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Des crédits adaptés aux besoins des paysans

Kafo Jiginew au Mali

Amadou Baba DIARRA

06 / 1995

Le « Jigine » est une caisse villageoise à forme mutuelle dont le client est sociétaire et copropriétaire. Essentiellement tourné vers les besoins et les préoccupations financières des paysans, le Jigine a pour activité la mobilisation de l’épargne et l’octroi de crédit.

Le réseau Kafo Jiginew comporte 58 caisses villageoises. Par sa proximité avec le monde rural, il a redonné confiance aux paysans qui ont désormais acquis leur propre instrument financier. La confiance est l’élément indispensable à la bonne marche des caisses puisqu’on constate qu’en son absence le Jigine est voué à l’échec. Sur les cinq caisses fermées jusqu’à présent deux l’ont été par manque de ressources consécutif à la méfiance et aux réticences des villageois. Ceci pour diverses raisons liées au choix du lieu d’implantation et de l’équipe de direction. Kafo Jiginew est avant tout une banque de proximité, et, de ce fait, la confiance est le principal atout à acquérir. Les banques classiques sont moins proches du milieu rural. En raison des exigences du circuit moderne, elles ne pourraient se permettre d’être présentes à l’échelle du village, faute de rentabilité.

De 5 (au début en 1988), les caisses passeront à 19 en 1989, puis à 25 en 1990, et atteindront 58 en 1995. Jusqu’en 1990, Kafo Jiginew allait à la rencontre du monde rural pour proposer l’implantation de Jiginew. Puis la démarche s’est inversée. Ce furent désormais les ruraux qui demandaient l’ouverture des caisses dans leur zone d’Animation et d’Expansion Rurale (ZAER). Il a résulté de cette nouvelle démarche l’ouverture de 33 caisses soit en moyenne, plus de 6 nouvelles caisses par an.

Le nombre de villages concernés est passé de 26 en 1988 à 498 en 1994. Quant à celui des sociétaires, il est passé de 420 à 20671 pendant la même période. C’est dire tout l’engouement des paysans pour une meilleure maîtrise de la circulation de leur propre argent. Kafo Jiginew tient compte du bas niveau de revenus des paysans. Les fractions minimum de dépôts sont de 1 000 F CFA (10 FF), ce qui est très loin du seuil minimum des banques (environ 50 000 F CFA). Le taux d’intérêt sur l’épargne est fixé à 1% par trimestre.

Les crédits sont accordés sur décisions souveraines des caisses à travers des comités de crédits. Ces comités sont habilités à obtenir des informations sur le demandeur, à juger de son sérieux et à s’assurer de la bonne destination des fonds qui seront accordés.

Les crédits sont variés, tenant compte du calendrier agricole et des besoins saisonniers qui en découlent :

  • les crédits de campagne (Mai - Juin) accordés pendant la période dite de soudure (temps mort entre deux récoltes) pendant laquelle les problèmes de liquidités sont les plus cruciaux. Leurs taux d’intérêt est de 2% par mois pour une période de huit à neuf mois. Ils vont de 20 à 100 000 F CFA,

  • les crédits d’équipement destinés à l’achat de matériel agricole, dont l’intérêt est fixé à 1,2% par mois pour une période de 1 à 3 ans (remboursable par annuité),

  • le crédit court accordé généralement pendant la saison sèche. Il répond très souvent aux besoins ponctuels des femmes (artisanat et petit commerce) et des jeunes (revente de bétail,…). Il est d’une grande importance sociale car il permet la sédentarisation des jeunes qui peuvent désormais s’occuper pendant la saison morte, entre deux hivernages. Accordé pour des périodes courtes (1 à 3 mois), son taux est de 4% par mois.

Normalement, seuls les sociétaires ont accès au crédit ; mais on assiste actuellement à un certain assouplissement car tout demandeur agréé par le Conseil d’Administration et le Comité de Crédit de la caisse peut aujourd’hui devenir sociétaire en souscrivant aux parts sociales réglementaires (10% du montant du crédit).

Pour permettre le plus large accès possible au crédit, même aux plus démunis, le principe de l’apport préalable d’épargne ne s’applique plus systématiquement. Ceci à la demande des délégués paysans. Un bel exemple de solidarité.

Mots-clés

mutuelle, milieu rural, système d’épargne et de crédit, exode rural, caisse d’épargne et de crédit


, Mali

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

Eu égard à ce qui précède deux remarques s’imposent :

1) Si Kafo Jiginew, banque paysanne, s’adresse avant tout aux agriculteurs, elle n’oublie pas les autres pans de la population du Mali-Sud. En finançant les activités locales comme les petits commerces ou les ateliers artisanaux, il favorise l’émergence d’entreprises plus ou moins importantes, et permet par là-même l’éclosion des talents individuels notamment parmi les jeunes et les femmes.

2) Par ce fait, le développement des activités locales freine progressivement l’exode rural. Pouvant désormais s’adonner à diverses activités pendant la période morte en y tirant de surcroît un profit financier, les ruraux préfèrent rester dans leurs villages et prendre ainsi une part active à leur développement, car il est vrai que les ressources humaines sont l’élément moteur de ce développement. C’est ainsi que Kafo Jiginew est devenu un instrument de progrès et d’équilibre social.

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée entre 1994 et 1995. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation, FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Source

Enquête

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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