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Contribution volontaire pour la viabilisation des infrastructures routières de la ville de Sikasso, Mali

Amadou Baba DIARRA

05 / 1995

Sikasso, 3e région économique du Mali, est une zone de production agricole abondante et d’intenses activités commerciales. Une telle région devrait être pourvue en infrastructures routières viables pour permettre d’accroître davantage l’activité commerciale. Cependant le chef-lieu de région, Sikasso, est complètement démuni en routes bitumées.

C’est ainsi qu’au début de l’année 1994, profitant de la présence à Sikasso d’une entreprise française de construction, venue pour bitumer la route nationale Bamako-Sikasso, les Sikassois - spécifiquement les commerçants et les transporteurs de la ville - ont suggéré à la municipalité un projet de bitumage des grandes artères de la ville de Sikasso et d’entretien par un système de financement perpétuel: "Notre ambition est de faire en sorte qu’au-delà de la construction des routes, l’on arrive, par une mobilisation globale des ressources financières et humaines, à les entretenir afin de les protéger de la dégradation", dit le Maire de Commune de Sikasso, Mamadou Koné.

Une commission fut donc mise sur pied, comprenant les représentants des populations et les agents de la Mairie, pour étudier la viabilité d’un tel projet et faire toutes les propositions nécessaires à sa réussite. On misa sur un financement local, à partir des ressources propres des bénéficiaires. Ainsi instaura-t-on à Sikasso une souscription d’argent appelée contribution volontaire pour la viabilisation des artères principales de la ville de Sikasso.

La commission de suivi de l’initiative a estimé le coût de l’entreprise de bitumage à 450 millions de Fcfa; pour acquérir ces fonds de vastes opérations de sensibilisation ont été menées à l’endroit de la population de Sikasso mais aussi de toute la région. L’on est parti du principe suivant : Sikasso étant le chef-lieu de région, la viabilisation de ses infrastructures routières est l’affaire de toute la région. Et ceci d’autant plus qu’elle est le centre commercial de toute cette zone. En sa qualité de carrefour d’affaire et de ville frontalière avec le Burkina-Faso et la Côte-d’Ivoire, elle enregistre tous les jours un impressionnant trafic routier. Il est donc normal que la réhabilitation de ses réseaux routiers reçoive le concours matériel de tous les habitants de la ville et de la région, puisque tous en bénéficient plus ou moins directement.

Ces propos d’un chauffeur illustrent bien cet état d’esprit : "La viabilisation des infrastructures routières de Sikasso est une oeuvre très noble ; y contribuer est un devoir moral pour tous les transporteurs et commerçants qui sont les premiers exploitants de ces routes, et même pour toute la région car cette oeuvre est une fierté régionale".

La confection de panneaux et affiches, les séances de collecte d’argent à travers la ville et la région, l’organisation d’une tombola une fois par trimestre ainsi que l’installation des boîtes à souscription aux entrées de la ville, ont constitué l’essentiel de la sensibilisation et ont permis de collecter d’importantes sommes. Il a été également demandé et acquis que tous les travailleurs de la région (fonctionnaires et agents privés)fassent une souscription mensuelle de 100 à 300 Fcfa (100 Fcfa=1FF)suivant les avoirs des uns et des autres.

De plus, beaucoup de techniciens et ingénieurs originaires de Sikasso s’engagèrent pour réaliser les études techniques et faire un suivi constant des travaux de réhabilitation.

"Au fur et à mesure que se multipliaient ces démarches de sensibilisation", explique le Maire, "les populations se sont montrées de plus en plus intéressées en se plaçant à la hauteur de l’événement par leur contribution... D’autant plus que, pour une fois, tous les garde-fous sont mis en oeuvre pour qu’elles puissent s’assurer de l’utilisation judicieuse de leur argent, ce qui est tout à fait nouveau". Ces propos sont assez révélateurs de la volonté de transparence dans la gestion, de la soif de contrôle des populations sur les actions menées en leur nom. Il était impérieux de jeter les jalons d’un système qui a priori, ne laisse aucune place aux gestions hasardeuses, et de façon générale, au manque de précisions. Au début, les contributions ont été timides, mais la sensibilisation sur les antennes de radios locales ainsi que la publication du compte-rendu périodique (une fois par trimestre)de la situation financière ont vite fait de motiver les gens à plus de contribution. La transparence était indispensable notamment pour briser la méfiance des administrés qui gardaient un triste souvenir du comportement peu honorable de certains responsables; c’est pourquoi la municipalité a tenu à ce que les représentants de la population participent à la commission de suivi et qu’un compte régulier du rythme d’entrée et d’utilisation des fonds soit fait par voie de presse. Les résultats des six premiers mois de quête s’élèvent à 24 millions de Fcfa, ce qui permet de bitumer déjà quelques tronçons. Le dossier technique fin prêt, les travaux ont démarré et la grande "Avenue de l’OUA" qui traverse le centre ville est déjà entièrement bitumée. Au regard de ces résultats, l’espoir est permis. Comme en témoigne cette phrase d’un transporteur :"L’amorce de la première phase, celle du bitumage, annonce sous de meilleurs auspices la seconde phase, la plus importante, consacrée à l’entretien perpétuel de nos goudrons". L’élan enthousiaste et l’adhésion massive de la population laissent entrevoir un bel avenir. "Nos perspectives, c’est d’assurer, avec ce système de contribution volontaire, une véritable urbanisation de la ville de Sikasso".

L’engouement est là mais on peut juste reprocher le rythme un peu lent des entrées de fonds. La bourse a du mal à suivre la pelleteuse.

Mots-clés

décentralisation, autofinancement, infrastructure des transports, moyen de transport, aménagement urbain, participation populaire, développement autonome, milieu rural


, Mali, Mali région Sud

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Pour un partenariat entre habitants et collectivités locales en Afrique

Expériences de démocratie participative

Commentaire

Le sens civique élevé de la population a été jusqu’ici un facteur déterminant dans le progrès de cette entreprise. La population, responsabilisée dès le début, a compris qu’une participation matérielle et morale de sa part à l’entreprise de viabilisation des infrastructures routières, était - sinon un devoir -une obligation. Il apparaît clairement que la population, quand elle est vraiment impliquée dans une initiative, se l’approprie. Le projet a ainsi plus de chance d’aboutir que lorsqu’il est initié et imposé par le haut. La sensibilisation n’est pas étrangère à un tel degré de civisme dans la mesure ou elle explique que l’aménagement des routes est une oeuvre de développement local. Sur ce sujet, les propos suivants du Maire sont assez significatifs : "Il est temps de savoir se prendre en charge... Nos problèmes seront mieux et plus vite traités si nous-mêmes, nous nous y attelons".

En mettant la population au coeur de tout le processus, par un système d’information adéquat, et en refusant ainsi de la marginaliser, l’on aboutit à une dynamique globale, à une synergie en faveur du développement local.

La preuve est une fois de plus donnée que la population doit être maîtresse de son propre développement. C’est ce qui peut garantir un développement harmonieux et durable.

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée entre 1994 et 1995. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : "On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation", FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Source

Enquête

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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