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L’association des exploitants agricoles motorisés de Kodialanida au Mali

Des pièces détachées aux céréales, on mise sur la communauté !

Amadou Baba DIARRA, Marie Laure DE NORAY

08 / 1995

Il y a une trentaine d’années, une association d’un genre original voyait le jour dans la région Mali-Sud, zone agricole par excellence, dont la culture dominante encadrée par l’Etat est le coton. A l’époque, quelques agriculteurs propriétaires de machines agricoles se regroupèrent, sur les conseils avisés d’un agent de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), pour résoudre les problèmes de maintenance de leurs précieuses machines. En effet, les exploitants motorisés éprouvaient de grosses difficultés quant à la réparation de leurs machines et à l’acquisition des pièces détachées.

C’est ainsi que les sept premiers adhérents de l’Association des exploitants motorisés de Kodialanida (AEMK) mirent en commun les moyens nécessaires à la constitution d’un stock de pièces détachées, puis d’un atelier.

Au fil du temps et des péripéties du secteur agricole, l’association a évolué, conservant cependant sa principale caractéristique : regrouper des paysans motorisés installés dans l’arrondissement central de Sikasso (principale ville de la région Mali-Sud). Aujourd’hui, l’AEMK compte 15 membres, producteurs de coton bien sûr, mais aussi de céréales. « L’adhésion est libre et volontaire » comme le précise le président Bema Sangaré. Ses activités se sont sérieusement diversifiées puisqu’elle a intégré dans les années 80, le stockage et la commercialisation des céréales. « Avant, les céréales que nous produisions individuellement étaient achetées par l’Etat par l’intermédiaire de l’OPAM (Office des produits agricoles du Mali). Mais après la décision de l’OPAM de ne plus commercialiser les céréales, nous n’arrivions plus à écouler nos céréales et on a beaucoup gaspillé. On a donc décidé de redynamiser notre association pour qu’elle achète puis commercialise nos céréales, pour tenter de combler le vide laissé par le désengagement de l’OPAM. L’association paie sur fonds propre la quantité de maïs que chaque membre veut vendre, les bénéfices après revente vont à l’association. » explique Bema Sangaré.

Pour mener à bien l’activité commerciale, l’association a fait construire un magasin au marché de Sikasso, ainsi que deux centres de stockage dans des quartiers de la ville. Cette activité permet aux paysans motorisés d’écouler à bon prix plus de 50 tonnes des céréales par an.

Outre l’appui technique et économique, l’AEMK est un lieu d’échange et de réflexion où peuvent être abordés les divers problèmes relationnels des uns et des autres (conflits au sein de la famille ou même entre les membres de l’association). Dès les premières années, l’association a intégré, parmi ses activités secondaires, un volet social : ainsi, en 1969, procéda-t-elle à l’alphabétisation de tous ses membres.

Comment fonctionne cette association, qui apparemment, ne lésine pas sur les moyens ? Le principe est simple : l’adhérent paie la somme de 15.000 Fcfa (150 FF) lors de son accès à l’association. Il est ensuite redevable soit d’une somme de 150.000 Fcfa qu’il peut payer sur trois ans, soit d’un stock de 10 tonnes de céréales. Ces conditions d’accès sont très élevées si on les compare à celles des associations paysannes plus classiques, mais les contreparties sont à la hauteur des efforts fournies. Les réparations des machines (pièces et main d’oeuvre), par exemple, sont entièrement prises en charge par l’association. De plus, en adhérant, vous avez la garantie que votre stock de céréales ne vous restera pas sur les bras…

L’organisation de l’association suit le schéma classique. Elle est constituée d’un bureau exécutif de 8 membres : un président, un secrétaire administratif, un secrétaire et un adjoint en charge de l’organisation, un trésorier et son adjoint, un secrétaire et un adjoint chargés des conflits. La présence de ces deux derniers prouve l’importance de la gestion des conflits dans les préoccupations de l’association. C’est certainement une des principaux atouts qui expliquent la longévité et la constance de cette association dont le prestige et la crédibilité ne font pas défaut dans l’arrondissement. Sans oublier la transparence et son corollaire : la confiance, dont le président est très fier : « depuis notre création, je me suis personnellement engagé pour qu’il y ait un maximum de transparence autour de l’utilisation et la destination des fonds communs. Dieu merci, aujourd’hui la confiance règne entre nous et nous permet de faire des choses utiles. »

Mots-clés

organisation paysanne, solidarité, développement économique, équipement agricole, commercialisation, agriculteur, désengagement de l’Etat, milieu rural


, Mali

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

Par le nombre de ses adhérents, cette association paraît sans grande importance. Cependant, elle joue un rôle non négligeable au niveau de l’arrondissement (circonscription équivalant à un canton français) surtout en ce qui concerne la commercialisation des céréales produites sur place. Se substituant à l’OPAM dans cette tâche, elle a trouvé une solution locale au désengagement de l’Etat. Il s’agissait alors d’un abandon conjoncturel lié à la non-rentabilité de l’organisme d’Etat. Dans le cadre de la politique de décentralisation qui se met en place actuellement au Mali, et qui se traduira, cette fois, par un retrait structurel de l’Etat, l’association des exploitants motorisés peut être un exemple à suivre par les « gros » agriculteurs d’autres circonscriptions de Mali-Sud ou même d’autres régions du Mali. Mais précisons qu’au Mali le nombre de producteurs agricoles motorisés est très faible et que ceux-ci se situent essentiellement dans la région Sud.

Assurer au niveau local une maintenance satisfaisante des machines agricoles ne peut qu’encourager le développement et la modernisation de l’agriculture. On sait que très souvent, le plus difficile n’est pas d’acquérir du matériel sophistiqué (les bailleurs de fonds n’en ont-ils pas assez distribués ?) mais plutôt d’entretenir ce matériel, faute de compétence ou d’accessibilité des pièces de rechange. L’idée même de créer une structure pour résoudre spécifiquement ce problème ne pouvait qu’être porteuse. Mais outre l’idée, la personnalité du leader compte beaucoup dans la réussite et la constance d’une telle initiative. La volonté de résoudre les conflits, y compris ceux qui n’ont rien à voir avec l’activité professionnelle ne traduit-elle pas un réel souci d’altruisme et d’harmonie ?

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée en 1994. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation, FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Source

Enquête ; Présentation d’organisme

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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