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ECHOPPE, programme urbain de petits prêts au Togo

Agnès CUNEGATTI

06 / 1996

Le projet ECHOPPE (Echange pour l’organisation et la promotion des petites entreprises) travaille avec les habitants les plus démunis et les plus défavorisés de Lomé. Il les aide à démarrer de petits commerces dans le secteur informel de l’économie. Il a deux activités principales : accorder de petits prêts aux femmes et aider de jeunes artisans défavorisés à se former et à entreprendre des activités artisanales et novatrices. ECHOPPE a également ouvert trois magasins appelés « Artisans du Soleil » au Togo, au Bénin et en France pour aider ces artisans à écouler leurs produits.

Le programme ECHOPPE a débuté en 1986 au Togo. Toutefois, de novembre 1992 à juillet 1993, le pays a été affecté par une grève générale, des milliers de personnes ont quitté Lomé, fuyant la violence et ses corollaires et ECHOPPE a dû remettre ses activités en place après 1993. Il a commencé le même programme au Bénin en 1994.

Le projet du Togo a démarré lentement, avec un fonds de prêt de 200 000 F CFA (1 000 FF) et un seul employé travaillant à plein temps. Aujourd’hui, les deux programmes du Togo et du Bénin comptent chacun deux équipes, composées chacune d’un banquier et d’un assistant social. Au départ, le programme a été financé pour un tiers par OXFAM (Grande-Bretagne), le reste provenant principalement des églises et du gouvernement français.

1. Le programme des petits prêts s’inspire de la Grameen Bank ainsi que du système traditionnel d’épargne appelé « Yes-yes » dans lequel les participants versent quotidiennement pendant un mois une somme fixe à un banquier ambulant, lequel leur reverse l’intégralité de la somme moins un jour de versement en fin de mois.

Ce sont le plus souvent les services sociaux, les églises ou les organismes qui travaillent avec les pauvres qui envoient les candidates au prêt. D’autres se présentent sur les conseils d’un ami. Quand une femme se présente pour bénéficier d’un prêt, on lui demande toujours de quelle façon elle a eu connaissance du programme. Si c’est par l’intermédiaire d’une bénéficiaire, le projet vérifie si cette personne rembourse régulièrement son prêt. Si c’est le cas, le prêt est accordé rapidement ; dans le cas contraire, on répond qu’elle pourra bénéficier elle aussi d’un prêt quand son amie aura remboursé le sien. Ce système de recommandation est un facteur clé de la réussite d’ECHOPPE

Le processus du prêt comporte deux étapes. Tout d’abord, la candidate se présente au bureau d’ECHOPPE pour un entretien avec un assistant social qui lui pose des questions sur sa situation familiale et financière ainsi que sur son expérience en matière de commerce. L’équipe se rend alors chez elle pour se rendre compte par elle-même du nombre et de l’âge des enfants, de leur état de santé, etc., et réfléchir aux moyens d’aider la famille. En effet, beaucoup de non-remboursements s’expliquent par la naissance d’un bébé, une maladie grave ou un décès dans la famille. Ce volet de suivi social est très important car il aide à combattre les causes profonde de la pauvreté. Il porte essentiellement sur trois domaines : planification familiale (prise de rendez-vous dans les centres de planification, etc.) et prévention du SIDA (sensibilisation, vente de préservatifs, etc.), prévention du paludisme (vente de moustiquaires d’occasion, etc.) et malnutrition (recherche et enseignement de recettes équilibrées et bon marché à base de produits locaux, etc.).

Les candidates peuvent recevoir jusqu’à six petits prêts échelonnés. En général, le prêt initial s’élève à 20 000 F CFA (100 FF)remboursables en un an et assortis d’un taux d’intérêt de 15 % si les remboursements sont effectués au bureau du projet ou à un point de collecte précis (les centres sociaux par exemple) ou de 18 % si un agent de recouvrement se déplace pour collecter l’argent. Si le remboursement s’avère difficile et dure plus d’un an, aucun intérêt supplémentaire ne vient s’ajouter à ces taux. En effet, les retards sont souvent dus à des problèmes sociaux, de sorte qu’une augmentation des intérêts sous forme de pénalités ne ferait qu’aggraver les difficultés financières de la famille. Quant aux prêts remboursés en huit ou dix mois, ils portent le même taux d’intérêt, mais ils donnent accès presque immédiatement à un autre prêt qui peut être plus important. Les prêts suivants peuvent être plus importants que le premier, mais ils ont rarement dépassé 40 000 F CFA (200 FF). Le taux de recouvrement du programme des petits prêts est d’environ 92 % (intérêts inclus).

Même si les candidates à un prêt sont libres de choisir ce qu’elles veulent vendre, les prêts ne doivent servir qu’à l’achat de stocks de marchandises. Parmi les activités des femmes, la vente de nourriture (beignets, riz aux petits pois, foufou…) est celle qui s’avère la plus rentable. Le programme fournit parfois des conseils sur l’utilisation des prêts, mais on s’est aperçu que les femmes savaient très bien ce qu’elles faisaient et avaient souvent de l’expérience dans l’activité choisie.

En parallèle aux activité de crédit, le programme encourage les bénéficiaires à épargner. Les sommes économisées sont collectées en même temps que le remboursement des prêts.

2. En ce qui concerne le programme d’aide aux jeunes artisans, au départ, ECHOPPE se contentait de leur accorder des prêts pour l’achat d’outils. Mais il s’est vite avéré que le manque d’outils et l’impossibilité d’accéder aux prêts (si ce n’est à des taux usuriers) n’étaient pas le seul problème de ces jeunes artisans. Ils avaient surtout besoin d’une formation et d’un suivi. La formation consiste à spécialiser chaque artisan, à l’aider à bien fabriquer un ou deux articles de façon à s’assurer que ces produits pourront être vendus dans les magasins « Artisans du Soleil ». Les prix sont étudiés en faveur des producteurs. Les objets sont variés et s’inspirent parfois de l’artisanat traditionnel, mais, surtout, ils sont pratiques et fabriqués à partir du matériel local. ECHOPPE pratique un système d’avance sur présentation de commande qui s’avère plus efficace que les prêts. Malgré une demande pressante, le projet travaille seulement avec les sculpteurs, les tailleurs et les tisserands. Le projet a déjà atteint les limites de sa capacité avec 75 artisans et une liste d’attente de 150 tailleurs rien que pour le Bénin !

Mots-clés

milieu urbain, crédit, femme, commerce, jeune, artisan, institution financière, accompagnement social, méthodologie


, Togo, Bénin

dossier

Microfinances pour le développement : diversité et enjeux des crédits alternatifs

Commentaire

ECHOPPE est l’un des rares programmes urbain de crédit destinés au pauvres. Son efficacité et son succès reposent sur plusieurs éléments : une approche expérimentale et une souplesse favorisant l’adaptation du programme aux participantes, une volonté d’aider les femmes en leur accordant des prêts qui leur permettront de démarrer sans être écrasées sous le poids des remboursements, le respect de leurs connaissances, le travail avec les individus (en ville, il est difficile de travailler avec un groupement ou une association), un suivi sanitaire et social de la famille qui permet que les efforts entrepris contribuent réellement à l’amélioration des revenus de la famille.

Notes

Brochure parue dans la collection Projets de développement des terres arides, n° 6.

Source

Récit d’expérience

Réseau d’information des terres arides (RITA), 1995/07 (SENEGAL)

CEDIDELP (Centre de Documentation Internationale pour le Développement les Libertés et la Paix) - 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris, FRANCE - Tel 33 (0) 1 40 09 15 81 - France - www.ritimo.org/cedidelp - cedidelp (@) ritimo.org

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