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La Fédération des maraîchers de Falla Soninkoura Comatex au Mali

Reconversion réussie pour des victimes de la crise économique

Amadou Baba DIARRA

06 / 1995

A Ségou, deuxième ville du Mali, un certain nombre d’employés « compressés » (personnel licencié à la suite des restrictions économiques des entreprises d’Etat) se sont reconvertis dans le maraîchage et ont créé la Fédération des maraîchers de Falla Soninkoura Comatex. Outre l’intérêt économique de cette reconversion pour les familles des compressés, cette activité crée une dynamique sociale conséquente dans la ville. Née en 1993 à la suite de la fusion de 9 associations, la fédération couvre 52 ha de terre le long du fleuve Niger. 20 ha appartenant à la commune de Ségou ont été offerts par la municipalité et les 32 autres ha ont fait l’objet d’un contrat-bail entre la fédération et l’Office du Niger (ON) propriétaire de ces terres, chaque exploitant versant 10 Fcfa par mois et par m². La fédération compte 600 exploitants dont 70% d’ouvriers compressés de la Comatex (importante entreprise textile d’Etat) et de l’ON, 15% de retraités, 5% de femmes et 10% de fonctionnaires (en majorité des enseignants).

La fédération a pour objectifs : la promotion de la culture maraîchère à Ségou, l’organisation des producteurs maraîchers, la défense et la sauvegarde des intérêts économiques et moraux des membres, l’entraide entre les associations affiliées.

Ces objectifs découlent de deux priorités : l’autosuffisance de Ségou en produits maraîchers et la résolution des difficultés sociales des compressés.

La naissance de la fédération tient est due à la volonté des employés compressés des industries de retrouver une situation sociale viable, mais surtout à l’engagement et l’omniprésence d’un homme, Monsieur Namory Keïta, ingénieur agronome, fonctionnaire à la division « promotion rurale » de l’Office Riz, qui s’est personnellement investi auprès de la Comatex et de l’ON afin de trouver des lopins de terres pour les compressés. Alors que les uns et les autres avaient toujours en tête les mésaventures de leur vie associative passée, il a su imposer l’idée de fédération, invoquant que sans l’union des coeurs et des forces, il est impossible d’atteindre un juste développement du maraîchage et un profit acceptable pour les exploitants.

L’autosuffisance de la ville de Ségou en produits maraîchers passait par un abandon des anciennes habitudes, c’est pourquoi les maraîchers ont, sous la direction de l’ingénieur agronome, apporté des innovations techniques. De nouvelles variétés de plantes ont été introduites. Elles permettent d’étaler le maraîchage sur toute l’année et non plus sur la seule période froide comme il était de coutume à Ségou. Citons, pour exemple, les choux « cacacros » qui prennent le relais des choux « afrikas », assurant ainsi une production de choux sur toute l’année. La plus grosse production des maraîchers concerne les patates douces pour lesquelles on arrive à satisfaire les besoins des consommateurs a 100% en période de pointe, et à 60% pendant l’hivernage.

Les ressources financières de la fédération sont constituées des cotisations et les droits d’adhésion : chaque association cotise 15000 Fcfa (150 FF) par an, et verse un droit d’adhésion annuelle de 10000 Fcfa. L’argent de la fédération sert à répondre à des besoins communs, tels que le renouvellement des équipements collectifs, la réfection des clôtures, etc. Il permet aussi l’approvisionnement de toutes les associations en intrants, par un système de prêt, dont le remboursement est échelonné, avec un petit intérêt.

Pour générer davantage de ressources propres, la fédération envisage d’acheter des bascules pour le compte des associations qui rembourseront à la fédération le prix d’achat majoré d’un léger intérêt au bout de 3 ans. Chaque association fera payer à ses membres la pesée, ce qui lui permettra de rembourser la balance sans difficulté et même de générer un petit profit.

Le maraîchage a progressivement amélioré le train de vie des compressés dont les revenus dépassent aujourd’hui ce qu’ils gagnaient en tant qu’ouvriers et manoeuvres dans leurs sociétés respectives (leurs revenus annuels oscillaient entre 360 000 Fcfa à 410 000 Fcfa). Maintenant, en cumulant les bénéfices réalisés sur les trois principaux produits (patates douces, oignons et tomates) le revenu annuel par famille peut atteindre 600 000 Fcfa, en ne comptant ni l’argent obtenu à l’issue de la vente de divers produits secondaires (piment, papaye, etc.) ni la part réservée à la consommation familiale.

La plupart des jardins, en particulier ceux des compressés, fonctionnent sous forme d’exploitation familiale parce qu’y travaillent le père, la mère et les fils. Ceci permet de relancer une dynamique familiale quelque peu érodée ces temps derniers. D’autres jardins, notamment ceux des fonctionnaires, sont tenus par des manoeuvres saisonniers venant des villages environnants de Ségou : l’exode rural est ainsi canalisé au niveau régional, avec, à terme, la possibilité pour des centaines de jeunes ruraux d’initier le maraîchage dans leur village.

La fédération est le point de rencontre de plusieurs compétences. Ainsi, certains maraîchers maîtrisant parfaitement la fabrication de matériel agricole, prennent en charge une partie de la demande des membres en outillage agricole tel que seaux ou arrosoirs, mais aussi en buses pour sécuriser les puits.

La Fédération des maraîchers de Falla Soninkoura Comatex est un exemple de synergie entre les secteurs public et privé. Par le canal de la mairie, elle est entrée en contact avec le comité de jumelage d’Angoulême (ville française jumelée avec Ségou) qui s’est engagé à financer le développement du maraîchage dans la zone, à hauteur de 6,5 millions de francs cfa, dont le quart a déjà été versé pour la sécurisation des puits. Quant à l’ON, il envisage actuellement la cession à la fédération des maraîchers de 20 à 25 hectares d’une de ses anciennes structures, la ferme de semences, dont la liquidation va bientôt s’effectuer.

Les perspectives de la fédération sont diverses et augurent d’un bel avenir : des firmes hollandaises souhaitent lui acheter des échalotes et de l’ail, un exportateur malien résidant en Côte d’Ivoire s’est dit prêt à exporter toute la production annuelle des maraîchers ! La conserverie de Baguineda, près de Bamako, souhaite passer commande pour une grande quantité de tomates à la prochaine saison. Outre l’aspect lucratif, ses diverses propositions vont permettre aux maraîchers d’accroître leur professionnalisme et leur savoir-faire.

Mots-clés

organisation socioprofessionnelle, reconversion professionnelle, horticulture, lutte contre le chômage, association de producteurs, création d’activité, revenu agricole, milieu rural


, Mali, Ségou

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

Avec des revenus sensiblement plus élevés que par le passé, ceux qu’on appelle « les compressés » ont relevé le défi du chômage et de la pauvreté. Ils ont redonné espoir à ceux que la crise économique frappe de plein fouet. La fédération des maraîchers montre combien l’union est importante et indispensable ; La devise de la fédération : « An ka bin walassa an ka yiriwa » (s’unir pour mieux exploiter et se développer) a donc été bien choisie.

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée en 1995. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation, FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Source

Présentation d’organisme ; Enquête

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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