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L’Association des consommateurs du Mali, l’ASCOMA

Un exemple d’impartialité politique

Birama SISSOKO

08 / 1995

L’Association des Consommateurs du Mali (ASCOMA) a été créée en janvier 1991. Née dans la mouvance démocratique, elle a pour objet de défendre les consommateurs du Mali. L’ASCOMA est dirigée par un bureau national qui a ses ramifications au niveau régional.

Dès sa création, elle a connu un accueil très favorable. Son rôle est de s’attaquer aux mauvaises conditions d’hygiène dans lesquelles les produits de consommation sont préparés et vendus, aux publicités mensongères sur les radios et à la télévision, aux mauvaises prestations de services. Cette association est efficace et bénéficie d’une grande crédibilité tant à l’intérieur du pays qu’au niveau international.

Le succès de l’ASCOMA est du, bien sûr, au bien fondé de son objet, mais aussi et surtout à la forte personnalité de sa présidente, Mme Coulibaly Salimata Diarra. Cette femme engagée et intègre dirige l’association depuis sa création. Mais diriger une association d’une telle ampleur dans un paysage politique nouveau : le multipartisme, n’est pas chose facile. Dans les milieux politiques, l’ASCOMA est source de convoitise ! Depuis l’avènement de la démocratie en 1991, le Mali compte une quarantaine de partis politiques, et une multitude d’associations généralement liées à l’un de ces partis, ceci malgré l’apolitisme prôné par la plupart d’entre elles. Dans ce contexte, l’ASCOMA se positionne comme une association véritablement neutre sur le plan politique. Et pourtant, elle compte dans ses rangs bon nombre de dirigeants de l’Etat et d’hommes politiques. Mais la présidente s’est donné comme principe de garder ses distances avec la politique afin d’assurer à l’ASCOMA une neutralité parfaite, ce qui demande une grande vigilance. En effet, au Mali, les dirigeants d’associations sont particulièrement convoités par les partis politiques, surtout quand il s’agit d’une association nationale pouvant influencer la vie économique du pays. Mais l’ASCOMA, à travers le discours, et surtout le comportement de sa présidente, prône l’apolitisme. Pourtant, cette option est difficile à assumer car elle a tendance à entraver la promotion professionnelle de Mme Coulibaly. En effet, parallèlement à la direction de l’ASCOMA, Mme Coulibaly poursuit sa carrière dans le secteur social. Jusqu’à présent, elle a occupé le poste de responsable du service social dans plusieurs organismes publics. Ses capacités professionnelles, son charisme, mais surtout, le poids de son statut de présidente de l’ASCOMA pourraient la propulser à la tête de l’INPS (Sécurité sociale) ou d’un autre service de l’Etat, si toutefois, elle acceptait de faire quelques concessions. « Le pouvoir m’a toujours tendu la perche. Je sais bien que si je m’étais affichée politiquement de son côté, je n’aurais eu aucun problème pour accéder à un poste à haute responsabilité dans l’administration… » avoue Mme Coulibaly, avec un brin d’amertume. De plus, ses différents patrons ont toujours vu en elle une concurrente plutôt qu’une subalterne.

L’étiquette politique ou apolitique est un réel problème qui se pose aux associations maliennes. Trois cas de figure se présentent : le choix du parti au pouvoir, le choix de l’opposition, l’apolitisme. Dans le premier cas, l’association peut bénéficier du support de l’Etat, et notamment de subventions et divers privilèges. En revanche, elle peut devenir, aux yeux du grand public, un instrument de l’Etat, et risque de perdre sa crédibilité et son pouvoir de représentation de la société civile. Dans le deuxième cas, non seulement le pouvoir en place « mettra les bâtons dans les roues » de l’association, mais aussi elle apparaîtra, là encore, comme un instrument au service de tel ou tel parti. L’adhérent s’assimile à un militant politique.

Le troisième cas de figure est parfaitement illustré par l’ASCOMA. Comme nous l’avons souligné, l’apolitisme peut être un frein à la promotion personnelle des leaders. De plus, dans le registre des effets négatifs, l’association apolitique ne peut prétendre avoir de l’Etat un appui conséquent. L’ASCOMA, par exemple, n’a bénéficié de l’Etat que d’une subvention de 500 000 Fcfa (5000FF) depuis sa création en 1992. Mais pour une association malienne, le choix de l’apolitisme présente aussi des avantages certains. L’Etat ne peut lui reprocher d’être un détracteur systématique, et a fortiori d’être au service de l’opposition. De plus, elle reste convoitée de part et d’autre, ce qui la maintient dans une position de force. Mais surtout, l’avantage le plus important réside en la confiance que le grand public lui porte. Dans le cas de l’ASCOMA, le consommateur, quelle que soit sa tendance politique, peut faire confiance à l’association pour le défendre. La neutralité garantit la pérennité d’une association, même en cas de changement politique important. En outre, elle permet d’assurer une certaine liberté d’expression aux porte-parole de l’association.

Mots-clés

association de consommateurs, consommateur, Etat et société civile


, Mali

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

« Les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde. Les problèmes de tout le monde sont des problèmes politiques » Gérard Challiand, auteur de l’ouvrage Mythes révolutionnaires du tiers-monde.

Au Mali, les problèmes de développement sont au coeur des préoccupations à la fois des partis politiques et de la société civile. Dans le contexte actuel, marqué par le pluralisme politique et le foisonnement associatif, les associations doivent-elles se positionner par rapport aux différentes tendances politiques ? Ne devraient-elles pas plutôt s’atteler à résoudre des problèmes précis de développement ? Cette recherche de solutions est en elle même un acte politique. L’ASCOMA, sur cette voie, suit ses objectifs de développement, en dehors des querelles politiques.

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée en 1995. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation, FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Source

Enquête ; Présentation d’organisme

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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