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Un exemple d’échec partiel d’un programme de crédit dans une zone agricole soumise à la sécheresse

Ramani JAYASUNDERE

03 / 1995

En Inde, le mouvement Action Aid (AA) a mis sur pied le RDT (Rural Development Trust, Société fiduciaire pour le développement rural) dans le cadre du projet d’irrigation qu’il mène dans le district d’Ananthapur. Le RDT est chargé d’octroyer des prêts aux petits fermiers pour leurs projets agricoles.

Le RDT a été conçu pour fonctionner comme un fonds rotatif. Il était prévu qu’Action Aid alloue une certaine somme pendant les premières années de fonctionnement du programme (pendant quatre à six ans), cette somme venant s’ajouter aux contributions des participants. Le fonds rotatif du RDT se compose donc des annuités allouées par Action Aid, des remboursements des prêts ainsi que de l’épargne déposée par les bénéficiaires du programme.

De petits prêts sont accordés pour des projets agricoles à des taux d’intérêt très inférieurs à ceux du marché. Les emprunts contractés auprès du RDT n’ont pas besoin d’être assortis d’un nantissement. Par contre, les membres du groupe se portent caution solidaire. Si cela n’est pas le cas, le remboursement du prêt est alors indexé sur le cycle de croissance des produits mis en culture, cycle qui détermine donc et garantit les échéances de paiement.

Cinq ans après le début du programme, un Fonds de crédit communautaire, appelé communément « emprunt de récolte », était mis en place afin de constituer une réserve d’argent conséquente pouvant être utilisée pour octroyer périodiquement de nombreux prêts. Pour cela, on faisait appel à la participation financière des membres, étant entendu que Action Aid verserait une somme équivalente au total des dépôts afin d’encourager l’épargne. Venaient s’y ajouter les remboursements des prêts accordés sur le fonds de roulement.

D’autres programmes d’épargne et de crédit étaient également mis en place, en particulier avec des groupes de femmes. Les participants étaient encouragés à épargner une certaine somme par mois et à organiser des programmes de crédit saisonniers basés sur les cycles de récolte. L’argent provenant de ces différents programmes d’épargne devait venir s’ajouter au capital du fonds rotatif.

Deux sécheresses successives survinrent un an seulement après la mise en place du Fonds de crédit communautaire, réduisant considérablement le volume des récoltes et donc les revenus des participants et diminuant ainsi la capacité d’épargne des membres qui ne pouvaient plus contribuer de façon régulière au Fonds de crédit. Par la suite, Action Aid dut augmenter sa participation pour atteindre quatre fois celle des membres afin que le Fonds de crédit puisse continuer à jouer son rôle. A un moment donné, Action Aid versa jusqu’à 200 roupies sur le Fonds de crédit pour chaque versement de 50 roupies d’un membre.

Dans le même temps, un programme de lutte contre la sécheresse était mis en place par Action Aid dans les régions où les populations étaient motivées pour travailler la terre, Action Aid leur versant un salaire pour ce travail. Les contributions des membres au Fonds de crédit étaient prélevées sur les salaires ainsi que d’anciennes sommes dues. Grâce à ce système, le nombre des bénéficiaires du Fonds de crédit augmenta.

Par la suite, quatre années successives de bonnes récoltes et de prix agricoles corrects permirent de retrouver une parité entre la participation des bénéficiaires au Fonds de crédit et celle de Action Aid.

Mais la cinquième année, une mauvaise saison des pluies entraîna un taux de remboursement très faible. Le nombre des participants au programme diminua considérablement dans la mesure où, pour obtenir un prêt, il fallait impérativement avoir remboursé le précédent dans son intégralité. Parmi les 7 715 fermiers qui avaient pu bénéficier d’un premier prêt, quatre ans plus tard, seuls 1 667 d’entre eux répondaient encore aux critères pour en obtenir un autre ; 78 % des membres avaient été contraints de quitter le programme. De plus, dès l’origine, il avait été prévu que, les années suivantes, la contribution de Action Aid au Fonds de crédit baisserait de 100 à 25 % de la participation des membres. Tous ces éléments mirent en danger la pérennité du programme de crédit, mais aussi détruisirent les groupes, cellules de base du fonctionnement du Fonds.

Dans ces conditions, l’activation du système de caution solidaire de groupe ne pouvait plus se faire normalement. De nouveaux problèmes surgirent : des prêts à l’agriculture furent accordés à des taux d’intérêt nettement inférieurs au taux du marché, diminuant ainsi progressivement le capital du Fonds. Tous ces facteurs, associés à divers problèmes d’organisation, conduisirent au retrait du programme.

Cet échec montre que ce type de programme peut très difficilement être pérennisé dans une région sujette aux sécheresses. Les prêts étant accordés pour des projets agricoles, les remboursements dépendent largement des revenus obtenus grâce aux récoltes ; le taux de remboursement est donc dépendant des conditions climatiques. Rappelons que, tant que les participants n’avaient pas remboursé leur premier prêt, ils ne pouvaient bénéficier d’un second.

Faute d’alternative, les anciens participants se trouvent à nouveau contraints d’emprunter aux usuriers.

Mots-clés

système financier, accès au crédit, milieu rural, caution solidaire, financement alternatif, influence du climat sur l’agriculture, production agricole, échec


, Inde

dossier

Microfinances pour le développement : diversité et enjeux des crédits alternatifs

Commentaire

Voici donc un cas où l’ONG qui est intervenue pour mettre en place ce programme a identifié le crédit comme étant une priorité pour la population de cette région. En fait, il apparaît que le besoin prioritaire était plutôt une intervention technique capable de mettre en place les moyens nécessaires pour obtenir des récoltes suffisantes en région sèche.

Avant de mettre en place un projet, il est très important de bien étudier la région cible. C’est manifestement ce qui n’a pas été fait dans le cas présenté ici. De fait, le système a été conçu de telle façon qu’il était complètement dépendant de conditions climatiques aléatoires sur des terres non aménagées. De même, il est fondamental de bien étudier les besoins des habitants de la région. Dans le cas présenté ci-dessus, le besoin fondamental et premier était de réussir à mettre en place des activités agricoles adaptées à un climat aléatoire ; le besoin de crédit était en fait secondaire.

Notes

Fiche extraite de « Access : Savings Credit 2 : The Design, par Ramani Rayasundere, publié par IRED International, Colombo (Sri Lanka), février 1995, p. 13-14, rédigée à partir du chapitre « Savings and Credit : The NGO Factor, Role of NGOs ».

Fiche originale en anglais, traduite par Agnès Cunegatti (RITIMO).

Source

Livre

SANJIVI, M., Action Aid India, 1992 (INDE)

INASIA (Initiative in Research and Education for Development in Asia) - 64 Horton Place, Colombo 7, SRI LANKA - Tél. 94 1 695481 - Fax 94 1 688368 - Sri Lanka - www.inasia.lk - inasia (@) dialogsl.net

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