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Le Mangaung Development Trust (MEDET) à Bloemfontein (Afrique du Sud)

Agnès CUNEGATTI

06 / 1996

L’État libre d’Orange est situé au coeur de l’Afrique du Sud. C’est toutefois une région économiquement marginalisée : les mines d’or sont maintenant fermées et l’agriculture est en déclin. On assiste donc à une augmentation massive du chômage, encore plus rapide que dans les autres régions (40 % de la population est au chômage) et donc au développement d’un flux migratoire, en particulier vers le Transvaal. Aujourd’hui, c’est l’Etat qui y est le principal employeur.

Mangaung est la principale township de la périphérie de Bloemfontein, la capitale de l’Etat. Plus de 350 000 personnes y vivent. Davantage encore que dans d’autres régions, les townships de cet Etat se distinguent par le manque d’activités économiques. La dépendance vis-à-vis des villes « blanches » est totale. Le faible capital généré va donc vers la ville, sans réinvestissement dans la communauté.

Les fondateurs du MEDET (Mangaung Development Trust, Société fiduciaire de Mangoung pour le développement) étaient auparavant engagés dans l’animation communautaire et l’alphabétisation. Par la suite, ils ont voulu, comme dans d’autres townships, créer un organisme pour démarrer une action sur le plan économique. Le MEDET a donc commencé ses activités en janvier 1992 en tant que fonds de crédit et intermédiaire financier.

Le MEDET et ses clients doivent faire face à deux handicaps :

  • le manque de confiance des gens dans leur capacité à entreprendre

  • le manque de capital à tous les niveaux : pour l’habitat - de nombreux camps de squatters s’installent à Mangaung et sont d’une rare misère- et pour la création d’emploi, les banques refusant l’accès aux crédits, y compris aux petits crédits.

Le MEDET répond à la volonté des gens de dépasser le stade de la survie qui est jusqu’à présent le lot de beaucoup.

La fonction principale du MEDET est l’octroi de crédits pour l’habitat et la petite entreprise. Il bénéficie d’un effet de levier sur l’épargne qui va de 1 à 8. Une ligne de crédit de 3 millions de Rands (soit 5,2 millions de FF 1993) fournie parl’USAID et domiciliée à la Banque du Futur (Future Bank) permet l’application de ce levier. Cette dernière fait office de guichet pour toutes les opérations de crédit aux particuliers. Les crédits sont prioritairement accordés pour le maintien de l’emploi actuel, pour des activités commerciales et de petit artisanat, en particulier dans la construction. Certains artisans ont aussi créée des unités de transformation du bois et du cuir et des unités de ferronnerie.

Le MEDET travaille avec près de deux cents petits groupes, formés de cinq personnes ou moins. Les groupes sont chargés de collecter l’épargne et de la gérer sous forme de groupements solidaires. Chaque groupement se choisit un délégué qui le représente auprès du MEDET. L’épargne est déposée à la Banque du Futur, et réinvestie dans les townships par le biais des crédits. Le MEDET accorde lui-même des prêts.

Le MEDET s’occupe particulièrement de la préparation aux prêts et du suivi-accompagnement des emprunteurs :

  • il reçoit ou visite les délégués de groupes ou les entrepreneurs individuels,

  • il remet et explique le formulaire de crédit ; en cas de besoin, le délégué de zone appuie les demandeurs, vérifie que le montant du prêt est adéquat et que la capacité d’épargne du demandeur est réelle. Les groupes évaluent aussi entre eux leurs demandes de crédit,

  • il dispense une formation de base sur les instruments de gestion (livre de caisse, plan de trésorerie) qui prend place après la constitution et l’organisation des groupes.

Dès l’accord du comité de crédit du MEDET, les bénéficiaires peuvent retirer leurs crédits auprès de la Banque du Futur.

Le rythme des visites et du suivi assurés par les délégués de zone du MEDET est progressivement ralenti de façon à ce que le groupe évolue graduellement vers l’autonomie de décision et d’action. Bien que leurs coûts soient élevés, il arrive que des formations personnalisées soient dispensées.

Les crédits ne dépassent pas 2 500 Rands (soit environ 4 300 FF 1993). Pour les crédits productifs, le taux d’intérêt est de 23 % l’an, sur lesquels 6 % sont attribués aux frais de formation et 3 % aux frais d’assurance (ceux-ci seront réinvestis au terme de l’exercice financier).

La principale limite à cet appui est qu’il ne finance que les fonds de roulement et non les équipements, les crédits étant insuffisants. C’est par la progressivité du crédit que des financements à plus long terme pourront être possibles. Les négociations avec la banque ont conclu à un partage graduel des risques : 33 % pris en charge au terme de la première année par la banque si le taux de recouvrement est de 95 %, 50 % pris en charge par la banque dans les mêmes conditions au terme de la seconde année, le MEDET assumant les autres risques.

Mots-clés

institution financière, structure d’appui, système d’épargne et de crédit, emploi, migration, accès aux systèmes financiers, méthodologie


, Afrique du Sud

dossier

Microfinances pour le développement : diversité et enjeux des crédits alternatifs

Commentaire

Cette organisation est représentative d’une prise en charge par les habitants eux-mêmes d’un ensemble de problèmes liés à la création d’emplois stables. L’impact de ce qui est réalisé agit directement sur le flux migratoire. On peut remarquer l’effort d’articulation entre le formel et l’informel avec l’introduction d’instruments financiers classiques appropriables par des personnes aux conditions de vie modeste.

Source

Rapport

TAILLEFER, Bernard, DAVIAUD, Emmanuelle, GREZAUD, Jean Pierre, LESAFFRE, Dominique, Mutualité Finances Développement, CRIAA, SIDI, RAFAD, 1993/04 (France)

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