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Quel accès aux soins pour les Palestiniens réfugiés au Liban ?

Jean Christophe SIDOIT, Dalila ROMDHANE

09 / 1997

Sur les plus de 300 000 Palestiniens réfugiés au Liban, près de la moitié s’entassent, dans des conditions déplorables, dans les douzes camps que compte le pays. Mais qu’ils vivent à l’intérieur ou à l’extérieur de ces camps, les Palestiniens constituent pareillement et véritablement une population de seconde zone au Liban. Situation difficile et loin d’être enviable qui se vérifie dans les domaines tant de l’emploi que de l’éducation ou de la santé ; autant de secteurs essentiels qui quand ils ne leur sont pas hermétiquement fermés leur sont de toutes façons inaccessibles.

Les soins médicaux et hospitaliers dispensés à des prix prohibitifs par un système de santé libanais, majoritairement privé, se trouvent complétement hors de la portée des Palestiniens et de leurs maigres moyens. L’UNRWA, le Croissant Rouge palestinien et le milieu associatif constituent alors les seuls recours face à une demande et à des besoins dont on peut très facilement imaginer la dimension et l’ampleur considérée la quasi-absence, dans ces camps, des conditions d’hygiène les plus élémentaires.

L’UNRWA dispose dans chacun des camps de centres médicaux ou cliniques assurant la couverture de soins variés, mais ayant essentiellement trait à la santé primaire, ce qui exclut automatiquement le traitement de maladies graves. L’affluence y est telle - environ 730 550 visites de patients par an - et le rythme des consultations si accéléré - 55 consultations par jour et par médecin - que la qualité des soins prodigués mais aussi des diagnostics rendus en patissent inévitablement. Si une hospitalisation est nécessaire, l’Office n’a à sa disposition, par contrats avec des hôpitaux privés, qu’un nombre ridiculement réduit de lits. De plus, il ne prendra à sa charge que le prix du lit stricto-sensu, le reste des frais devant être payé immédiatement et en totalité par le malade. Ainsi, malgré la noble vocation de l’UNRWA, dont les moyens s’amenuisent d’année en année, le coût des soins reste trop élévé pour la majeure partie des Palestiniens qui se rend de préférence dans les centres et hôpitaux du Croissant Rouge palestinien.

Lorsqu’il est question du Croissant Rouge palestinien au Liban, c’est en fait de sa branche locale dont il s’agit (le CRP/Liban)- même si on peut également faire référence à sa branche syrienne qui intervient dans le sud du pays -  ; une branche qui comme l’organisme dans son ensemble dépend directement de l’OLP, mais qui bénéficie tout de même d’une relative autonomie. Si devant l’urgence et l’immensité des besoins et grâce à une aide internationale considérable, le CRP/Liban s’est pendant un temps fortement développé, il traverse depuis quelques années une situation difficile. L’invasion du sud du pays par les Israéliens, la Guerre des camps, la Guerre du Golfe qui a fait se tarir des flux entiers de généreuses contributions financières et une Autorité palestinienne qui, enfin proclamée, se refuse à assumer la responsabilité des réfugiés du Liban sont autant d’événements qui l’ont fragilisé au moment oû apparaît de manière flagrante l’importance et la nécessité de son action. Dans les quelques huit hôpitaux et sept centres de soins du CRP/Liban, un personnel qualifié fournit des soins de qualité à des prix pouvant être jusqu’à huit fois inférieurs à ceux pratiqués dans les structures gouvernementales, surchargés ils sont cependant nettement insuffisants et la diminution significative et rapide de ses ressources remet en jeu tout le système. C’est pourquoi le CRP/Liban a entamé une restructuration complète avec le concours de la Fédération internationale des Croix Rouge et Croissants Rouge. Afin d’optimiser ses activités tout en réduisant encore le prix des soins, il a entrepris une rationalisation passant notamment par la création d’un hôpital central, la réduction et requalification du personnel ou encore une coordination avec l’UNRWA.

A côté de cela, il existe un large secteur associatif qui intervient également dans le domaine médical mais, étroitement mêlé aux organisations politiques, la santé n’est pas, en général, sa préoccupation unique et première. Même si elles restent présentes et actives, ces diverses associations connaissent, depuis quelques années et ce qu’elles soient liées ou non à l’OLP, de grosses difficultés matérielles. Des groupes religieux tentent progressivement de prendre leur place, et sont en passe, semble t-il, d’y parvenir si cela n’est déjà fait. Servant pour une bonne partie d’entre eux de relais à une aide étrangère peu ou prou intéressée, ces groupes contribuent en effet par leur financement à la création de centres divers dont des centres de soins. Si leurs intentions sont évidentes et peuvent être condamnables, il n’en demeure pas moins qu’ils permettent à une population, le plus souvent totalement démunie, de pouvoir bénéficier de soins élémentaires auxquels elle n’aurait pas accès autrement.

Malgré leurs efforts, les ONG locales n’ont dans le domaine de la santé qu’une action partielle et parcellaire du fait de leur manque évident de moyens financiers, matériels et humains, mais aussi de l’absence de structures adaptées. Si les ONG internationales peuvent et interviennent à ce niveau - elles doivent, à cet égard, faire en sorte que l’accent soit mis sur la prévention pour l’instant malheureusement délaissée - , c’est à l’Etat libanais que revient ou devrait revenir, parce que seul habilité à le faire, de régler le problème fondamental de l’éducation à la santé.

Mais il est entendu que le pouvoir libanais (reste à savoir s’il est le seul en cause)ne souhaite en rien améliorer les conditions de vie, ne serait-ce que sanitaires, des camps de réfugiés, craignant de commettre là l’irréparable en laissant simplement supposer que la présence des Palestiniens sur son territoire n’est pas que provisoire. Cependant, on ne saurait, sous prétexte de ses implications politiques, laisser perdurer une pareille situation, car il ne s’agit plus d’emploi ou encore de logement (pourtant si importants), mais d’accès à des soins médicaux. Si la question peut revêtir des aspects politiques elle est avant tout humaine.

Mots-clés

santé publique, camp de réfugiés, conditions de santé, droit à la santé, service de santé, politique de santé, désengagement de l’Etat, droits humains


, Palestine, Liban

dossier

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et les nouveaux défis du XXIe siècle

Commentaire

Dans ce contexte, l’action d’Enfants réfugiés du monde vise à un soutien au secteur associatif agissant généralement dans les secteurs de l’éducation, du social et de la santé. La question de la santé des populations en difficulté ne se pose pas seulement en terme médical. En agissant sur l’éducation, en aidant au renforcement des associations de base, Enfants réfugiés du monde aide d’une part à une prise en charge globale de l’enfant et d’autre part favorise une synergie qui permet parfois de travailler sur les questions médicales.

Notes

Jean-Christophe SIDOIT intervient pour ERM, particulièrement en Palestine et au Liban.

Source

Thèse et mémoire

SIDOIT, Jean Christophe, Les ONG Palestiniennes du Liban ou l'étouffement

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