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La coopérative de transport Guidimakha Djikke au Mali

De la réinsertion individuelle à la réinsertion collective des anciens émigrés

Diaguily SARAMBOUNOU

07 / 1995

Au début étaient des transporteurs épars, constitués essentiellement d’anciens émigrés en France. La plupart d’entre eux sont Soninké, originaires du Guidimakha, zone traditionnelle située au Nord de la région de Kayes, s’étendant de part et d’autre de la frontière Mali-Mauritanie. Ils possédaient chacun leur véhicule avec lequel ils comptaient assurer leur réinsertion économique et opéraient à partir de la ville de Kayes (chef-lieu du cercle de Guidimakha). Nous allons voir ce qui a pu motiver la création d’une coopérative de transport et l’impact de cette réinsertion collective tant au niveau des coopérateurs qu’à celui des usagers.

A l’origine, donc, chacun s’évertuait à transporter « ses étrangers », parents et connaissances en visite ou de passage. La concurrence était vive et ne profitait en fait à personne. En outre, tout le monde étant plus ou moins lié, le voyageur se trouvait souvent embarrassé devant les différents transporteurs avec la plupart desquels il tient des liens de parenté. Pour ne frustrer personne, il préférait le plus souvent voyager avec des transporteurs non originaires du Guidimakha. C’est conscient de ce fait que les transporteurs ont décidé de créer une coopérative. Après de nombreuses réunions, la Coopérative dénommée « Coopérative de transport Guidimakha Djikké » (littéralement : l’espoir du Guidimakha), ayant son siège à Kayes, a démarré ses activités en janvier 1994. L’objectif est d’offrir un service organisé de transport (marchandises et personnes) sur le Guidimakha. Une cour prise en location a été aménagée : construction de locaux et d’un hangar, installation du téléphone. Le patrimoine de la coopérative est, en outre, constitué de 21 véhicules dont 15 camions et 6 véhicules légers type « bâchée » (pick-up Peugeot). Au moment de l’adhésion, chaque coopérateur s’acquitte de la somme de 20.000 Fcfa (200 FF). Le principe de fonctionnement est simple : l’adhérent se met à la disposition de la coopérative qui organise la rotation entre les véhicules. Sur chaque véhicule chargé, la coopérative prélève une certaine somme avant de remettre la recette au coopérateur propriétaire du véhicule. Cette somme est fixée à 5.000 Fcfa pour les camions et à 1000 Fcfa pour les véhicules légers. Pour respecter les traditions de la zone, la coopérative est dirigée par un TOUKALEMA (membre d’une famille détenant la chefferie traditionnelle d’un village). Quant à sa caisse, elle est confiée à un MANGUE, membre d’une famille habilitée à jouer le rôle de trésorier d’un village. Ce choix traditionnel permet d’éviter les conflits au sein des communautés (conflits de personnes, de compétences, etc.). Cela garantit l’adhésion de la population et rend plus commode le fonctionnement.

Bien que la coopérative en soit encore à ses débuts, chaque membre est conscient qu’il n’a jamais autant gagné de l’exploitation de son véhicule. De plus, la coopérative a éteint les différentes rancoeurs car on ne voyage plus avec le véhicule de telle ou telle personne ou famille, mais avec l’un de la coopérative. On ne craint donc plus d’être indexé pour avoir fait un choix malheureux. Tout voyageur sur la zone sait désormais où s’adresser. Un lieu lui est offert pour le regroupement et la prise en charge de ses bagages. Finis donc les errances à la recherche d’un véhicule, les négociations interminables et les voyages reportés. Ce que les voyageurs apprécient également, c’est ce lieu d’échange, où ils peuvent se retrouver, causer, prendre des nouvelles.

La solidarité est aussi un point fort de la coopérative. A d’exemple, elle prend en charge gratuitement le rapatriement de corps, de Kayes vers le village concerné (notamment lorsqu’un ressortissant meurt à l’étranger).

Dans une perspective plus vaste de développement, la coopérative Guidimakha Djikké participe à la réfection des infrastructures routières dont la zone manque si cruellement. En effet, elle offre son soutien au service régional des travaux publics, en lui fournissant du carburant ou même, en effectuant elle même quelques réparations.

Mots-clés

organisation socioprofessionnelle, insertion sociale, développement local, coopérative, transport


, Mali, Kayes

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

La création de cette coopérative est avantageuse sur le plan économique, mais aussi sur le plan social. Sans elle, les transporteurs seraient sans doute retournés à l’immigration car ils auraient eu du mal à rentabiliser leur activité. Les voyageurs ont, sur le Guidimakha, une structure qui facilite leur transit. Un lieu de regroupement leur permet des échanges, des liaisons d’amitié, de reconnaissance de parenté, etc. La participation à la réfection des routes est également un avantage pour la collectivité et peut amener les services publics compétents à considérer, enfin, cette zone si pauvre en infrastructures mais si riche en hommes entreprenants et dynamiques.

Cette expérience me semble salutaire et pourrait bien s’étendre à d’autres localités, à moins qu’elle ne donne l’exemple pour que d’autres propriétaires de véhicule créent des structures de ce genre ici ou là. Il pourrait en effet être préjudiciable que la coopérative use de sa position pour avoir une attitude de monopole. Mais le risque est actuellement très faible.

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée en 1994. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation, FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Source

Enquête ; Présentation d’organisme

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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