérique Latine ?...

L’Argentine, un pays en "voie de développement" ? Selon les données statistiques de 1980, en Argentine, le nombre de minifundios s’élève à 200 000. Ils constituent la majorité des exploitations agricoles des "économies régionales" (régions extra-pampéennes): plus de 60% dans les régions du Nord. Le nombre de "pauvres ruraux" atteint 2 300 000 personnes, chiffre qui peut être réévalué à la hausse suite aux difficultés des années 80. Les petits paysans d’Argentine ont fondé leur stratégie principalement sur des "cultures industrielles" destinées soit à l’agroindustrie locale, soit à l’exportation. Cette situation les a rendus encore plus vulnérables, [notamment]dans la conjoncture de crise.

Avec le rétablissement de la démocratie en 1983, l’INTA (2)décide de manière explicite de travailler avec les "minifundistes". L’organisation des paysans est considérée comme le facteur clef permettant de casser le cercle vicieux de la pauvreté, du manque de moyens et de la migration.Le travail est organisé autour d’une triple approche :

-un outil opérationnel : les projets de terrain ;

-une démarche participative : les objectifs des projets sont définis communément entre les représentants des petits paysans, de l’INTA et des autres organismes participant au projet ;

- des critères d’évaluation : définition concertée de la durée, des critères d’évaluation et de ses modalités.

En 1987, l’INTA crée l’Unité de Coordination de plans et projets de recherche et d’extension pour les producteurs minifundistes. Son programme est appuyé par un comité d’orientation contitué d’organisations gouvernementales nationales et internationales (3), d’ONG (4), des représentants des stations régionales de l’INTA. La méthodologie de travail repose sur 3 éléments de base : un message technologique, l’organisation paysanne et l’acquisition de nouvelles compétences ("capacitación").

Les innovations technologiques tiennent compte des facteurs suivants :

- le caractère familial des exploitations et le besoin d’occuper la main d’oeuvre familiale ;

- l’amélioration de la production des produits de rente, base économique de ces exploitations ;

- la diversification des productions en vue de l’autoconsommation afin de mieux assurer la sécurité alimentaire ;

- la prise en compte de la commercialisation et de la transformation des produits.

Dans le contexte actuel, le caractère "professionnel" des organisations paysannes prend de l’importance par rapport au caractère syndical et politique de ces organisations. Les projets de l’INTA ont, dans ce sens, servi de catalyseur. C’est le cas par exemple de la commercialisation du coton dans la région Nord Est Argentin, autour de laquelle se sont consolidées les organisations paysannes.

Enfin, la "capacitación" est un processus de formation continue du groupe de paysans auquel participent les producteurs et les techniciens du projet. Il s’appuie sur des travaux d’identification et diagnostic des problèmes et sur des recherches expérimentales visant à les résoudre.

C’est l’articulation de ces trois éléments qui impulse la dynamique des projets de l’INTA avec les producteurs "minifundistes".

En 1992, 22 projets étaient déjà en cours d’exécution avec des petits producteurs. Ils représentaient 8000 familles regroupées en 240 organisations paysannes de nature variée (groupements de producteurs, coopératives, etc.). La plupart des projets ont démarré sur des aspects agronomiques : amélioration de la qualité du coton par l’introduction de nouvelles variétés, production de semences pour l’horticulture, etc. Puis la question de la transformation, valorisation, commercialisation des produits s’est posée. L’intérêt de l’agroindustrie rurale (AIR)est donc apparu naturellement. Dans le cas des minifundistes argentins, la promotion de l’AIR a entraîné l’organisation des promoteurs eux-mêmes dans un programme coopératif fédérateur à caractère régional : le PRODAR (Programme Coopératif de Développement de l’Agroindustrie Rurale en Amérique Latine)afin de renforcer les synergies entre instituts de recherche et de développement, les ONG, les administrations publiques,etc. (5)

Mots-clés

développement rural, organisation paysanne, renforcement des groupes de base, petit producteur, recherche action, politique de développement, vulgarisation agricole, innovation technologique, participation paysanne, technicien et paysan


, Argentine

Commentaire

Dans la conjoncture actuelle où l’on cherche de nouvelles alternatives productives et où l’on veut changer les approches, la notion d’"agriculture élargie" fait son chemin ; sont ainsi incorporés comme éléments importants dans l’élaboration des stratégies paysannes et la formation de leurs revenus, les activités non agricoles, et sont considérées comme composantes essentielles des politiques de développement, les organisations professionnelles. En Argentine, l’agroindustrie rurale est tout à la fois une vieille tradition et un nouveau concept à mettre en valeur.

Notes

(1)minifundistes = petits producteurs.

(2)INTA= Intituto Nacional de Tecnología Agropecuaria de Argentina. Alsina 1407, Buenos Aires, Argentine

(3)Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, Secrétariat d’Etat à l’Agriculture, IICA= Institut Interaméricain de Cooperation pour l’Agriculture.

(4)INCUPO= Institut National de Culture Populaire; INDES= Institut National de Développement Economique et Social; FUNDAPAZ= Fondation pour la Paix

(5)L’AIR= Agroindustrie ruraleest un thème de recherche-développement majeur en Amérique Latine, conduit par : IICAApartado 55, 2200, San José, COSTA RICA. Fax (506)229 47 41

CIRAD-SAR= Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour leDéveloppement-département Systèmes Agroalimentaires et Ruraux. Adresse : cf. ALTERSYAL

Ces organismes collaborent au sein du PRODAR= Programme Coopératif de Développement de l’Agroindustrie Rurale en Amérique Latine et Caraïbes. Contact : BOUCHER, François(directeur exécutif du PRODAR, IICA/CIRAD-SAR).

Source

Articles et dossiers

CATALANO,José; MUCHNIK, José, Organisations intermédiaires : la voie fédérative : Argentine : Minifundistes et chercheurs : promouvoir l'industrie rurale in. Histoires de développement, 1992, 19

ALTERSYAL (Alternatives Technologiques et Recherche en Systèmes Alimentaires) - Coronado, San José, COSTA RICA c/o CIRAD-SAR, 73 rue J.F.Breton - BP 5035- 34032 Montpellier cedex 1. FRANCE - Tél. 04 67 61 57 01 - Fax 04 67 61 12 23

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