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L’association des consommateurs du Mali

Quand la stratégie compense l’insuffisance financière

Birama SISSOKO

07 / 1995

L’Association des Consommateurs du Mali (ASCOMA) est une organisation de défense des consommateurs maliens, née le 11 janvier 1991. Initiée alors et animée aujourd’hui par les dirigeants du pouvoir et de l’opposition, l’ASCOMA a des antennes au niveau des régions (Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti), des cercles (Koutiala, San, Dioïla) et des 6 communes de Bamako.

Faire connaître aux consommateurs leurs droits et leurs devoirs, leur favoriser l’accès aux produits et services de qualité, veiller à la qualité des produits et services ainsi qu’au respect des usagers; sensibiliser l’Etat, le législateur, les autorités locales, les opérateurs économiques sur les conditions des consommateurs; susciter, développer, organiser la coopération intersectorielle au Mali avec les services qui sont chargés de la protection des consommateurs… Tels sont les objectifs que s’est fixés l’ASCOMA.

Au Mali, les produits de consommation sont préparés et vendus dans de mauvaises conditions d’hygiène. Les dates de consommation des produits ne sont pas respectées. Des publicités « mensongères » à la télévision et à la radio vantent des produits (cubes Maggi, boissons sucrées, lait,…) dont les qualités ne sont pas testées. La disproportion est grande entre le pouvoir d’achat du Malien et le coût élevé de la vie. La fréquence de certaines maladies comme les gastro-entérites par exemple a un lien avec la qualité des produits consommés. Quant aux prestations de service publics et privés, elles « laissent à désirer », elles aussi. Le peu de services chargés de protéger les consommateurs manquent cruellement de moyens.

Ces constats et conditions du consommateur ont « provoqué des inquiétudes » et ont « conduit un groupe d’amis à réfléchir à l’organisation des consommateurs » dit la présidente de l’ASCOMA : Madame Coulibaly Salimata Diarra.

L’association vit des cotisations. Au début, la cotisation était fixée à 200 Fcfa (2FF), ce qui donnait droit à une carte de membre. Elle est passée à 500 Fcfa en 1994 et une cotisation mensuelle de 100 Fcfa a été instaurée. « Mais sur ce plan, ça ne rentre pas » se plaint la présidente. A part les 500 000 Fcfa offerts en 1991 par le département de la Santé avec le secours de certains organismes internationaux, l’ASCOMA ne fonctionne qu’avec l’argent des cartes d’adhérents. C’est dire que sur les plans financier et matériel l’association a beaucoup de difficultés pour répondre à ses ambitions.

Pour pallier cette carence, l’association a développé une stratégie pour atteindre ses objectifs. La collaboration intersectorielle, l’éducation et l’information, la concertation, et la représentation vont donner à l’ASCOMA la crédibilité dont elle jouit aujourd’hui auprès des consommateurs.

L’ASCOMA mène donc des actions avec les services techniques compétents : le service d’hygiène, le service de l’élevage, la direction des affaires économiques, et les laboratoires de la place. Ces services publics sont, chacun dans leur domaine, chargés de la défense des consommateurs. L’ASCOMA constate le mauvais produit mais ne peut saisir l’entreprise ou le commerçant : la saisie relève du service public concerné. Pour la viande par exemple, le Laboratoire Central Vétérinaire analyse le produit et constate, le cas échéant, sa mauvaise qualité. Le Service de l’hygiène peut alors saisir qui de droit. Voilà la première approche de l’ASCOMA : développer le partenariat intersectoriel.

L’ASCOMA agit là où se prennent les décisions. Elle est présente au niveau de 25 structures habilitées à prendre des décisions touchant aux intérêts des consommateurs. Elle est présente, entre autre, au niveau du Conseil du District de Bamako, au niveau des Conseils d’Administration des hôpitaux nationaux du pays. Elle est impliquée dans la réunion de coordination des programmes socio-sanitaires du Ministère de la Santé.

Elle est aussi représentée au Conseil d’Administration de l’AMAP : l’Agence Malienne de Presse et de Publicité, de l’Office de la Radiodiffusion Nationale du Mali (ORTM), au niveau de la Commission de Censure Cinématographique. Depuis sa création, l’ASCOMA est membre du Conseil Economique, Social et Culturel du Mali.

« L’intégration de l’ASCOMA au niveau des structures de décisions est faite… Dans la sous-région (Afrique de l’Ouest) le Mali est pris en exemple, car c’est ici que le consommateur est le mieux représenté. » explique fièrement Madame Coulibaly.

L’association a néanmoins conscience que son « approche ne doit pas prendre la forme d’un rapport de force ou d’une confrontation ». Le boycott des produits n’est donc pas souhaitable. Elle préfère axer sa stratégie sur l’éducation et l’information par le biais de séries d’émissions radiodiffusées, de débats télévisés. L’association est en permanence en relation avec la presse pour émettre des informations. Un journal intitulé « Le Consommateur » a même été créé pour les consommateurs les plus vigilants.

L’association est sollicitée par divers organismes politiques et administratifs, et des institutions internationales. Ainsi, pour élaborer la loi sur la libre concurrence, la Direction Nationale des Affaires Economiques, puis l’Assemblée nationale ont demandé son concours. C’est toujours en concertation avec l’ASCOMA que la Direction Nationale des Affaires Economiques a procédé aux enquêtes sur la qualité et la pesée du sucre et du pain. Dans un tout autre domaine, c’est le point de vue de l’ASCOMA sur les honoraires des huissiers et notaires qui a été retenu par le département de la Justice.

L’ASCOMA mène actuellement des négociations entre différents partenaires pour faire face à la flambée des prix de la viande : Syndicat des bouchers, Coopérative des éleveurs, Direction de l’Elevage, Office Malien du Bétail et de la Viande, Service des Affaires Economiques.

L’Association des consommateurs est aussi concertée à l’extérieur du Mali. En effet, depuis que sa présidente à participé au séminaire « Les principes directeurs des Nations-Unies : quelle application en Afrique ? » en 1992, il n’y a plus eu de rencontre interafricaine sans l’ASCOMA. En juillet 1994, elle était à Lomé pour parler du développement des consommateurs en Afrique après la dévaluation. En novembre 1994 elle était à Dakar sur invitation de l’Organisation Internationale des Consommateurs (OIC).

L’ouverture sur l’international fait partie d’une stratégie basée avant tout sur la crédibilité.

Mots-clés

association de consommateurs, consommateur, marché local, relations avec le marché, prix, commerce, circuit de distribution


, Mali

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

La société malienne est aujourd’hui une société de grande consommation. Elle consomme ce qu’elle ne produit pas, toujours à l’affût du prêt-à-consommer de l’Occident. L’ASCOMA, pour être très efficace, doit changer les habitudes de consommation des Maliens. Le monde rural -qui est largement ignoré par l’Association- pourrait être visé en premier lieu. En effet, il est encore temps de sensibiliser les ruraux avant que les habitudes de consommation de produits modernes importés soient irrémédiablement ancrées. Il faut donc développer la politique du « consommer malien » avant qu’il ne soit trop tard, même s’il est vrai que le pays est soumis aux lois du capital étranger.

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée en 1995. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation, FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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