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L’association Passerelle offre à des salariés de grands groupes industriels d’assurer une mission temporaire dans une entreprise petite ou moyenne

Cette formule de travail en temps partagé favorise au moindre coût la mobilité des spécialistes et permet l’instauration de relations durables

Jean WERQUIN

12 / 1996

Origine. PASSERELLE est une association sans but lucratif (loi de 1901), déclarée en décembre 1993. Trois cabinets de conseil - ORHUS, CENAS et EXTERVENTION - ont uni leurs compétences respectives sur les grands groupes industriels et sur les petites et moyennes entreprises (PME)pour fonder le Cabinet CENORH. Celui-ci, après une étude en Ile de France sur 350 PME, a constaté que quatre dirigeants sur dix seraient prêts à offrir des missions temporaires à des cadres (executives, ejecutivos)de grandes entreprises, en divers domaines : fonction commerciale, ressources humaines, informatique, gestion financière. Pour répondre à ce besoin sans engager de coûts excessifs, CENORH a lancé l’association PASSERELLE, à laquelle ont adhéré en 1994 dix grands groupes (soit un potentiel de 50 000 cadres)et plusieurs PME.

Modalités de réponse. CENORH, par démarchage téléphonique insistant, détecte sur la France entière les PME à dominante industrielle éprouvant le besoin temporaire d’un spécialiste, sans pour autant être en difficulté. Un "permanent" de CENORH, issu du monde des PME, établit avec le demandeur une fiche d’intervention explicative, puis l’adresse à tous les "chefs de projet PASSERELLE" : un par grand groupe adhérent. Le chef de projet recherche les salariés de son groupe susceptibles d’y répondre, avec trois conditions : compétence, disponibilité, volontariat. Il revient à CENORH de sélectionner un candidat et de le présenter au demandeur. S’ils sont d’accord, CENORH prépare un "contrat de détachement", sous forme d’un avenant au contrat de travail de l’intéressé. Celui-ci reçoit, le cas échéant, une préparation appropriée. Un tel "détachement" ne modifie pas la situation administrative de la personne concernée. Elle reste employée de son groupe, qui continue à lui verser l’intégralité de sa rémunération. Elle conserve tous ses droits sociaux dans son groupe et, en fin de mission, y retrouve son emploi ou un emploi équivalent. La PME bénéficiaire est civilement et pénalement responsable en cas d’accident, et ne peut sanctionner la personne qu’en mettant fin au "détachement". Cette personne peut aussi, moyennant un préavis négocié au préalable, cesser sa mission. Toutes ces clauses sont précisées dans le contrat, qui définit aussi la durée de la mission (généralement, de quelques mois à une année), sa cadence (d’un jour par semaine au temps plein), et les conditions de travail : horaires, règlement intérieur de la PME, discrétion professionnelle. Une "convention PASSERELLE", conclue au même moment entre le grand groupe et la PME, précise les conditions financières d’un tel prêt ; le grand groupe facture mensuellement à la PME le salaire de l’intervenant, proportionnel au temps passé et majoré des charges sociales légales et conventionnelles. Enfin, les honoraires de CENORH restent à la charge des grands groupes adhérents, sous forme de droits d’entrée et de cotisations annuelles.

Premiers résultats. Bien que récente, l’expérience s’avère prometteuse d’après les premiers comptes rendus. En août 1994, après une année de pratique, 228 rendez-vous du prospecteur CENORH dans les PME avaient abouti à 85 demandes (soit un taux de 37%), dont les 4/5 ont conduit à des fiches d’intervention. 20 détachements ont eu lieu en 1994, et une quarantaine en 1995. Il s’agit, pour ses promoteurs, d’une forme de "travail en temps partagé" qui intéresse à la fois les grands groupes (meilleur emploi de leur personnel), les PME (réponse au juste prix à un besoin temporaire)et les candidats au "détachement" (enrichissement d’expérience, occupation de transition pour préparer un éventuel changement d’employeur). En témoigne le fait que la formule, initialement destinée aux PME, intéresse aussi les collectivités locales, certaines administrations, les services de l’Union européenne et même l’Europe de l’est des contacts ont été pris dans toutes ces directions. En France, les principales applications étaient concentrées (fin 1995)dans les régions de PARIS et LYON. Quant aux activités concernées, elles sont très diverses et vont jusqu’au remplacement temporaire d’un directeur. Cependant, quatre secteurs dominent : la qualité, les ressources humaines, le marketing, l’informatique.

Une monographie de mars 1995 résume ainsi les enseignements de la formule. Les points forts : optimisation des ressources humaines dans les grands groupes ; gains de compétitivité dans les PME, renforçant leur tissu, dont ont aussi besoin les grands : il en résulte une synergie entre grands et petits. Les points faibles : les réticences de certains cadres et techniciens, et parfois aussi de leur chef direct. Une particularité : actuellement du moins, la grande majorité des grands groupes concernés ont leur siège social en Ile de France. Les enquêteurs en concluent que la formule offre de sérieux avantages pour les entreprises et pour leur personnel, et que sa reproduction est possible et souhaitable dans des contextes variés, sous réserve de quelques aménagements.

Mots-clés

entreprise, petite et moyenne entreprise, mobilité professionnelle, gestion d’entreprise, travail, association


, France, Ile-de-France, Rhône-Alpes, Paris, Lyon

Commentaire

Cette formule n’est pas sans analogie avec une convention de l’UNEDIC début 1995, qui permet à des chômeurs d’aider temporairement des entreprises. Elle peut aussi être rapprochée de la mesure gouvernementale de 1990, précisée en 1993 et intitulée "diagnostic court en entreprise", où une intervention de l’ordre de trois jours est financée sur fonds publics. Ce simple énoncé montre bien qu’il n’y a aucun double emploi, mais bien plutôt une complémentarité utile aux PME. En dépit des termes utilisés, le procédé présente deux traits originaux :

le "détachement" pratiqué dans la fonction publique suppose aussi le triple accord du service de départ, du service d’accueil et de la personne concertée. Mais la distribution des pouvoirs est différente, et la rémunération du fonctionnaire détaché est souvent modifiée. Le "temps partagé", défini par l’ANDCP comme "une organisation de travail où un praticien met ses compétences à la disposition de plusieurs entreprises ou organismes", est aussi appelé "travail à multi-employeurs". Ici, l’employeur est unique, et la démarche des intéressés est d’origine associative. Enfin, l’absence de but lucratif favorise les synergies et la constitution de réseaux. Le lien social en est resserré, la solidarité entre petites et grandes entreprises se renforce. Cela dépasse donc de loin le souci des employeurs de faciliter la mobilité externe de leurs cadres. La formule PASSERELLE mérite d’être amplifiée et d’essaimer. Il sera intéressant d’en suivre l’évolution plus récente, déjà en cours.

Notes

Voir "L’entreprise engagée" publié par le CIME en 1995 (éditions L’Harmattan, Paris)

Source

Rapport

AGIR=Association générale des intervenants retraités, 1995/03 (France)

CIME (Comité d’Information et de Mobilisation pour l’Emploi) - CIME a cessé de fonctionner en mars 2007. - France

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