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Processus de paix au Proche-Orient

Risques de radicalisation des réfugiés palestiniens au Liban

Nathalie LAURIAC, Jean Christophe SIDOIT

07 / 1997

Ils sont 350 000 selon l’UNRWA et la Direction des affaires palestinienne en juin 1995, 400 à 500 000 d’après le Ministère du travail libanais, 600 000 pour le Croissant Rouge Palestinien : aucune perspective d’avenir pour ces réfugiés de 1948 en majorité originaires de Galilée, aucun espoir de retour dans des villages aujourd’hui sous souveraineté israélienne, souvent rayés de la carte. En désespoir de leur terre, ces réfugiés sont de surcroit en butte à une politique du gouvernement libanais qui les exclut. Les Palestiniens du liban n’ont jamais bénéficié d’un statut juridique et sont en marge des droits élémentaires à l’éducation, à la santé et au logement. Les flous de l’Accord du Caire ont été définitivement balayés par son abrogation en 1987 et le droit au travail des Palestiniens est clairement refusé.

L’exercice d’un métier hors du camp est soumis à l’obtention d’une autorisation spéciale très rarement délivrée; 40 à 60 % des Palestiniens sont au chômage, taux sans doute supérieur dans les camps. En septembre 1995, une nouvelle mesure du gouvernement ferme un peu plus le guetto des Palestiniens du Liban en instaurant de nouveaux visas, obligation qui touche également les Palestiniens déjà détenteurs de documents de voyage libanais. A cette exclusion sociale et économique s’ajoute la stigmatisation récurrente des Palestiniens, cibles des frustrations de la population libanaise et boucs-émissaires opportuns pour les dirigeants de ce pays.

Si les accord de Taëf n’accordent aucune place aux Palestiniens dans le futur libanais, l’accord cadre israélo-palestinien de septembre 1993 qui renvoyait les négociations à leur sujet en juin 1996 ne sont plus à l’ordre du jour.

La crise financière de l’OLP aggravée après la guerre du Golfe, son retrait du Liban et la priorité donnée aux territoires occupés ont mis fin au rôle joué par l’OLP qui a fourni du travail à près de 65 % des Palestiniens et assurait le financement des structures sanitaires et éducatives également ouvertes aux populations libanaises démunies. Aujourd’hui, les Autorités palestiniennes basées à Gaza refusent formellement toute responsabilité envers les réfugiés du Liban.

L’élan de l’accord israélo-palestinien emporte également les fonds des pays donateurs vers Gaza et la Cisjordanie et réduit du même coup les budgets que l’UNRWA, les agences des Nations Unies et les ONG internationales consacraient au Liban. Choix politique également lorsque l’UNICEF choisit de ne soutenir que les organisations qui adhèrent au plan de paix. Les ONG palestiniennes qui prennent en charge les tâches autrefois assumées par l’OLP mais aussi depuis 4 à 5 ans les responsabilités dévolues à l’UNRWA souffrent gravement de cette crise financière en réduction de personnel, baisse des salaires et conjointement de la qualité des équipes, faiblesse des programmes de formation et manque de matériel. L’accès à la santé et à l’éducation pour les réfugiés palestiniens se dégrade de façon alarmante et exigerait de la part des organisations internationales le passage à une aide d’urgence afin de répondre aux besoins fondamentaux de ces populations.

Ainsi, la plupart des associations "traditionnelles", issues de l’OLP et porteuses de laïcité, en opposition avec le processsus de paix telque défini par Oslo, continuent à se fragiliser et faute de moyens, à réduire leurs programmes. Face au sentiment d’abandon, d’exclusion et de paupérisation, on assiste à une radicalisation des réfugiés palestiniens et à un renforcement des associations islamistes de plus en plus présentes dans les domaines de la santé et de l’éducation.

La punition infligée par les organisations internationnales aux ONG palestiniennes qui refusent d’adhérer à la pensée unique, touche l’ensemble des réfugiés palestiniens du Liban, enfants et adultes, et renforce les groupes les plus extrémistes. Cette politique à court terme, nécessaire à la bonne conscience occidentale, ne met-elle pas en danger la stabilité précaire du Proche-Orient, et par là même la paix ? Ceux qui en sont les promoteurs mesurent-ils le prix que payent aujourd’hui les populations civiles palestiniennes du Liban, et celui que risque de payer demain l’ensemble de celles de la région ?

Mots-clés

réfugié, passage de la guerre à la paix, accord international, paix et développement, droit à la santé, droit à l’éducation, droit au logement, violation des droits humains, droits des peuples


, Liban, Palestine

Notes

Jean-Christophe SIDOIT intervient pour ERM, particulièrement en Palestine et au Liban.

Source

Thèse et mémoire

SIDOIT, Jean Christophe, Les ONG palestiniennes du Liban ou l'étouffement

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